Une soirée électorale en demi-teinte pour Les Républicains
« Les dix points de retard de Rachida Dati sur Emmanuel Grégoire, j'avoue que je ne les avais pas vus venir », confiait ce dimanche un dirigeant des Républicains, résumant une soirée électorale contrastée pour son parti. Si la moisson s'avère fructueuse dans les villes petites et moyennes avec des victoires à Besançon, Cherbourg, Brest, Clermont-Ferrand et Tulle, les grandes métropoles résistent farouchement à la droite.
La fracture territoriale s'accentue
Le paysage électoral dessine désormais clairement un Hexagone coupé en deux. D'un côté, les grandes agglomérations comme Paris, Nantes et Lyon restent ancrées à gauche. De l'autre, les villes de taille moyenne basculent vers la droite, compensant ainsi la perte symbolique de Nîmes due à la division au premier tour entre droite et centre.
« On est un peu la PME face au CAC 40 », philosophe Jonas Haddad, porte-parole de LR, soulignant cette dichotomie croissante. Cette cassure sociologique va inévitablement influencer le prochain scrutin national, la présidentielle de 2027, où la répartition démographique jouera un rôle crucial.
Stratégies divergentes et tensions internes
L'autre enseignement majeur de ce scrutin réside dans le succès de l'autonomie stratégique. Lorsque Les Républicains ont mené campagne seuls, sans alliance avec la macronie ni concessions au Rassemblement National, les victoires ont été plus fréquentes. « Quand on part sous nos couleurs, avec des campagnes chimiquement pures, ça marche », résume un haut responsable du parti.
Cette stratégie contraste avec les récentes prises de position de Bruno Retailleau, dont le retrait de soutien à Christian Estrosi à Nice a provoqué incompréhension et colère au sein des Républicains. Ce revirement a conduit à la victoire du candidat UDR Éric Ciotti, alimentant le fantasme d'une union des droites que le parti refuse localement.
La question Retailleau divise le parti
« Bruno Retailleau n'a pas de boussole, c'est un problème. Courir derrière le RN, ça ne sert à rien », accuse un pilier du « socle commun », cette alliance théorique entre macronie et Républicains. La déclaration sur Nice a valu au patron du parti un désaveu cinglant de plusieurs barons, dont Gérard Larcher, Michel Barnier et Xavier Bertrand.
Pour calmer le jeu interne, Retailleau a tenté de recentrer le débat en renvoyant dos à dos LFI, « le parti des idéologues », et le RN, « le parti des démagogues ». Mais le poison niçois continue de meurtrir la droite, comme en témoigne l'invitation de David Lisnard à Éric Ciotti de quitter son alliance avec le RN pour rejoindre « la droite indépendante ».
Préparations houleuses pour la présidentielle
Ce mardi, Les Républicains se préparent à un bureau politique particulièrement tendu. L'objectif : tirer les leçons des municipales et déterminer la méthode de désignation du candidat pour la présidentielle, sur la base des conclusions du comité piloté par Gérard Larcher.
« Ça va être épouvantable », anticipe un député, qui commence à douter de la capacité de Retailleau à incarner l'unité du parti : « Il est trop clivant ». Jean-François Copé, réélu au premier tour à Meaux, n'exclut pas un « schisme » au sein des Républicains, miroir de la fracture qui traverse désormais l'Hexagone.
Alors que la droite célèbre ses conquêtes dans la France des villes moyennes, elle doit simultanément faire face à ses échecs dans les métropoles et à des divisions internes croissantes. La route vers la présidentielle 2027 s'annonce particulièrement semée d'embûches pour un parti qui peine à trouver son unité et sa boussole stratégique.



