Mélenchon emprunte les méthodes trumpistes dans son analyse des municipales
Donald Trump s'est distingué, dès son premier mandat, par son goût prononcé pour les vérités alternatives. Dès le lendemain de son investiture en janvier 2017, il affirmait que les médias mentaient sur la faible assistance venue assister à sa prestation de serment. « 250 000 personnes ? C'est un mensonge, s'indignait le nouveau président. Honnêtement, ça avait l'air d'un million et demi ». Depuis, il n'a cessé de se surpasser dans ce domaine, tout autant que dans l'art d'insulter ou d'affubler ses opposants de surnoms désobligeants.
Une analyse alternative des résultats municipaux
La dernière note de blog de Jean-Luc Mélenchon fait irrésistiblement penser à ces regrettables penchants. Intitulée « C'est la faute à Mélenchon », ce texte développe l'idée que son mouvement est le grand gagnant des élections municipales. Lui, un boulet pour les listes de gauche alliées à La France Insoumise ? Que nenni ! Il considère au contraire qu'Olivier Faure et Marine Tondelier, patrons respectifs du Parti Socialiste et des Écologistes, devraient lui « dire merci ».
Il évoque particulièrement le cas de Toulouse, où la gauche menée par un Insoumis a mordu la poussière face au maire sortant, Jean-Luc Moudenc. Mélenchon veut démontrer que cette liste menée par LFI a remporté plus de voix que lors des scrutins municipaux précédents.
L'omission volontaire des données gênantes
Mais pourquoi cette liste a-t-elle perdu, alors ? Selon une enquête de l'IFOP pour TF1, seulement les deux tiers environ des électeurs socialistes du premier tour ont voté à gauche au second tour. 17 % se sont reportés sur Jean-Luc Moudenc et 15 % se sont abstenus. Pourtant, Mélenchon n'en dit mot, préférant affirmer que les instituts de sondage servent à alimenter « les petits-bourgeois affolés qui les croient ».
François Hollande et Raphaël Glucksmann sont quant à eux accusés d'avoir qualifié les accommodements de la gauche avec LFI d'« unions de la honte », ce qui serait factuellement faux selon Mélenchon. En réalité, ils ont exprimé leur hostilité à ces rapprochements, mais l'expression « accords de la honte » a été lancée par Bruno Retailleau et reprise par une bonne partie de la droite.
La réécriture de l'histoire électorale
Dans sa fièvre d'analyse alternative, Jean-Luc Mélenchon parle de « notre expulsion de Paris ou de Marseille ». Quelle expulsion ? À Paris, la candidate LFI s'est maintenue avec la ferme intention de faire chuter la liste de gauche. Elle a pourtant perdu 30 % de suffrages entre le premier et le second tour.
À Marseille, Sébastien Delogu s'est retiré contraint et forcé, pour pouvoir revendiquer une part de la victoire du maire sortant socialiste Benoît Payan, qui a refusé très clairement toute alliance avec lui.
Un torrent d'insultes et de métaphores péjoratives
Ce torrent de post-vérités amères charrie également des insultes contre les « cracheurs de venin ». François Ruffin, jamais nommé explicitement, devient sous la plume de Mélenchon « le machiste picard ». Olivier Faure est plus classiquement qualifié de traître. Quant à Marine Tondelier, elle devrait figurer « au Guinness Book des losers ».
La patronne des Verts ne parle pas, elle « brame ». Bramer, métaphore péjorative qui selon tous les bons dictionnaires signifie brailler, crier bruyamment.
La proximité avec les méthodes trumpistes
Pendant les primaires républicaines de 2015, Donald Trump disait d'une de ses rivales, Carly Fiorina : « Regardez ce visage, qui voterait pour elle ? ». Avec son dernier billet de blog, Jean-Luc Mélenchon fait un pas de plus vers ce style politique caractérisé par la post-vérité et l'attaque personnelle. Encore un tout petit effort, et il pourrait se signaler au Guinness Book du trumpisme français.
Cette approche, qui mêle réécriture des faits électoraux, omission des données contradictoires et attaques ad hominem contre les partenaires politiques, marque une évolution notable dans le discours du leader insoumis. Elle soulève des questions sur la manière dont la vie politique française intègre - ou rejette - les méthodes qui ont caractérisé l'ère Trump aux États-Unis.



