Le rapprochement Macron-Dati : symbole d'une évolution politique
Pour de nombreux observateurs politiques, l'intérêt croissant d'Emmanuel Macron pour Rachida Dati constitue une illustration frappante de la droitisation progressive du président de la République au cours de ses deux mandats successifs. Cette évolution marque un contraste saisissant avec les positions initiales du macronisme historique.
Une alliance contre-intuitive
Rachida Dati, que l'on situait traditionnellement aux « antipodes » du macronisme originel, est devenue l'une des figures politiques privilégiées d'Emmanuel Macron. Cette transformation s'opère dans le contexte d'une évolution idéologique notable du chef de l'État, mais également, et peut-être surtout, de sa fascination personnelle pour un profil décrit dans son entourage comme « transgressif » et « méritocratique ».
Alors que l'entourage présidentiel répète mécaniquement que « le président prendra les maires que les Français lui donnent » concernant les élections municipales, une exception notable persiste : Paris. Rachida Dati a publiquement affirmé être la candidate soutenue par Emmanuel Macron pour la mairie de la capitale, et ce malgré le choix officiel du parti Renaissance de soutenir Pierre-Yves Bournazel, proche d'Édouard Philippe.
L'interventionnisme présidentiel
Dès le soir du premier tour des municipales, le chef de l'État a personnellement contacté l'ancien Premier ministre Édouard Philippe, malgré leurs relations devenues distantes, pour encourager une alliance entre les listes de Pierre-Yves Bournazel et Rachida Dati. Cette intervention directe contraste avec la position officielle de non-ingérence affichée par l'Élysée.
« C'est étonnant de voir Emmanuel Macron mouiller la chemise pour l'adversaire d'Emmanuel Grégoire », commente Vincent Martigny, professeur en sciences politiques à l'université de Nice, soulignant que le candidat socialiste « est pourtant beaucoup plus proche de ce qu'a été le macronisme originel ».
La droitisation assumée
La figure de Rachida Dati, cette sarkozyste qualifiée de « bling-bling » qui sera jugée en septembre pour corruption et trafic d'influence, représente selon un ancien conseiller présidentiel « les antipodes du Macron de 2017 », celui qui se présentait comme le chantre du progressisme et du dépassement des clivages traditionnels.
Cette évolution n'échappe pas aux observateurs : « C'est un président de centre-droit, ses alliances se font à droite », analyse Vincent Martigny. Même au sein de la macronie, cette droitisation est largement reconnue. « C'est sans débat », affirme un ancien ministre de l'aile gauche, tandis qu'une ministre actuelle proche de l'aile droite acquiesce : « Pas besoin d'être un génie pour voir qu'il s'est droitisé ».
Les dimensions d'une relation complexe
Plusieurs dimensions expliquent cette proximité contre-intuitive :
- Une stratégie politique : Le recrutement de Rachida Dati comme ministre de la Culture début 2024 représente avant tout une nouvelle « prise » à droite, celle d'une personnalité médiatique et populaire.
- L'influence de Brigitte Macron : L'épouse du président, qui apprécie particulièrement Rachida Dati, aurait joué un rôle significatif dans ce rapprochement selon plusieurs proches de l'Élysée.
- Une fascination personnelle : « Le président aime les fortes personnalités, tranchées et tranchantes, qui sont debout dans la mitraille », explique un ancien conseiller, évoquant une fascination pour le côté « un peu canaille, un peu pitbull » de Dati.
Les réactions et conséquences
Cette alliance n'est pas sans créer des tensions au sein même du camp présidentiel. Philippe Grangeon, ancien conseiller spécial d'Emmanuel Macron, a annoncé qu'il voterait pour Emmanuel Grégoire plutôt que Rachida Dati, qu'il décrit comme « devenue de facto la candidate choisie par l'extrême droite ». L'ancien ministre macroniste Clément Beaune, ex-colistier de Pierre-Yves Bournazel, a fait savoir qu'il ferait le même choix.
Pourtant, Rachida Dati s'est imposée comme une avocate de choc du chef de l'État dans les médias, demeurant loyale même lorsque la macronie commençait à se fissurer. Cette fidélité a été récompensée par un soutien présidentiel constant.
La théorisation d'une relation improbable
L'entourage présidentiel tente de donner un sens à cette relation qui apparaît a priori contre-intuitive. « Ce qui est beau dans le dépassement macronien, c'est qu'il va chercher des gens avec qui il n'est pas d'accord », explique un très proche collaborateur.
Alors que certains ne voient que « le côté brutal de Dati », Emmanuel Macron percevrait plutôt « l'aspect méritocratie, le fait qu'elle casse les codes, la lutte contre l'assignation à résidence ». Son parcours - née d'une mère d'origine algérienne et d'un père d'origine marocaine, ayant grandi dans une famille nombreuse en HLM - incarnerait paradoxalement certains marqueurs du macronisme originel.
Cette relation complexe entre le président et l'ancienne ministre illustre ainsi la transformation profonde du macronisme, passant d'un projet de dépassement des clivages à une pratique politique ancrée à droite, tout en conservant une fascination pour les personnalités qui transgressent les codes établis.



