Mélenchon et la Jeune Garde : les liaisons dangereuses de La France insoumise
Mélenchon et la Jeune Garde : les liaisons dangereuses de LFI

Les compromissions troubles de La France insoumise avec les marges radicales

Un auditoire aux visages soigneusement floutés et un accueil en majesté réservé à un ancien sénateur socialiste. En juillet 2023, lors du camp d'été de la désormais dissoute Jeune Garde - collectif se réclamant de l'« antifascisme » -, l'organisation célèbre de nouvelles amitiés politiques. Entre activités sportives et rencontres avec leurs homologues parisiens des « Young Struggle », les militants de ce petit groupe né à Lyon reçoivent des figures de premier plan : Jean-Luc Mélenchon, le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard et le député des Bouches-du-Rhône Sébastien Delogu.

Le patriarche de LFI y prononce une conférence et agrège de nouveaux soutiens. Ce moment, immortalisé sur les réseaux sociaux du collectif, sent bon l'officialisation d'un compagnonnage entre le mouvement insoumis et ce groupuscule jusqu'alors confiné aux franges les plus radicales de l'extrême gauche. Un an après son virage unioniste opéré via la Nupes, Jean-Luc Mélenchon tend donc la main aux forces les plus radicalisées à bâbord.

Un drame qui met en lumière des liens persistants

Le samedi 14 février, un jeune homme de 23 ans, Quentin Deranque, militant nationaliste, trouve la mort. Les faits se déroulent en marge d'une conférence de l'eurodéputée Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Passé à tabac par « au moins six individus » selon les premières informations, une enquête criminelle pour « homicide volontaire » est ouverte, précise le procureur de la République. Il s'agirait d'un lynchage à l'issue d'une violente rixe, selon Le Canard Enchaîné.

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À Lyon, théâtre d'affrontements récurrents entre groupuscules d'ultra-droite et mouvance « antifa », tous les regards se tournent vers des assaillants « vraisemblablement d'ultragauche », selon les déclarations du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Le Figaro et Le Progrès rapportent que les six principaux suspects, identifiés, sont tous d'anciens membres de la Jeune Garde. Certains témoins affirment également avoir reconnu Jacques-Elie Favrot - qui dément formellement toute implication selon son avocat -, cofondateur du groupuscule et assistant parlementaire du député insoumis Raphaël Arnault, lui-même co-bâtisseur du collectif.

Cette question lancinante des liens a été posée à Manuel Bompard. « Je n'en sais rien », a-t-il rétorqué, une réponse similaire à celle d'autres responsables du mouvement. Le procureur, lors de sa conférence de presse du 16 février, n'a pu apporter de réponse claire.

Des archives qui tombent comme un couperet

Les archives, elles, demeurent accablantes. Jean-Luc Mélenchon a fait élire Raphaël Arnault sur ses bancs, malgré sa fiche S et sa condamnation en 2022 à quatre mois de prison avec sursis pour « violences en réunion ». Il a surtout érigé « ses jeunes camarades » en modèle de lutte, semblant indifférent aux déboires judiciaires. En janvier dernier, après la dissolution du collectif - une décision qu'il a vivement critiquée -, Mélenchon s'est rendu en personne au week-end de lancement du groupe « Génération Antifasciste - Éteignons la flamme », en compagnie d'Arnault.

François Hollande observe aujourd'hui que, dans l'histoire du mouvement ouvrier, « jamais un parti traditionnel n'acceptait en son sein des groupes capables de faire le coup de poing ». Pris dans la spirale de la violence en ce mois de février, LFI refuse toute désolidarisation préventive avec la Jeune Garde. La préférence va à l'inversion accusatoire, exhibant les menaces que font peser les identitaires sur le mouvement insoumis.

Raquel Garrido, alors encore au sein de LFI, dénonçait cet « effet miroir » avec l'extrême droite : « Optiquement, le Rassemblement national donne à tort l'impression de faire le ménage, alors que La France insoumise a l'air plus violente qu'elle ne l'est réellement. » Jean-Luc Mélenchon rêve d'affronter l'extrême droite, mais il s'est alourdi des marges les plus radicales de son propre camp, des boulets dont le RN clame s'être débarrassé. Alors que le parti de Jordan Bardella appelle régulièrement à dissoudre les groupuscules violents, « le diable Mélenchon » s'est habillé en « antifa ».

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Une ambition schizophrène et des relations tendues avec les institutions

Jean-Luc Mélenchon apparaît à la fois victime des enfants qu'il a sciemment adoubés et coupable de ses propres excès. Son penchant paranoïaque et sa méfiance viscérale envers les institutions l'empêchent-ils de se normaliser ? Début 2025, un épisode illustre cette défiance. La maison du triple candidat à l'Élysée est cambriolée dans le Loiret, et le ministère de l'Intérieur peine à obtenir son numéro de téléphone. L'homme donne peu ses coordonnées, encore moins aux policiers, y compris au « premier flic de France ». C'est à Mathilde Panot que le cabinet du ministre aura finalement affaire, pour un accueil glacial : « Quand ça arrive à LFI, personne n'en a rien à faire ! » Le conseiller voulait simplement annoncer que la chancellerie suivait l'enquête de près.

Cette relation tortueuse avec les institutions et la démocratie semble profonde. « Dans le fond, Blum a eu tort de résister à Lénine sur les vingt et une conditions », aurait confié Mélenchon à un député socialiste aux Amfis de 2023, comme le rapportent Charlotte Belaïch et Olivier Pérou dans leur enquête La Meute. Parfois, certains fidèles jouent de leur réputation sulfureuse, comme Sophia Chikirou, dont l'humour douteux lors d'un événement public a créé un malaise général.

L'impossible « mitterrandisation » et l'isolement grandissant

Comme souvent à l'approche d'une élection présidentielle, Mélenchon voudrait se « mitterrandiser ». Ses amis l'avaient théorisé : il s'assagirait, troquerait sa veste mao pour un costume gris, endosserait le rôle du patriarche. Mais l'insoumis « est un peu son propre ennemi », glissait récemment un député LFI. Devenir le pater familias d'une gauche unie constitue l'ambition schizophrène de Jean-Luc Mélenchon.

Ses troupes sont lucides. « Tu sais très bien que le problème n'est pas La France insoumise en tant que tel, mais votre chef », a lancé Laurent Baumel à une figure insoumise européenne. Lucie Castets a fait les frais de ces volte-face. Pour avoir participé, aux côtés de Marine Tondelier, à une initiative appelant à une candidature commune de la gauche en 2027, l'ancienne candidate à la primaire du Nouveau Front populaire s'est attiré les foudres de Mélenchon.

Les partenariats se délitent. Interrogé sur le comportement de Paul Vannier, chargé des partenaires à gauche au sein de LFI, Manuel Bompard se contente de répondre : « Mais on n'est pas seuls. » À force de cultiver les marges les plus radicales, Jean-Luc Mélenchon s'est éloigné à la fois des institutions de la République et des partis traditionnels de la gauche. Une question demeure, lancinante : qui peut encore sérieusement envisager de s'allier avec lui, que ce soit pour les prochaines municipales ou la future présidentielle ?