Amélie de Montchalin, de Bercy à la Cour des comptes : une nomination controversée
Montchalin : une nomination à la Cour des comptes qui fait polémique

Une transition ministérielle sous le feu des critiques

Amélie de Montchalin porte encore, pour quelques jours, l'écharpe tricolore de ministre des Comptes publics. Ce mardi 17 février, après une séance de questions au gouvernement particulièrement animée à l'Assemblée nationale, elle se rend à Sciences Po Paris. Invitée par l'école des affaires publiques et l'association des anciens élèves, elle y donne une conférence dans un amphithéâtre clairsemé. Les étudiants de la rue Saint-Guillaume ont en effet massivement préféré assister à la rencontre avec le député La France Insoumise François Ruffin, prévue immédiatement après.

La ministre n'en montre aucune amertume. « Merci d'être là ! » lance-t-elle en s'avançant vers le pupitre, une pochette bleue sous le bras et son éternel sourire aux lèvres. « Je m'adresse à vous aujourd'hui dans une période de transition personnelle. Je vais quitter dimanche mes fonctions ministérielles pour rejoindre lundi matin la Cour des comptes », annonce-t-elle d'emblée.

Une nomination au cœur d'une tempête politique

Cette femme politique, dont les parlementaires louaient jusqu'ici la maîtrise technique et la prestation « remarquable dans la période budgétaire » selon les mots d'un élu socialiste, se retrouve désormais au centre d'une vive polémique. Depuis l'annonce, le 9 février, de sa nomination au palais Cambon par Emmanuel Macron, les critiques fusent de toutes parts.

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« Le fait du prince », dénonce Marine Tondelier. « La République des copains », renchérit le député Rassemblement National Yoann Gillet. Le sénateur socialiste Rachid Temal, qui vient justement de déposer une proposition de loi pour encadrer le pouvoir de nomination et limiter la durée du mandat à neuf ans, nuance : « Est-elle compétente ? La réponse est oui. Ce sont les conditions de sa nomination qui suscitent des interrogations et des craintes légitimes ».

Le parlementaire poursuit son analyse sans concession : « Elle sera amenée à porter un jugement sur les comptes de l'État qu'elle a elle-même contribué à élaborer lorsqu'elle était ministre. Elle pourra demeurer en poste pendant vingt-huit ans, connaître jusqu'à six présidents de la République de par son statut d'inamovibilité. Est-ce sain pour notre démocratie ? La réponse est non ».

Défense de l'indépendance institutionnelle et autocritique

Face à ces attaques, Amélie de Montchalin assure, devant les étudiants de Sciences Po, vouloir « protéger l'indépendance d'une institution au cœur de l'État de droit ». Elle précise que « la Cour n'a pas vocation à entraver ou à légiférer », son rôle étant principalement de contrôler l'emploi de l'argent public. Cependant, la future magistrate ne cache pas entièrement ses ambitions : « Je ne vais pas m'éloigner du débat public, tout au contraire, mais je vais devoir m'y engager autrement ».

Son exposé sur la situation économique française est sans complaisance. Elle alerte sur le poids de la dette publique et dénonce l'argent vampirisé par « les rentes » dans un « pays qui préfère la rémunération du passé et donc de l'immobilisme ». Un discours qui fait presque oublier que cette libérale issue du juppéisme fut l'une des architectes du dernier budget, négocié avec les socialistes. Un texte décrit par certains comme gérontocratique et passéiste, enterrant la réforme des retraites et subventionnant les cures thermales des retraités au détriment des actifs et des jeunes.

« On continue de croire que mettre plus d'argent suffit. On ne se projette plus à vingt ou trente ans et on ne parle plus des générations futures », déplorait déjà en décembre la députée Astrid Panosyan-Bouvet.

Un mea culpa sur les choix de société

« Par nos non-choix, nous sommes en train de sacrifier notre jeunesse et notre avenir. Nous ne devons pas attendre le mur pour agir », martèle Amélie de Montchalin. Une critique voilée de son propre budget ? « Nous avons fait des concessions », concède-t-elle. Elle réactive alors les fondamentaux du macronisme auquel elle a cru : lutte contre les assignations, refus des rentes, politique de l'offre.

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« La question n'est pas de punir la réussite, mais d'éviter qu'une société mobile devienne une société figée », développe-t-elle, refusant d'être réduite à un simple rôle de technicienne l'esprit envahi de tableaux Excel. « Ce sont des choix de société. Sans marge de manœuvre budgétaire, il n'y a plus de choix. Quand il n'y a plus de choix, il n'y a plus de puissance ».

Après avoir été érigée en bonne élève de la macronie, elle ose même quelques critiques envers son propre camp devant son auditoire : « Le no alternative à la Thatcher qui a pu apparaître lors du premier quinquennat est un danger. Quand des macronistes disent qu'on est le camp de la raison, c'est une grave erreur ». Un mea culpa qui répond aux accusations d'arrogance portées contre la start-up nation. Elle affirme désormais préférer bâtir des compromis sans sombrer dans « l'unanimisme ».

Entre devoir de réserve et envie de propositions

Continuera-t-elle cet examen critique du macronisme et du bilan des quinquennats ? « La Cour des comptes est une institution collégiale. Le président a un devoir d'écoute. Prêter serment, c'est résister à donner son opinion personnelle », explique-t-elle avec prudence. Pourtant, à la fin de la conférence, après avoir donné des conseils à un étudiant pour son exposé sur la croissance, elle laisse échapper : « Je rends mon tablier vendredi mais j'ai des propositions sur la politique familiale ».

Nul doute qu'on continuera à entendre parler d'Amélie de Montchalin, même lorsqu'elle aura quitté Bercy pour le palais Cambon. Sa transition vers la Cour des comptes, bien que controversée, s'annonce comme le début d'un nouveau chapitre dans sa carrière politique, où elle devra concilier devoir de réserve institutionnel et volonté de peser sur le débat public.