Emmanuel Macron : triple faute en une phrase entre grossièreté et politique
Macron : triple faute en une phrase grossière

Au début de son premier mandat, Emmanuel Macron se plaisait à moquer son prédécesseur pour ses maladresses. Puis il a commencé à en commettre lui-même quelques-unes dans le domaine du langage, entre « les gens qui ne sont rien » et ceux « qui foutent le bordel ». Pour expliquer cette dernière saillie, prononcée lors d’un déplacement en Corrèze, en octobre 2017, celui qui était alors porte-parole de la présidence, Bruno Roger-Petit, avait expliqué que son patron « ne savait pas qu’il était filmé et, par conséquent, son registre de langage relevait du privé ».

Cette bonne blague (un chef d’État en déplacement ne peut imaginer une seconde qu’il y a des micros et des caméras ?) était suivie le lendemain d’un commentaire tout aussi extravagant du porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, lequel assurait que ces propos visaient une délégation de la CGT qui « était venue au contact pour gêner la visite ». Comme si c’était une excuse à la grossièreté.

En presque dix ans, Emmanuel Macron n’a rien appris, et son entourage non plus.

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« C’est encore le bordel. C’est un truc qui me rend dingue ! »

Lundi, il visite un hôpital en Ariège et échange sur la situation des praticiens à diplôme hors Union européenne (PADHUE), ces médecins étrangers qui exercent souvent dans les déserts médicaux, parmi lesquels on compte une forte proportion d’Algériens : « C’est encore le bordel. C’est un truc qui me rend dingue ! ». Comme si cela ne suffisait pas, il s’en prend ensuite aux « mabouls qui disent qu’il faut se fâcher avec l’Algérie ».

Il commet ainsi, en quelques phrases prétendument bien senties, une triple faute.

Une faute de goût

D’abord, une faute de goût, parce qu’un président devrait s’abstenir de toute grossièreté.

Une faute politique

Ensuite, une faute politique, parce que les « mabouls » se sont vite reconnus, à commencer par le premier d’entre eux, l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, partisan d’une ligne dure envers Alger. Celui-ci, candidat à la présidentielle un peu en dessous des radars, a trouvé là une occasion rêvée de se rappeler au bon souvenir des Français. « Le problème, ce ne sont pas les médecins algériens mais les centaines d’OQTF dangereux qui n’ont plus rien à faire en France, et que le régime d’Alger refuse de reprendre, a-t-il réagi dans un communiqué, ajoutant que « la politique des bons sentiments est vouée à l’échec ». Or, l’opinion publique est très majoritairement favorable à un durcissement de la position française face à l’Algérie, comme l’ont révélé plusieurs sondages.

Une faute éthique

Une faute éthique enfin. Bien entendu, comme lors de ses incartades de 2017, le chef de l’État a tenté de corriger le tir. Et changé radicalement de registre lexical, lors de son arrivée en Andorre, quelques heures plus tard : « C’est important de pouvoir coopérer avec des pays en ayant un dialogue exigeant, en défendant nos intérêts, mais en étant respectueux de chacun. »

Des termes plus choisis mais pas forcément plus heureux. Comment avoir un « dialogue exigeant » avec une dictature qui condamne les écrivains à de la prison, qui refuse de reprendre ses ressortissants sous OQTF et qui détient arbitrairement depuis juin 2025 un journaliste français, Christophe Gleizes ? Est-ce que ce « bordel » – là, ce régime de « mabouls » n’est pas aussi de nature à rendre « dingue » Emmanuel Macron ?

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