Le Parti socialiste franchit un cap historique contre Mélenchon
Les socialistes arrivent souvent tard, mais ils finissent par arriver. Alors que la question insoumise obsède le Parti socialiste depuis des mois, les consensus y sont devenus suffisamment rares pour être soulignés. Les miracles peuvent ainsi survenir trois mois après Noël, ou neuf mois après que Jérôme Guedj a traité Jean-Luc Mélenchon de "salopard antisémite" en plein congrès du PS.
Une condamnation sans précédent
Quelques jours seulement après que le leader de La France insoumise a ironisé sur la prononciation du nom du pédocriminel Jeffrey Epstein et "déformé par erreur" - selon ses dires - celui de Raphaël Glucksmann, le Bureau national du PS a pris une décision historique. Mardi 3 mars, l'instance dirigeante a dénoncé unanimement et sans réserve la multiplication "des caricatures complotistes et propos antisémites intolérables" de Jean-Luc Mélenchon.
Si la formulation "relents antisémites" a été évoquée lors de la réunion, c'est bien l'accusation directe qui a été adoptée collectivement. Pour la première fois, les instances dirigeantes roses l'écrivent noir sur blanc : le patriarche insoumis a versé dans l'antisémitisme. "Ce texte est le fruit d'un compromis et c'est un progrès", s'est réjoui François Kalfon, eurodéputé socialiste et opposant résolu à Olivier Faure.
Une offensive stratégique avant les municipales
Jean-Luc Mélenchon a beau dénoncer d'"intolérables accusations" et une "désolidarisation du combat antifasciste qui reprend les attaques de l'extrême droite", les socialistes ont lancé leur offensive à une semaine du premier tour des élections municipales. "Je n'ai pas de leçon à recevoir d'un bourgeois sur son canapé qui fait de l'antisémitisme une expression commune dans beaucoup de ses discours", a répondu le socialiste Pierre Jouvet sur LCP.
Les feux sont concentrés sur un homme. Un seul. "Il y a une nécessité de condamner les propos et les attitudes de Mélenchon, et je dis bien Mélenchon", précise Luc Broussy, président du conseil national, le "parlement" du PS. Cette distinction est cruciale car, comme l'explique un lieutenant socialiste : "Le langage martial à l'égard de La France insoumise a des répercussions sur les candidats socialistes qui escomptent un report de voix insoumis. La difficulté, c'est faire comprendre que c'est la direction de LFI qui est visée et non les électeurs."
La bataille des récits à gauche
Les socialistes tentent-ils de détacher les baronnies locales de LFI de leur leader ? "On pensait que ça marcherait pour les législatives : mais les insoumis ne se sont pas désolidarisés pour autant de Jean-Luc Mélenchon", souffle un socialiste. Déjà, les insoumis répondent coup par coup. "Nous appelons les candidats et les militants du Parti socialiste à refuser cette dérive mortifère", a répondu le mouvement dans un communiqué publié le 4 mars.
Les cadres de La France insoumise, dont le leader a récemment qualifié l'écologiste Marine Tondelier de "venimeuse" et les socialistes d'"invertébrés", fustigent les choix de la direction de la vieille maison. À gauche, derrière la bataille de leadership se joue surtout celle du récit. "Mélenchon ne peut pas faire perdre la gauche partout, sinon il sera vu comme celui qui affaiblit son camp. Donc il a besoin de faire gagner quelques villes, et de faire perdre quelques villes", analyse un colistier parisien d'Emmanuel Grégoire.
L'ambiguïté stratégique du PS
Au Parti socialiste, il n'y aura d'accord national ni au premier, ni au second tour de l'élection municipale, "compte tenu de la dérive de la direction de ce mouvement". La phrase, écrite dans le communiqué, est répétée depuis des mois par Olivier Faure et ses lieutenants. "Chacun veut voir ce qu'il veut voir dans ce communiqué : il y aura évidemment des alliances locales et Faure ne les empêchera pas", assure un proche du premier secrétaire.
"L'ambiguïté est liée à la réalité, une fois qu'on a dit ça, il faut que ça s'applique localement. Et il peut toujours y avoir des scories dans certaines villes", admet David Assouline, lieutenant de Nicolas Mayer-Rossignol. La consigne concerne-t-elle les colistiers socialistes dont le candidat, écologiste ou communiste, fait alliance avec un insoumis ? "La question peut se poser. Si, comme à Lyon, les Verts font un accord avec LFI sans condamnation préalable des propos de Jean-Luc Mélenchon, nous ne sommes pas engagés à rester", assure Assouline.
Après la mort de Quentin Deranque, la direction du Parti socialiste laissait entendre de possibles fusions à Toulouse, Avignon ou Limoges - des alliances conditionnées à la condamnation de la "violence politique". À La Tribune Dimanche, l'inflexible présidente de la région Occitanie, Carole Delga, s'y opposait fermement : "Je n'accepterai pas que mon parti puisse s'unir avec LFI". Au PS, l'entre-deux tours des élections municipales promet de belles prises de bec.



