Léon Blum, l'idéaliste du Front populaire face aux défis de 1936
C'est à ce bourgeois idéaliste, né le 9 avril 1872 à Paris et mort le 30 mars 1950 à Jouy-en-Josas, qu'échoit en 1936 la mission délicate de concilier justice sociale et réalisme économique. Son portrait, publié initialement en 2016, résume à lui seul l'esprit de cette année charnière. À l'instar de François Mitterrand en 1981, Léon Blum incarne le visage d'une gauche qui conquiert le pouvoir et s'attelle au lourd travail des réformes.
Le visage d'une gauche au pouvoir
Il est le visage du Front populaire dont le souvenir a porté les signataires de l'Union de la gauche des années 1970. Pour la première fois en France, les socialistes dirigent une coalition de gauche et exercent la plénitude du pouvoir. Et ils le font alors que l'Europe, traumatisée par la Grande Guerre, entre dans l'engrenage fatal qui mènera au second conflit mondial.
Mais les Français ne le savent pas encore, et l'homme qu'ils élisent le 3 juin 1936 porte l'espérance d'une société profondément pacifiste. La générosité, l'idéalisme, le lyrisme, la foi dans la sécurité collective pour conjurer les périls : Léon Blum, sourire éperdu sous les lunettes rondes que l'émotion embue, tranche avec les politiciens radicaux ou de droite modérée, plutôt ternes, qui se succèdent depuis Clemenceau.
Un parcours politique riche
Il n'est pourtant pas né de la dernière pluie, cet Alsacien d'origine juive - 64 ans déjà - avec un passé qui sent son histoire de France côté gauche. Entré en politique pour soutenir Dreyfus, cofondateur de L'Humanité en 1904, admirateur de Jaurès, il est bras droit du ministre socialiste du Ravitaillement, Marcel Sembat.
Député de la Seine en 1919 et de Narbonne en 1929, après une défaite contre le communiste Jacques Duclos, Blum est surtout le chef de la minorité qui, en 1920, au congrès de la SFIO à Tours, décide de garder la vieille maison socialiste lorsque 68 % des délégués fondent la Section française de l'Internationale communiste, le futur PCF.
Mais les retrouvailles sont pour bientôt : aiguillonnées par le péril fasciste matérialisé à Paris lors de l'émeute antiparlementaire du 6 février 1934, elles sont syndicales et politiques, avec pour apothéose le vote des 26 avril et 3 juin.
L'intellectuel et l'homme d'action
Il y a un autre Blum, brillant lettré, formé à l'École normale, qui écrivait dans La Revue blanche et défend la cause des femmes dans Du mariage (1907). C'est à ce grand bourgeois cultivé et idéaliste qu'échoit la mission de concilier justice sociale et contraintes économiques, de sauver la paix quand la guerre menace.
Son action réformatrice ne dure qu'un été - avant les premiers nuages espagnols et la pause décidée en mars 1937 - mais a laissé une trace de feu. Blum, c'est aussi le courage face à des attaques antisémites insensées et incessantes ; lors de son procès à Riom (1942), où il ridiculise le régime de Vichy ; enfin, durant sa détention à Buchenwald, dont il reviendra pour occuper une dernière fois la présidence du Conseil, avant de mourir en 1950.
Son héritage politique continue d'inspirer les débats sur la conciliation entre idéaux sociaux et réalités économiques, dans un contexte international toujours aussi complexe.



