Une stratégie politique calculée qui profite au Rassemblement national
Avec des adversaires politiques de cette nature, le besoin d'alliés semble secondaire. Marine Le Pen et Jordan Bardella doivent certainement se réjouir en coulisses : la mise en scène particulièrement agressive de la prise de pouvoir par plusieurs nouveaux maires issus de La France Insoumise, en particulier celui de Saint-Denis, qui se présente comme le représentant de la « Nouvelle France », constitue un cadeau inespéré pour le Rassemblement national. Cette dramatisation fournit en effet des arguments tout prêts au parti d'extrême droite et risque de lui attirer de nouveaux sympathisants, alarmés par ce qu'ils perçoivent comme la concrétisation du « grand remplacement ».
L'objectif transparent de Jean-Luc Mélenchon
La manœuvre de Jean-Luc Mélenchon apparaît d'une clarté cristalline. Le leader insoumis cherche délibérément à amplifier les scores électoraux de LFI et du Rassemblement national afin de mieux prendre en étau tout l'espace politique situé entre ces deux pôles. Du Parti socialiste à Les Républicains, en passant par les membres du gouvernement actuel, chaque formation est sommée de choisir son camp de manière binaire : si vous n'êtes pas avec nous, vous êtes nécessairement racistes, à l'image de vos supposés complices d'extrême droite. Tous des fascistes ! La simplification est extrême. Comme le souligne avec amertume le social-démocrate Jean-Christophe Cambadélis, qui observait la montée du « national-populisme » depuis de longues années : « Quand il n'y a plus de lutte des classes, il y a la lutte des races. Nous y sommes pleinement ».
Le ton offensif de la « Résistance »
Entouré de ses partisans issus de l'immigration, le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayako, a adopté une posture très combative lors de son discours à la manifestation anti-raciste de samedi dernier. « Nous sommes la France et nous allons nous faire respecter ! », a-t-il lancé avant d'entraîner la foule dans un vibrant « Résistance ! » dirigé contre le « front des fascistes », une catégorie qui semble englober tout ce qui n'est pas La France Insoumise. Les slogans résonnaient sans ambiguïté : « Non au racisme, à Bolloré, à Macron, à l'Arcom, tous complices ! ». Et la foule de reprendre en chœur : « Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartiers pour les fachos ».
« Siamo tutti antifacisti » (nous sommes tous des antifascistes) s'impose comme le nouveau mot d'ordre. Et malheur à ceux qui manifesteraient la moindre hésitation dans le choix de leur camp. Laurent Nunez peut bien dénoncer le racisme des propos tenus sur CNews et prononcer des paroles favorables au développement de l'Islam, il se voit reprocher avec virulence de ne pas avoir rejoint la manifestation. Également sur la sellette, les socialistes sont conspués pour leur prétendue traîtrise et leur double jeu, tout comme sont cloués au pilori tous les autres partis absents de ce qu'ils présentent comme un grand moment citoyen. Le message est sans appel : si vous n'êtes pas avec nous, vous êtes contre nous, et donc des fascistes.
Une ambiance de confrontation plus que de célébration
Le spectacle offert par l'installation des nouveaux édiles LFI fonctionne comme un carburant extrêmement puissant pour les électeurs actuels ou potentiels du Rassemblement national. Les propos tenus et les images diffusées constituent en effet de véritables provocations pour les citoyens attachés aux traditions : des foules majoritairement issues de l'immigration affirment haut et fort que c'est désormais à elles de tenir le haut du pavé ; des maires laissent entendre que l'ordre public ne viserait plus systématiquement les mêmes populations, faisant pousser des soupirs de satisfaction à certains groupes de trafiquants ; l'ambiance générale relève davantage de la confrontation frontale que de la célébration apaisée.
Une mobilisation qui s'installe dans la durée
La mobilisation ne montre aucun signe d'essoufflement. Une nouvelle manifestation a d'ores et déjà été annoncée pour le 3 mai à Paris, confirmation apportée par Éric Coquerel, le président LFI de la commission des Finances de l'Assemblée nationale. Les Insoumis semblent avoir trouvé un filon politique porteur. La cause anti-raciste est belle et légitime, qui pourrait s'y opposer ? L'ennemi commun est désigné sans détour : l'extrême droite, présentée aux portes du pouvoir. Alors, Mesdames et Messieurs les politiques, vous savez ce qu'il vous reste à faire : rejoindre la « résistance ». Ou bien passer dans le camp de l'ennemi.
Pour déjouer le piège habilement tendu par Mélenchon, les forces modérées, qu'elles soient de droite ou de gauche, doivent urgemment se trouver un leader charismatique et un projet fédérateur. Sinon, elles risquent de finir broyées dans la tenaille infernale LFI/RN. À quand un nouvel appel du 18 juin ? Une vraie Résistance, avec un grand R, doit impérativement s'organiser. Pas celle de communautés jouant avec les risques du séparatisme. Mais bien celle des républicains sincèrement attachés aux valeurs de l'universalisme et du rassemblement national.



