Le RPR, une épopée politique française revisitée
Une époque semble aujourd'hui bien lointaine. Celle où le Rassemblement pour la République (RPR) pouvait rassembler près de 100 000 personnes à la porte de Pantin à Paris en 1977. Ce parti, qui a compté jusqu'à 885 000 adhérents en 1986, a même financé un film à sa gloire, La Nuit du risque de Sergio Gobbi en 1986. Dans ce nanar électoral, on aperçoit Bernard Pons, Jacques Toubon, Philippe Séguin et Charles Pasqua jouant leur propre rôle.
Une plongée dans l'histoire du post-gaullisme
Toutes ces figures traversent également l'ouvrage de Pierre Manenti, Le RPR. Une certaine idée de la droite (Passés composés, 416 pages, 24 euros). L'auteur, ancien directeur de cabinet ministériel, retrace l'histoire complète de ce parti, depuis sa création le 5 décembre 1976 jusqu'à sa dissolution dans l'UMP le 21 septembre 2002.
Ce jour-là, à Villepinte en Seine-Saint-Denis, Jacques Chirac ne s'est pas déplacé. Le président de la République a enterré son propre parti sans cérémonie particulière, se contentant d'un simple message vidéo. Pierre Manenti, qui avait précédemment écrit sur les barons du gaullisme et Charles Pasqua, s'intéresse ici spécifiquement à l'histoire du post-gaullisme, qui se confond largement avec celle du « chiraquisme ».
Les multiples visages du RPR
Au fil des chapitres, on découvre un Jacques Chirac d'abord défenseur d'un « travaillisme à la française », puis opérant un virage libéral thatchérien au milieu des années 1980. L'ouvrage démontre que le patron n'a jamais été le reflet parfait de son parti.
Le RPR n'a en effet jamais constitué un bloc monolithique. Véritable auberge espagnole, il a vu cohabiter tant bien que mal plusieurs courants : les tenants d'un libéralisme à la française comme Édouard Balladur et Nicolas Sarkozy, les défenseurs d'une droite sociale à l'image de Philippe Séguin, et les souverainistes revendiqués tels que Charles Pasqua.
Des sources inédites et des révélations
Grâce à des archives inédites et plus de cinquante entretiens, Pierre Manenti livre un récit presque au jour le jour de cette formation politique où les amis d'hier devenaient souvent les ennemis de demain, et inversement. Plutôt qu'une analyse critique approfondie, cette chronique purement politique montre une droite bonapartiste, plus autoritaire, obligée de composer avec l'aile orléaniste et plus libérale de l'UDF de Valéry Giscard d'Estaing.
L'ouvrage révèle également une porosité idéologique préoccupante avec le Front national. Un des enseignements majeurs du livre concerne précisément la question d'une alliance avec l'extrême droite, qui agitait déjà les bureaux politiques du RPR à l'époque. Alors que Jacques Chirac est aujourd'hui souvent cité comme un rempart contre cette « union des droites », l'auteur montre qu'il a en réalité beaucoup louvoyé sur ce sujet délicat.
Cette histoire tumultueuse du RPR, entre ouvriers et bourgeois, entre différentes visions de la droite française, continue d'éclairer les débats politiques contemporains. L'ouvrage de Pierre Manenti offre ainsi une perspective essentielle pour comprendre les évolutions et les fractures qui traversent encore la droite française aujourd'hui.



