La Seyne-sur-Mer bascule à l'extrême droite : un vote historique dans le Var
La Seyne-sur-Mer, deuxième ville du Var avec 63 700 habitants, a connu dimanche un tournant politique majeur en élisant pour la première fois un maire du Rassemblement national. Dorian Munoz, candidat de 35 ans, a remporté la mairie avec 46,31 % des voix lors d'une quadrangulaire serrée, devançant largement le maire sortant LR Joseph Minniti (24,39 %), le candidat de gauche Stéphane Sacco (19,02 %) et le divers droite Cheikh Mansour (10,28 %).
Une ville historiquement ancrée à gauche qui change de cap
Ce résultat marque une rupture profonde pour une ville qui fut pendant des décennies un bastion de la gauche, avec des maires socialistes dès le début du XXe siècle puis communistes après 1945. L'ancrage ouvrier des chantiers navals, qui employaient jusqu'à 5 740 personnes en 1976, avait façonné cette tradition politique. Mais la fermeture des chantiers en 1989 et les difficultés économiques ont progressivement modifié le paysage, ouvrant la voie à des alternances entre droite et gauche ces dernières années.
Le basculement est d'autant plus spectaculaire que Dorian Munoz n'avait recueilli que 10,88 % des voix au second tour des municipales de 2020. En six ans, le candidat RN a su capitaliser sur un mécontentement grandissant parmi la population.
Insécurité et déception : les moteurs du vote RN
Sur le port de La Seyne, Julie, 39 ans arrivée il y a cinq ans d'un village catalan, exprime son désarroi : « Quand je suis arrivée ici, j'étais hyper heureuse. Mais franchement, il y a un taux de délinquance incroyable ». Cette mère de cinq enfants évoque le trafic de drogue qui s'est installé dans son quartier de Tamaris, créant un climat d'insécurité permanent.
« Ma fille va entrer au collège l'an prochain et elle est super stressée à l'idée de prendre le bus. Des élèves se font accoster et on leur propose de faire le guet sur un point de deal », déplore-t-elle. Bien qu'elle n'ait pas voté, Julie se réjouit de la victoire du RN : « Je suis contente, surtout pour mes enfants. De base, j'étais de gauche. J'aimerais juste retrouver la France de quand j'étais petite ».
La cité Berthe : entre abandon et espoir d'un changement
Dans le quartier populaire de la cité Berthe, où Munoz est arrivé en tête dans 44 des 47 bureaux de vote, les sentiments sont partagés. Fayçal, qui a voté pour Stéphane Sacco, résume l'état d'esprit : « Que ce soit la gauche ou la droite, ils n'ont rien fait pour nous. On est des victimes collatérales, on nous laisse à l'abandon. Alors pourquoi ne pas donner sa chance au RN ? On n'a jamais essayé ».
Fatima, qui n'a pas voté mais penche pour Dorian Munoz, regrette les promesses non tenues : « Ça fait quatre ans qu'on nous dit qu'un terrain de jeux va être aménagé pour les gosses sur ce terrain vague et il n'y a toujours rien. On est résigné. Peut-être que le RN sera plus juste ».
Un vote de sanction plus qu'idéologique
Philippe, habitant du quartier résidentiel des Mouissèques qui a voté pour Joseph Minniti, analyse : « Le vote RN est davantage un vote de sanction que pour son côté anti-immigration. À part le volet sécuritaire, il n'y a pas grand-chose dans le programme de Munoz ».
Rabbia, aide-soignante, a essuyé ce lundi matin « la colère » de nombreux patients âgés : « Moi, je m'en fiche, on verra bien, mais je comprends le ras-le-bol. Les gens en ont marre et votent RN ».
Interrogations sur l'avenir de la ville
Baptiste et Philippe, travailleurs sociaux du quartier Berthe, s'interrogent : « Munoz n'était qu'à 10 % il y a six ans. Qu'est-ce qui s'est passé au sein du tissu social et que n'a-t-on pas fait dans nos associations pour en arriver là ? Que vont devenir la culture, le social et la cause des LGBTQ à La Seyne ? »
Mehdi, trentenaire engagé qui a mobilisé son entourage pour Sacco, garde une porte ouverte : « Je ne le connais, je ne peux pas juger. Peut-être qu'il fera mieux que les autres ? »
La crainte d'une exacerbation des tensions
Assis sur un banc, Salah relativise : « L'extrême droite, c'est des fachos mais je ne pense pas que cette élection va changer quelque chose à notre vie ». Mais Fatima exprime une inquiétude : « Ce dont j'ai peur c'est que les langues se délient. Si les gens sont insultés et plus maltraités qu'ils ne le sont déjà, ça va péter ».
Dhaoui, ancien membre des Tunisiens de La Seyne, résume la déception générale : « Ils viennent nous voir, ils rigolent et après, il n'y a plus personne. Ils ne nous écoutent pas... »
Cette élection municipale à La Seyne-sur-Mer révèle ainsi un profond malaise social et politique, où l'insécurité, le sentiment d'abandon et la déception envers la classe politique traditionnelle ont ouvert la voie à une alternative jusqu'alors marginale dans cette ville varoise.



