Une faiblesse structurelle de la politique française
La France fait face à une problématique profonde et persistante : la majorité de ses représentants politiques manifestent une méconnaissance inquiétante des principes économiques fondamentaux. Cette lacune collective se paie au prix fort depuis des années, rendant tout redressement sérieux des finances publiques pratiquement impossible. La situation actuelle soulève une question cruciale : qu'adviendrait-il demain si l'un des mouvements politiques extrêmes, qu'il soit de droite ou de gauche, parvenait à accéder au pouvoir ? Les perspectives sont alarmantes, bien que les formes du désastre annoncé diffèrent radicalement.
Le Rassemblement national et l'illusion des économies
Le Rassemblement national affiche un désintérêt quasi total pour la restauration de l'équilibre financier national. Sa stratégie électorale, de plus en plus efficace, vise avant tout la conquête de la prochaine élection présidentielle. Pour y parvenir, le parti multiplie les promesses envers toutes les catégories d'électeurs, sans jamais exiger la moindre contribution des citoyens français. Où se trouvent les recettes nécessaires pour financer ces engagements ? Jordan Bardella, dans sa Lettre aux entrepreneurs de France de septembre 2025, évoque la nécessité de « réduire la mauvaise dépense publique ».
Il prétend pouvoir économiser plus de 100 milliards d'euros en mettant fin à ce qu'il nomme « l'immigration d'assistanat », au subventionnement des énergies intermittentes, à l'excès d'aide publique au développement envers d'autres pays, ainsi qu'en simplifiant le millefeuille administratif et en réduisant le coût exorbitant de la bureaucratie d'État. Ces affirmations restent cependant totalement dénuées de preuves tangibles. La Commission européenne est également désignée comme responsable, accusée d'avoir produit, en quinze ans, des milliers de textes qui auraient entravé la compétitivité française et étouffé les industries stratégiques.
Ainsi, selon cette vision, les sacrifices ne doivent pas venir des Français, mais des immigrés, des étrangers, de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne. Un rééquilibrage du système de retraites, pourtant lourdement déficitaire, n'est pas à l'ordre du jour. Parallèlement, le RN a réalisé un exploit politique remarquable en séduisant, par des promesses répétées d'allègements fiscaux, les patrons des petites et moyennes entreprises. Ce groupe représente près de 4 millions d'électeurs, traditionnellement négligés par la gauche dans son ensemble.
La France insoumise et le mirage révolutionnaire
L'évolution serait tout aussi catastrophique avec Jean-Luc Mélenchon et l'extrême gauche, bien que pour des raisons fondamentalement différentes. Le programme de La France insoumise, intitulé L'avenir en commun, apparaît comme absurde dans ses propositions, mais contrairement à celui du RN, il présente une certaine structure idéologique. L'objectif avoué est de refaire une Révolution française considérée comme inachevée depuis la chute de Robespierre.
Le processus débuterait par la convocation d'une Assemblée constituante, provoquée par un référendum utilisant l'article 11 de la Constitution – une manœuvre dont la légalité est fortement contestée. La souveraineté populaire serait érigée en principe absolu, avec la création d'un référendum d'initiative citoyenne permettant de proposer ou supprimer des lois, voire de révoquer des parlementaires. Cette approche signerait pratiquement la fin de la démocratie représentative telle que nous la connaissons.
Portée par une idéologie fortement anticapitaliste, la mesure phare consiste à augmenter massivement le smic, entraînant mécaniquement une hausse générale de l'échelle des salaires. Plus radical encore : l'écart entre les salaires au sein d'une même entreprise serait limité à un ratio de 1 à 20. Pour résoudre le problème colossal de la dette publique, le départ à la retraite serait ramené à 60 ans – une proposition curieusement partagée par les deux extrêmes politiques.
Une idée typiquement mélenchonienne émerge ensuite : exiger que la Banque centrale européenne transforme la part de dettes des États qu'elle détient en dettes perpétuelles à taux nul. Enfin, au mépris du droit de propriété pourtant garanti par la Déclaration des droits de l'homme, il s'agirait de faire payer les riches par tous les moyens imaginables, notamment en plafonnant à 12 millions d'euros la transmission des patrimoines.
Un choix cornélien face au désastre annoncé
Le Rassemblement national a multiplié les séductions avec une habileté certaine, construisant une coalition hétéroclite d'électeurs mécontents. Cependant, son arrivée au pouvoir révélerait rapidement son incapacité à rétablir l'ordre dans les finances publiques, précipitant presque inévitablement l'avènement d'une crise majeure. Face à ce scénario, l'alternative proposée par l'extrême gauche n'offre guère plus de garanties de stabilité économique.
La question ultime se pose alors : comment préfère-t-on s'acheminer vers le désastre, inévitable dans les deux cas de figure ? Faut-il opter pour l'intelligence superficielle et démagogique de Jordan Bardella, ou pour la brutalité idéologique de Jean-Luc Mélenchon ? Le choix, pourtant crucial pour l'avenir du pays, repose finalement sur une alternative profondément inquiétante, reflétant la faiblesse structurelle du paysage politique français en matière de compréhension économique.



