Le spectacle lyonnais de Mélenchon : entre consternation et analyse politique
Après le concert d'indignations, les hauts-le-cœur et les sidérations nauséeuses provoqués par le stand-up lyonnais de Jean-Luc Mélenchon, surnommé « Mélenstein » par certains, que peut-on conclure de cet épisode politique troublant ? Les réactions affluent sur les réseaux sociaux, dans les états-majors politiques et les rédactions, partagées entre l'incrédulité et l'analyse stratégique de ce qui apparaît comme un retour aux racines paranoïaques du trotskisme originel du fondateur de La France insoumise.
Le vide post-2027 ou l'appel à la révolution
Première hypothèse, bien que peu crédible selon de nombreux observateurs : l'homme politique paniquerait face au vide de l'après-2027. Convaincu que la partie est déjà perdue pour lui, il ne se verrait pas terminer sa vie loin des arènes politiques, peut-être sur une plage de Tanger, sa ville natale. À 76 ans à cette époque, cette perspective pourrait générer d'importants remords.
L'autre option, bien plus vraisemblable, est purement politique. L'ancien ministre délégué à l'Enseignement Professionnel sous le gouvernement Jospin, alors sous la tutelle de Jack Lang, se serait délibérément mis hors-jeu de l'arc républicain. Persuadé qu'une France « créolisée », dont il se prétend le chantre, connaîtrait une période révolutionnaire si le Rassemblement National s'installait à l'Élysée, il préparerait dès aujourd'hui l'opinion à l'idée d'une « occupation » fasciste du pays et appellerait à la « Résistance ».
Une logique léniniste et la rupture avec la franc-maçonnerie
Cette pure logique léniniste pourrait conduire les Insoumis vers une conquête du pouvoir sans passer par les urnes, avec un slogan répété en boucle : « Résistance ! ». Dans cette perspective, la République deviendrait un vieux concept menchevik sans valeur en période de guerre civile présumée.
À ce sujet, Jean-Luc Mélenchon aurait commencé à sortir du jeu républicain bien avant l'affaire de Lyon, dès 2018. Lors d'une perquisition au siège de son parti, il avait prononcé la phrase désormais célèbre : « La République, c'est moi ! », insultant et menaçant journalistes, magistrats et policiers. Ce débordement lui avait valu une suspension du Grand Orient de France, dont il était membre depuis 1983, pour comportement anti-républicain.
Son départ discret du mouvement franc-maçon en 2020, suite à une mise en demeure de l'exécutif du GO de revenir aux valeurs républicaines, reste pourtant révélateur et essentiel pour comprendre le Mélenchon d'aujourd'hui. Ses « frères en loge » avaient perçu le danger d'un homme sans attaches ni contre-pouvoir dans un mouvement structurellement gazeux.
Les divisions au sein des Insoumis et l'avenir incertain
C'est exactement ce que lui reprochent ses anciens amis politiques comme Alexis Corbière, Clémentine Autain, Raquel Garrido, François Ruffin et quelques autres, devenus des empêcheurs de régner en rond. Ils martèlent que leur ancien mentor est passé de l'autre côté du miroir, que le péril est sérieux, et que le spectacle lyonnais aux allures de sketch n'est pas un simple accident de parcours.
Il s'agirait bel et bien d'une opération politique dont l'essence s'est éloignée de la logique républicaine que le ministre de Lionel Jospin prétendait autrefois incarner. La question se pose : peut-il aujourd'hui rectifier le tir, faire amende honorable et rentrer dans le rang d'une gauche raisonnable, ou jouer les bourgeois de Calais devant une social-démocratie hébétée par son numéro de guérillero ?
Cette hypothèse semble absurde à beaucoup d'observateurs. Jean-Luc Mélenchon ne pourrait plus descendre du train fou qu'il a lui-même mis en route. Reste une seule question cruciale : ses affidés Insoumis sont-ils tous prêts à se jeter à la mer avec lui dans cette aventure politique périlleuse ?



