Macron défend son bilan sur France 2 : succès diplomatique et IA en avant
Macron défend son bilan sur France 2

Un ordre retrouvé dans l'espace mondial et un pays remis en état en l'espace d'une décennie. À l'aube de sa dernière année à l'Élysée, c'est bien un double bilan qu'Emmanuel Macron compte défendre jusqu'au dernier quart d'heure et cela a commencé ce jeudi soir sur France 2. Invité sur le plateau de L'Évènement à tirer les conclusions du G7 à Évian et de la venue de Donald Trump à Versailles, le chef de l'État a établi des ponts entre l'extérieur et l'intérieur, l'étranger et le domestique, afin d'articuler les deux dimensions de son action.

En matière d'héritage, on n'est jamais mieux servi que par soi-même ; pis, on n'est jamais moins bien servi que par ses deux anciens Premiers ministres candidats à sa succession, alors pourquoi se priver ?

Un rôle clé dans l'accord États-Unis-Iran

Après la signature inattendue de l'accord entre les États-Unis et l'Iran au château de Versailles et, en conséquence, le redémarrage du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, le président de la République a habilement souligné son rôle dans les négociations entre les deux pays. Alors que bien des analystes ont pointé le manque de cartes dans le jeu de la France, et a fortiori des Européens, pour peser sur la situation au Proche-Orient, Emmanuel Macron a au contraire affiché, à plusieurs reprises, son influence et son opiniâtreté.

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« Mon rôle, c'est d'agir, de proposer, d'être à la manœuvre (...), a-t-il notamment expliqué. Nous avons poussé pour que [l'accord] se fasse. J'ai appelé durant tous ces mois et le président Trump, et le président Pezeshkian, pour qu'on cesse ce conflit et qu'on puisse se remettre autour d'une table pour discuter. » Il a, en sus, précisé que la France sera au premier rang des États qui aideront techniquement à rouvrir le détroit d'Ormuz, par l'envoi de chasseurs, de démineurs, de frégates, voire de notre porte-avions.

Il n'est pas seulement question ici pour le chef de l'État de montrer que la France tient son rôle de grande puissance et de démontrer sa stature de dirigeant de premier plan. Après à peine quelques minutes d'entretien, Emmanuel Macron s'est empressé de lier sa réussite diplomatique à la situation économique du pays, en particulier sur le pouvoir d'achat et les prix du carburant : « Il n'y a pas un endroit - ou alors on ne va pas dans les mêmes endroits - où en France on ne me dit pas 'faites quelque chose pour le prix de l'essence, faites quelque chose pour notre économie' (...) On a raison de se féliciter, car c'est l'intérêt de la région et c'est l'intérêt de la France. » Message subliminal : le président - contrairement à d'autres - est au contact des Français dans les territoires où rouler en voiture est une nécessité. Que ce soit dit, et bien dit.

La fierté de l'intelligence artificielle française

Influence toujours. Le G7 d'Évian a été l'occasion de réunir autour d'une même table les géants mondiaux de la tech, à commencer par le patron d'OpenAI Sam Altman, d'Anthropic Dario Amodei ou encore le Français Arthur Mensch, dirigeant de Mistral AI. Moment choisi par Emmanuel Macron pour bifurquer sur un premier grand moment d'auto-satisfecit sur une réussite française bien réelle. Une « parenthèse cocorico », s'amuse-t-il lui-même, à propos de l'intelligence artificielle, « parce que quand ça marche, il faut le dire. »

Place à l'emphase. Et donc, place à l'une des figures de style préférées du président de la République (et, par ailleurs, de son prédécesseur ; qui a dit qu'il n'y avait pas de filiation entre les deux ?) : l'anaphore. « On est le pays qui a créé le plus d'emplois en matière d'IA en Europe, de très loin. On est le pays qui crée le plus de start-ups. On est le pays qui forme le plus (...). On est le pays qui a le plus investi sur ce sujet. »

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Et puis, même si le chef de l'État a, sur un ton grave et solennel, indiqué qu'il ne souhaitait pas évoquer sa succession, ceci ne l'empêche guère d'effleurer, par un chemin détourné, les candidats déclarés à la présidentielle. « On est les premiers à avoir lancé une stratégie ! Je vois beaucoup de gens qui se réveillent dans le débat public, 'il faut faire l'IA !', heureusement qu'on ne les a pas attendus ! 2018, stratégie de l'IA en France. 2019, stratégie du quantique. On est le pays qui a le plus investi sur le sujet. » Au fait, qui a fait de l'IA l'un des quatre piliers centraux de sa campagne et sort tout juste d'une séquence médiatique consacrée à ce sujet avec, notamment, une interview donnée aux Échos mercredi ? Tiens, tiens, Gabriel Attal. « Quel mauvais esprit », glisse l'un des conseillers du président. Décelez-vous l'ironie ?

Un bilan global martelé

Petit à petit, l'interview s'est consacrée à des sujets bien plus franco-français. De toute évidence, Emmanuel Macron avait l'intention de mettre les points sur les « i » à propos de sa fameuse « legacy » - héritage, en bon français - pour les années à venir. Pas avare de répétitions, Emmanuel Macron en a profité pour marteler une seconde anaphore et mieux défendre, par le (long) menu, son bilan global depuis son arrivée au pouvoir il y a neuf ans :

  • « La France aujourd'hui a des armées plus fortes (...)
  • elle a une diplomatie plus forte et plus claire, le G7 en est l'illustration,
  • et elle a une croissance consolidée supérieure à celle de l'Allemagne ou l'Italie.
  • La France, depuis sept ans, recommence à réindustrialiser,
  • et même dans les temps difficiles qu'on vit, nous avons créé plus d'entreprises que nous en avons détruites.
  • La France est leader de l'intelligence artificielle en Europe.
  • La France est un leader énergétique en Europe : il y a dix ans, j'ai pris un pays qui allait fermer ses centrales nucléaires, qui investissait plus sur le nucléaire, et on a complètement changé cette situation (...). »

Et qu'importe si, en matière de nucléaire justement, le début de son premier quinquennat ne prenait pas cette tournure, ni ne prônait cette philosophie. L'Histoire est racontée par ceux qui la font et Emmanuel Macron compte bien, d'ici à mai 2027, raconter lui-même la sienne. Le président aime souvent dire qu'il faut « regarder les choses avec les bonnes lunettes » - en espérant que les Français soient de plus en plus nombreux à les chausser avant son départ.