Louis Sarkozy en campagne à Menton : le clan mobilisé face au RN
Selon un sondage Elabe/Berger-Levrault pour Nice Matin et BFMTV publié la semaine dernière, le fils de l'ancien président Nicolas Sarkozy est distancé par le Rassemblement national au premier tour des élections municipales à Menton. La candidate d'extrême droite Alexandra Masson obtient 31 % des intentions de vote, contre 15 à 17 % pour les quatre suivants, dont Louis Sarkozy crédité de 16 %.
Un candidat "mentonnais d'adoption" face aux critiques
Installé depuis plus d'un an à Menton, lovée entre mer et montagne à deux pas de l'Italie, l'essayiste franco-américain de 28 ans se lance face à cinq candidats. Il a le regard clair, le verbe facile et un léger mouvement d'épaule hérité de son père. Sa liste "Renouveau mentonnais", largement composée de personnes n'ayant jamais été élues, mise sur l'ambition et l'énergie.
Le programme inclut une baisse de la taxe foncière et le réaménagement d'un quartier avec espaces sportifs, maison des associations et théâtre de verdure. "Menton c'est une ville de 30 000 habitants avec deux frontières, 120 millions de budget. Les gens ne votent pas pour vous parce que vous vous appelez Sarkozy, mais pour votre projet. Rien n'est fait, tout est dur, on n'est pas favoris", explique le jeune homme aux bras tatoués.
Pourtant, les réactions sont mitigées. Une femme sourit à sa vue et le qualifie de "mentonnais d'adoption", tandis que deux clients âgés persiflent sur ce "parachuté". "Il ne connaît rien de Menton", affirme l'un. "Qu'il retourne d'où il vient", ajoute son voisin.
Le soutien familial et l'ombre du père
Début février, la permanence de campagne située place de la mairie a été taguée des mots "Fils de prisonnier", référence explicite à Nicolas Sarkozy – condamné dans l'affaire du financement libyen de sa campagne – venu en décembre soutenir son fils et promouvoir son livre écrit en détention.
Ce mardi après-midi, Louis Sarkozy visite un Ehpad sur les hauteurs de la ville avec son épouse Natali et sa mère Cécilia Attias, tout juste arrivée de New York. "C'est intense, on ne dort pas beaucoup, on verra où ça va nous emmener, peut-être une belle surprise à la fin", confie Natali Sarkozy, mère de leur fils de quatre mois, Sylla.
À ses côtés, l'éphémère première dame de France, qui eut un rôle clef dans l'accession de Nicolas Sarkozy à l'Élysée, parle d'expérience quand elle qualifie son fils de "formidable homme politique de demain". "Il donne de lui-même, c'est un vrai investissement", dit-elle. "Il a les qualités humaines, alors que le monde va si mal. Voir des gens si droits, si bien, c'est formidable donc je ne peux que l'accompagner".
Un profil politique entre héritage et indépendance
Féru d'histoire, de politique et de littérature, fan de Napoléon sur qui il a écrit un essai, Louis Sarkozy a étudié dans une école militaire de Pennsylvanie, travaillé dans une banque à Bogotá, écrit des éditoriaux pour la presse française et américaine, été invité à l'investiture de Donald Trump.
"Je suis libéral depuis que je suis né, culturellement conservateur", résume celui qui peut à la fois louer la santé de l'économie américaine et prôner la légalisation des drogues. "Sur le régalien je suis un 'droitard' assumé, notamment sur l'immigration, la sécurité, la propreté", ajoute-t-il, affirmant n'appartenir "à aucune famille politique, aucun clan, aucune tribu", si ce n'est sa famille de sang.
"Idéologiquement je suis proche des LR (Les Républicains). Parce que c'est le parti familial, celui qui me ressemble le plus", dit-il. "Sarkozy, c'est mon nom, c'est ma famille, ce n'est pas une étiquette, c'est ce que je suis."
L'enjeu national derrière la bataille locale
Face à lui, Alexandra Masson mise sur "la solidité" de son projet et "le sérieux" de son travail de députée pour contrer un adversaire qui "manque d'ancrage local" et représente le "Macron bloc rejeté de toutes parts". "Au deuxième tour, tout le monde va s'unir contre moi mais je fais confiance à l'électorat, au bon sens populaire", dit l'avocate de 54 ans.
Outre Menton, le RN espère prendre racine dans le Sud en remportant des villes comme Toulon et Carcassonne, voire Marseille, tout en conservant Perpignan. À trois semaines du premier tour le 15 mars, Louis Sarkozy sillonne à moto la commune dont il aimerait faire son fief.
Promenade du Soleil à Menton, il distribue son programme aux commerçants. "Un peu de littérature. C'est pas du Maupassant mais ça se lit bien." S'il perd le 22 mars, ses projets de vie restent locaux. "Je veux bien être parachuté. Mais une fois qu'on a atterri, on ne peut pas redécoller".



