LFI face au drame lyonnais : du choc à la contre-offensive stratégique
La période des atermoiements n'a pas duré longtemps. D'abord sous le choc des images de la mort en direct d'un jeune homme de 23 ans, massacré par un groupe de militants antifascistes masqués et déterminés, les dirigeants de La France Insoumise ont, un temps, hésité à présenter une position claire et unie.
Une réaction initiale hésitante
Ils ont condamné l'acte, le lynchage perpétré par un collectif qui se revendique officiellement proche de LFI. Ils ont bafouillé, tergiversé, protégé a minima, sur la pointe des pieds, leur député, Raphaël Arnault, fondateur de la Jeune Garde. Cette organisation, présentée comme un service d'ordre, se retrouve au cœur de la polémique.
Et puis, très vite, ils se sont ressaisis, sous le commandement du chef suprême. Jean-Luc Mélenchon a très rapidement compris que rester sur une posture défensive allait condamner son mouvement politique à une marginalisation certaine dans le paysage politique français.
Le retournement stratégique de Mélenchon
Alors, il a fait ce qu'il sait faire de mieux. Prendre le gourdin et cogner comme un sourd. Sur la presse, qu'il accuse d'être à la botte du pouvoir, vendue aux puissances d'argent. Sur le gouvernement, qu'il qualifie d'illégitime, qui joue les fiers-à-bras en tentant de profiter de la tragédie pour se refaire une santé politique.
Enfin, sur le Rassemblement National, qui, par la bouche de Jordan Bardella, propose de diaboliser définitivement LFI, en l'éjectant de l'arc républicain. Victime, vous avez dit victime ? Oui, comprenez bien, c'est tout l'ensemble de ce que Jean-Marie Le Pen appelait l'« Establishment » qui est désormais ligué contre les Insoumis.
La technique de l'injonction paradoxale
Du pain bénit pour l'ancien trotskiste de l'OCI, lequel retrouve une place rêvée, celle qu'il affectionne par-dessus tout, celle du martyr, du dernier des Mohicans anticapitaliste. Cette posture plus qu'inconfortable en apparence, paradoxalement, lui donne une énergie de jeune révolutionnaire.
Alors, il met en pratique, à la puissance « n », la technique de communication redoutable qu'est l'injonction paradoxale. À l'instar de Donald Trump, il défend l'indéfendable, tire à boulets rouges sur l'ennemi. Tous azimuts. Comme le milliardaire de Mar-a-Lago, il fait dans l'indignation tempétueuse, nie, fait diversion, multiplie les contre-pieds sans jamais avouer quoi que ce soit.
La défense de la Jeune Garde
On lui reproche d'avoir couvé en son sein la Jeune Garde, qui, pour certains observateurs, est devenue un groupuscule flirtant avec l'idéologie d'Action directe ? Réponse, en substance, du patron de LFI : bande d'ignares, vous connaissez l'autodéfense populaire ?
Si la Jeune Garde existe, c'est pour protéger les siens contre les groupes d'extrême droite, ce qui n'est pas faux selon lui. Poursuivons le raisonnement : la Jeune Garde n'est pas une milice mais une forme de service d'ordre de jeunes militants destiné à protéger manifestations ou conférences d'élus de LFI, dont celle de Rima Hassan, à Sciences Po Lyon, ce qui est vrai selon les Insoumis.
L'unification du discours insoumis
Très vite, toutes les voix des dirigeants Insoumis se sont mises à l'unisson de leur chef. Désormais, plus question de laisser voir apparaître la moindre brèche dans la défense du parti. On défend bec et ongles le député du Vaucluse, Raphaël Arnault.
Plus question d'une exclusion ou d'une suspension. Il faut en faire un héros, un martyr antifa. Pourquoi pas une légende ? Jean-Luc Mélenchon, en politicien madré, a compris qu'en mettant un genou à terre, en reconnaissant la moindre erreur, la moindre responsabilité morale dans le drame lyonnais, il se condamne à faire de la figuration en 2027.
Les conséquences électorales potentielles
Le meurtre de Quentin Deranque, certes, l'a mis quelques jours dans les cordes, mais Méluche a trouvé la parade. En pratiquant l'art de la diversion, il se donne un peu d'oxygène pour quelque temps. Et pourquoi pas, espère-t-il, créer la surprise aux élections municipales du mois prochain ?
En brandissant un slogan tout trouvé : celui du dernier rempart contre le fascisme. Une pantalonnade ? Pas si sûr. Dans un climat politique inflammable, difficile de préjuger des effets électoraux de la tragédie lyonnaise sur le paysage politique français dans les mois à venir.



