Rima Hassan et Jean-Luc Mélenchon : la gauche radicale face à l'opération militaire en Iran
La gauche radicale face à l'opération militaire en Iran

La polémique autour de l'opération "Furie épique" en Iran

L'eurodéputée insoumise Rima Hassan se trouve au cœur d'une controverse politique intense. Elle cultive désormais une opposition farouche à l'opération militaire israélo-américaine baptisée "Furie épique" en territoire iranien. Sur ses réseaux sociaux, l'élue européenne déploie une rhétorique incendiaire, fustigeant notamment un article du Parisien qui recueillait la parole d'Iraniens en exil se réjouissant de l'intervention étrangère.

Une rhétorique radicale sur les réseaux sociaux

Rima Hassan qualifie cette sélection de témoignages de "propagande guerrière" à des fins politiques. Elle n'hésite pas à arborer une bannière représentant un drapeau américain en flammes sur son compte X, affichant ainsi son rejet catégorique de l'implication états-unienne. La figure emblématique du combat palestinien au Parlement européen affirme sans ambages : "C'est Israël qui a voulu cette guerre".

Parfois, la position de Rima Hassan dépasse même les lignes officielles de son propre mouvement politique. Le jour du déclenchement des opérations militaires, elle a publiquement déclaré que l'Iran possédait "le droit de se défendre" tout en suggérant qu'Israël devrait "se taire". Ces propos ont provoqué des réactions vives, notamment celle d'Ayda Hadizadeh, députée socialiste d'origine iranienne, qui ironise : "Un porte-parole de la République islamique tiendrait ces propos. Si elle n'est pas payée par le régime, elle devrait penser à prendre un billet".

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Jean-Luc Mélenchon et la doctrine insoumise

De son côté, Jean-Luc Mélenchon, triple candidat à la présidentielle et figure historique de la gauche radicale française, a déclenché suffisamment de polémiques pour s'attirer des accusations régulières. Au diapason du reste de la gauche française, le leader insoumis n'a pas manifesté de tristesse particulière suite à la mort du dirigeant iranien Ali Khamenei. "Je pense aux milliers de victimes qu'il a faites, à la lutte implacable qu'il a menée contre le peuple iranien", a-t-il déclaré lors d'un meeting à Perpignan le dimanche 1er mars.

Une grille de lecture géopolitique héritée

Face aux critiques qui dépeignent La France insoumise comme une alliée objective des mollahs iraniens, Mélenchon rappelle régulièrement qu'il n'a jamais appartenu à cette gauche intellectuelle qui avait salué l'arrivée au pouvoir de l'ayatollah Khomeini en 1979. Le leader insoumis maintient que "la mort d'Ali Khamenei ne justifie pas les moyens qui l'ont provoquée", confirmant ainsi sa doctrine internationale héritée de la guerre froide, fondamentalement hostile à ce qu'il nomme "l'empire" états-unien ainsi qu'à l'État d'Israël.

À l'instar de ses anciens partenaires de gauche, mais avec une fermeté particulière, Jean-Luc Mélenchon condamne sans réserve l'opération militaire sur le sol iranien. Il y voit une nouvelle entrave au droit international, après le précédent constitué selon lui par le kidnapping du président vénézuélien Nicolas Maduro par l'administration Trump. Pour Mélenchon, ces événements marqueraient "l'entrée dans une ère d'affrontement des suprémacistes".

La défense du droit international

Le leader insoumis insiste particulièrement sur le respect du droit international : "La première ligne du communiqué de l'Élysée doit être 'nous condamnons l'attaque contre l Iran' (...) tout simplement parce que commencer par dire ça c'est rappeler quelle est la règle sur laquelle nous nous adossons : le droit international". Cette position trouve un écho favorable auprès de certains experts comme Bertrand Badie, politiste spécialiste des relations internationales et professeur émérite à Sciences Po, qui affirme : "Que La France insoumise fasse valoir que le droit international n'a pas été respecté, personne ne peut le lui reprocher".

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Évolutions et contradictions dans le positionnement

Pourtant, en 2012, face aux menaces israéliennes de frappes sur l'Iran, Jean-Luc Mélenchon adoptait une posture sensiblement différente. Il déclarait alors : "Ce n'est pas acceptable, mais, d'un autre côté, il faut aussi entendre quelque chose : ce qu'a dit M. Ahminejab n'est pas acceptable. C'est la première fois qu'on voit un pays dire : 'Si on a une bombe, on ira taper sur Israël'. Ça, personne ne peut accepter une chose pareille". Cette déclaration historique contraste avec ses positions actuelles, alors que la situation ayant officiellement motivé l'attaque conjointe des États-Unis et d'Israël présente des similitudes avec le contexte de 2012.

Le débat sur l'intervention extérieure

Jean-Luc Mélenchon estime surtout que "les Iraniens sont assez grands pour savoir quoi faire de leur régime". Cette position est vivement contestée par Ayda Hadizadeh, qui rétorque : "Cela fait trente ans que les Iraniens tentent de changer ce régime. À chaque fois la répression se faisait de plus en plus sanglante. Depuis les massacres de janvier, de plus en plus d'entre eux imploraient pour une intervention extérieure. Ce serait inhumain que de prétendre le contraire".

Pendant ce temps, le reste de la gauche française oscille entre l'espoir de voir chuter le régime autoritaire iranien et l'angoiste crainte d'une escalade militaire régionale aux conséquences imprévisibles. Cette division reflète les tensions profondes qui traversent la gauche française face aux questions géopolitiques complexes du Moyen-Orient, entre principes de non-ingérence et impératifs humanitaires.