Un séisme électoral dans le bastion azuréen
Les élections municipales de mars 2026 ont provoqué un véritable tremblement de terre politique dans les Alpes-Maritimes, département historiquement ancré à droite. Les Républicains (LR) ont subi des pertes symboliques majeures en perdant Nice, Menton et Cagnes-sur-Mer, trois villes clés du territoire. Ces défaites successives interviennent dans un contexte de fractures internes profondes concernant l'opportunité d'une alliance avec le Rassemblement National (RN), une question qui divise les cadres et élus locaux depuis plusieurs mois.
Des pertes stratégiques et des divisions exacerbées
À Nice, la défaite de Christian Estrosi, maire sortant Horizons soutenu par plusieurs élus LR, face à Éric Ciotti, candidat de l'Union des droites pour la République (UDR) allié au RN, représente un coup particulièrement dur. Le président de l'UDR devient ainsi le nouveau maire de la capitale azuréenne, marquant un basculement politique significatif. Dans le même temps, les pertes de Cagnes-sur-Mer le 15 mars et de Menton le dimanche suivant ont confirmé la tendance défavorable pour LR dans ce département où le parti était autrefois la première force politique.
Les divisions internes se sont manifestées de manière spectaculaire lorsque Bruno Retailleau, président de LR, a annoncé sur un plateau télévisé qu'il ne soutenait pas Christian Estrosi, contredisant ainsi la décision de la commission nationale d'investiture prise trois mois plus tôt. Cette déclaration a révélé au grand jour la cacophonie régnant au sein du parti et a ravivé les tensions entre les différentes sensibilités de la droite.
La tentation de l'alliance avec le RN
La question de l'alliance avec le Rassemblement National continue de fracturer LR dans les Alpes-Maritimes. Éric Ciotti, député de la première circonscription, a initié ce rapprochement en juin 2024 en nouant une alliance avec le parti de Marine Le Pen sans en référer aux instances du parti. Cette décision, qualifiée de « séisme » par de nombreux observateurs, continue de produire des répliques politiques deux ans plus tard.
Certains élus LR semblent séduits par cette stratégie. Le sénateur Henri Leroy, présent aux côtés d'Éric Ciotti lors du « grand apéro » de fin de campagne dans la Plaine du Var, défend ouvertement une union des droites avec le RN. « Sinon on n'arrivera pas à gagner l'élection présidentielle », affirme-t-il, envisageant même que la droite se contente de négocier un poste de Premier ministre dans une telle configuration.
Son neveu, Sébastien Leroy, maire LR de Mandelieu-la-Napoule, partage cette vision et était présent dimanche à Menton pour fêter la victoire de la candidate RN Alexandra Masson. « Par amitié, par solidarité, par sympathie », justifie le parlementaire, qui reconnaît avoir également assisté aux célébrations de Bryan Masson à Cagnes-sur-Mer.
Les résistances et les tentatives de recadrage
Face à cette tentation allianceiste, d'autres figures de LR maintiennent une ligne plus traditionnelle. David Lisnard, maire de Cannes, a ainsi recadré Éric Ciotti après la publication d'une photo les montrant ensemble pendant la campagne. « J'invite Éric Ciotti à sortir de son alliance avec le RN et à rejoindre la droite indépendante », a déclaré l'édile cannois, référence transparente à son propre parti Nouvelle Énergie.
Michèle Tabarot, secrétaire départementale de LR, appelle depuis près de deux ans à une clarification de la position du parti. Cette demande de clarification devrait être au cœur des discussions du bureau politique qui se réunit à Paris pour évoquer le mode de désignation du candidat à la présidentielle de 2027.
Un avenir incertain à l'approche de 2027
Les défaites municipales de 2026 interviennent dans un contexte déjà difficile pour LR, affaibli par le score historiquement bas de Valérie Pécresse à la présidentielle de 2022 (4,78%) puis par la débâcle aux élections européennes de 2024 (7,25% pour la liste de François-Xavier Bellamy). Ces mauvais résultats nationaux ont précipité le départ d'Éric Ciotti vers le RN, une stratégie qui s'est avérée payante pour lui personnellement mais qui fragilise davantage son ancien parti.
Alors que certains élus militent pour « une primaire ouverte d'Edouard Philippe à Sarah Knafo », les divisions internes ravivées par les déclarations de Bruno Retailleau et les tentations allianceistes plongent Les Républicains dans une crise existentielle. La question de savoir si le parti peut survivre à ces fractures et retrouver une unité à l'approche de la présidentielle de 2027 reste entière, particulièrement dans les Alpes-Maritimes où il doit faire face à la concurrence directe d'une droite recomposée autour du RN.
Entre les villes perdues et celles conservées de justesse comme Saint-Laurent-du-Var, entre les élus tentés par le RN et ceux qui résistent, LR apparaît plus divisé que jamais dans ce département qui fut longtemps son bastion. La réunion du bureau politique de ce mardi soir à Paris pourrait marquer un tournant décisif pour l'avenir du parti dans les Alpes-Maritimes et au niveau national.



