Le spectre de Trump plane sur la scène politique française
Levons immédiatement tout malentendu potentiel : cette analyse ne constitue en aucun cas une déclaration d'amour envers Donald Trump. Ne vous attendez donc pas à me voir arborer une casquette rouge estampillée « Maga » ou un teint orangé caractéristique. Cependant, un constat s'impose : un petit vent de trumpisme souffle au sein de la classe politique française, de manière plus ou moins assumée.
Des admirateurs discrets mais influents
Tous trumpistes ? Certainement pas, mais certains de nos élus, particulièrement à droite de l'échiquier politique, présentent ce qu'on pourrait qualifier de trumpisme honteux. Rares sont ceux qui osent revendiquer ouvertement comme modèle politique celui qui est devenu le diable personnifié, avec ses velléités d'annexion forcée du Groenland et les actions controversées d'ICE, sa police de l'immigration aux méthodes glaçantes.
Quelques figures s'y risquent néanmoins, comme Marion Maréchal qui vantait récemment sur France Inter son action contre « la techno-bureaucratie » et « le gouvernement des juges », tout en qualifiant les morts de Minneapolis de simples « accidents ». Chez Reconquête, Sarah Knafo et Éric Zemmour assistaient à sa cérémonie d'investiture de janvier 2025. À l'UDR, Éric Ciotti voyait dans sa réélection un message d'espoir face à « l'impuissance française ».
L'influence discrète au sein de la droite de gouvernement
Même au sein de la droite dite de gouvernement, on s'inspire sans l'avouer de la méthode Trump et de ses discours anti-élites, anti-juges et anti-technocratie. Le président des Républicains, Bruno Retailleau, tout en critiquant le style Trump fondé sur le « deal » et la « marchandisation » du monde, explique que son parti devra tirer les leçons de la victoire populaire du président américain s'il veut renouer avec le succès électoral national.
On se souvient également des images de Xavier Bertrand, pourtant farouche contempteur de Trump, qui s'était, comme l'Américain pendant sa campagne, mis en scène en mode populaire, avec une charlotte sur la tête, dans les cuisines d'un fast-food de sa région des Hauts-de-France. Jordan Bardella au RN, quant à lui, a récemment effectué dix pas en arrière après avoir pourtant loué l'incroyable « énergie » du magnat de la Maison-Blanche.
Le cas emblématique de Laurent Wauquiez
Le cas le plus emblématique reste Laurent Wauquiez, qui assume un discours typiquement trumpiste contre les autorités administratives et « cours suprêmes », à commencer par le Conseil constitutionnel, qu'il accuse régulièrement de mener un « coup d'État de droit » entravant les décisions du Parlement. Le même Laurent Wauquiez semble s'inspirer de la façon dont Trump sature l'espace médiatique à coups d'outrances et de sorties chocs.
On se souvient notamment de sa proposition décapante d'envoyer les étrangers clandestins sous OQTF à Saint-Pierre-et-Miquelon, une suggestion qui rappelle les méthodes provocatrices de l'ancien président américain pour capter l'attention médiatique.
Fascination et répulsion : un héritage ambigu
Bref, l'épouvantail Trump continue à exercer une fascination-répulsion sur la droite française, qu'elle l'admette ou non. Comme un lointain écho à l'adage qui prévalait dans cette famille de pensée, à l'époque où Jean-Marie Le Pen dirigeait le Front national, ancêtre du Rassemblement national : « Il n'apporte peut-être pas les bonnes réponses, mais il pose les bonnes questions », entendait-on à droite et au-delà.
Cette ambivalence comporte cependant des risques, notamment celui de donner des points à l'adversaire dans la bataille des idées en empruntant des thèmes et méthodes qui divisent profondément l'opinion publique.
Les exceptions notables
L'un des rares au centre droit à sembler immunisé contre la « Trump mania » est le patron d'Horizons Édouard Philippe. L'ancien Premier ministre répète en petit comité que le trumpisme n'est rien d'autre, à ses yeux, qu'un « proto-fascisme », marquant ainsi une distance claire avec cette influence politique venue d'outre-Atlantique.
Cette position tranchée contraste avec l'attitude plus ambiguë de nombreux autres acteurs de la droite française, qui naviguent entre rejet formel et emprunts substantiels à la rhétorique et aux méthodes du trumpisme.



