Lyon : l'alliance écologiste-LFI divise la gauche avant le second tour
Lyon : alliance écologiste-LFI divise la gauche avant 2nd tour

L'alliance stratégique qui divise la gauche lyonnaise

Vainqueur surprise du premier tour des élections municipales à Lyon, le maire écologiste sortant Grégory Doucet a officialisé son alliance avec La France Insoumise pour le second tour face à Jean-Michel Aulas. Le candidat de la droite et du centre, bien que sonné par des résultats inférieurs aux prévisions des sondages, refuse de baisser les armes et qualifie cette coalition de "alliance de la honte".

Un accord technique aux conséquences politiques

Cette alliance, largement anticipée depuis plusieurs semaines, avait été conditionnée par Grégory Doucet à deux exigences claires : elle devait se faire sur la base de son programme du premier tour, et aucun candidat LFI impliqué ne pouvait avoir tenu des propos ou participé à des violences inacceptables. Électoralement, l'édile écologiste aurait pu prendre le risque de s'en passer, comptant sur un report de voix naturel des électeurs de gauche éliminés au premier tour.

La députée socialiste Sandrine Runel, au cœur des négociations, insiste sur le caractère technique de l'accord : "On ne touche ni à notre programme, ni à nos valeurs. On prend uniquement en compte l'expression des électeurs dans certains arrondissements." Elle précise que LFI ne participera pas à l'exécutif en cas de victoire et disposera d'au maximum sept élus, sans minorité de blocage.

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Fractures au sein de la gauche

Cette alliance provoque cependant de profondes divisions au sein des forces de gauche. Jonathan Bocquet, référent de Place Publique sur la Métropole, regrette cette orientation : "Même sans accord, on pouvait faire le pari d'un vote utile des électeurs LFI. Là on va en perdre au centre." Son mouvement a annoncé retirer ses candidats des listes intégrant des représentants LFI, conduisant à la suspension de plusieurs figures locales comme François Journy et Lisa Gauthier.

Le mouvement de Raphaël Glucksmann multiplie les suspensions à Lyon, rappelant que son précédent porte-parole Alexandre Chevalier avait déjà été sanctionné pour avoir rejoint Georges Képénékian au premier tour. Cette cohérence idéologique a un prix électoral, reconnaît Bocquet, qui comprend pourtant le dilemme de ceux ayant choisi de rester sur les listes.

L'impasse métropolitaine

L'accord ne concerne cependant que la ville de Lyon et ses arrondissements, laissant en suspens les élections métropolitaines. Or, c'est précisément pour ce scrutin que les écologistes auraient eu le plus besoin d'une alliance, pour augmenter les chances de Bruno Bernard de se maintenir à la tête de la Métropole de Lyon.

Le premier tour a tourné en faveur de Véronique Sarselli (LR), grâce aux victoires éclatantes des candidats de droite dans plusieurs communes de l'agglomération. Deux nuits de discussions entre les différentes formations de gauche n'ont rien donné, Florestan Groult (LFI) faisant porter la responsabilité de cet échec à l'intransigeance d'Hélène Geoffroy, maire socialiste de Vaulx-en-Velin.

Stratégies divergentes et enjeux locaux

Renaud Payre, directeur de campagne de Bruno Bernard, explique : "C'est la direction nationale de LFI qui a bloqué pour des raisons incompréhensibles. Nos interlocuteurs locaux étaient beaucoup plus dans la logique de sauver des politiques métropolitaines." Jonathan Bocquet analyse différemment : "Ce qui a bloqué, c'est que LFI veut se faire la gauche et prendre des mairies."

Effectivement, La France Insoumise pourrait emporter trois villes de l'agglomération au second tour :

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  • À Vaulx-en-Velin, le député Abdelkader Lahmar (apparenté LFI, 41,54%) talonne Hélène Geoffroy (PS, 43,57%)
  • À Vénissieux, Idir Boumertit (LFI, 25,95%) est proche de la maire sortante Michèle Picard (PCF, 28,32%)
  • À Saint-Fons, Hadi Mebarki (LFI, 37,61%) bénéficie de l'invalidation des bulletins du maire sortant

Le refus de débat et ses conséquences

Dans ce contexte tendu, Jean-Michel Aulas a annoncé refuser de participer au débat de France 3, invoquant l'alliance de son adversaire avec un parti "dont le chef de file Jean-Luc Mélenchon tient des propos antisémites". Cette décision contraste avec sa participation à un débat sur BFM au premier tour, une prestation qui avait semblé affecter ses intentions de vote.

L'entourage de Bruno Bernard continue pourtant de croire à une victoire à la Métropole, même sans accord avec LFI. Renaud Payre redoute cependant un scénario d'égalité parfaite entre droite et gauche, avec le Rassemblement National en position d'arbitre, comme à la Région en 1998.

Le second tour s'annonce donc particulièrement indécis, avec des alliances qui divisent autant qu'elles rassemblent, et des stratégies électorales qui pourraient bien déterminer l'avenir politique de l'agglomération lyonnaise pour les six prochaines années.