L'analyse de François Hollande sur la guerre en Ukraine et les défis mondiaux
Dans un entretien exclusif, François Hollande, ancien président de la République (2012-2017), livre une analyse approfondie des bouleversements géopolitiques actuels. Alors qu'il publie son nouvel ouvrage Bouleversements aux éditions Stock, l'ancien locataire de l'Élysée examine sans concession la guerre en Ukraine, les relations internationales et les crises énergétique et climatique.
La stratégie de Poutine : « Il n'accepte un accord que quand il y est obligé »
François Hollande est catégorique concernant l'issue du conflit ukrainien : « Oui, il va la perdre. Surtout si nous continuons d'aider militairement et financièrement l'Ukraine et de l'isoler sur la scène internationale. » Cependant, il nuance son propos en rappelant que « la Russie est encore capable de mobiliser d'importantes forces armées et de multiplier les bombardements sur les civils. »
L'ancien président tire de ses multiples rencontres avec Vladimir Poutine deux enseignements fondamentaux :
- « Il n'y a de possibilité de discussion fructueuse que sur la base d'un rapport de force. Il n'accepte un accord que quand il y est obligé. »
- « Vladimir Poutine pratique un art consommé du mensonge. Tellement invraisemblable qu'il sidère ! »
Le risque nucléaire à Zaporijia et le dialogue avec Moscou
Concernant la centrale nucléaire de Zaporijia, François Hollande alerte : « Oui, l'Europe doit craindre un nouveau Tchernobyl. » Il explique que Poutine « utilise maintenant la centrale nucléaire de Zaporijia pour nous mettre en garde sur la poursuite de combats dans cette région. »
Sur la stratégie d'Emmanuel Macron, il estime que le président « a raison de se préoccuper de la situation de la centrale » mais que « parler d'autres sujets aujourd'hui avec Vladimir Poutine me paraît prématuré. » Selon lui, « il faut attendre qu'il perde davantage et soit obligé de se retirer de l'Ukraine. »
La crise énergétique et les choix de la France
Face à la flambée des prix de l'énergie, François Hollande analyse les mesures gouvernementales : « Le gouvernement a dépensé beaucoup d'argent pour compenser les surcoûts de l'énergie, ce qui a abouti à maintenir un niveau d'inflation plus faible que celui qu'on constate chez nos voisins. »
Mais il prévient : « Cette aide ne pourra être poursuivie, elle devra devenir plus sélective, dirigée vers les catégories moyennes et modestes. » Il insiste sur le fait que « ceux qui consomment le plus d'énergie, souvent les plus favorisés de la population, doivent payer un prix plus élevé. »
Concernant l'indépendance énergétique de la France, il répond aux critiques du Sénat : « C'est faux. J'ai pris la décision que je revendique de fermer Fessenheim. » Il rappelle que « pour compenser cette fermeture, il devait y avoir l'ouverture de l'EPR de Flamanville qui a pris beaucoup de retard. »
Un appel urgent pour un pacte mondial sur le climat
François Hollande lance un appel pressant : « Oui, cet été nous avons souffert d'une sécheresse préoccupante et d'incendies dévastateurs, le Pakistan a été inondé avec des milliers de morts, les pays africains n'ont plus les moyens d'assurer leur alimentation. »
L'ancien président, artisan de l'accord de Paris en 2015, affirme : « J'ai réalisé l'accord de Paris, nous devons amplifier maintenant nos engagements pour éviter la répétition des catastrophes. »
Il évoque également le rôle du roi Charles III : « C'était un des précurseurs en matière de conscience écologique. Même si son pouvoir est très limité, son influence, elle, peut être exercée en faveur de la cause climatique. »
L'avenir de la gauche française
Interrogé sur les recompositions politiques à gauche, François Hollande déclare : « Je soutiens toutes les initiatives qui permettent de renouveler la gauche et éviter qu'elle soit simplement dans une posture de protestation, d'incantation, de surenchère. »
Il précise : « L'heure n'est pas encore à l'incarnation, il faut d'abord créer cette force qui peut partir du PS. » Concernant son propre rôle, il est clair : « Je ne me place dans aucune recherche de mandat. L'heure des supputations, des déclarations n'est pas venue. »
Le procès de l'attentat de Nice
François Hollande témoignera le 10 octobre au procès de l'attentat de Nice. Il explique : « C'est très douloureux pour les familles des victimes, il est important que je puisse y apporter ma contribution. »
Il insiste : « Ce n'est pas le procès de l'État qui est fait, ni celui de la Ville de Nice, mais ce qu'était notre connaissance du terrorisme islamique. » L'ancien président souligne la différence entre « des groupes très organisés lors des attentats de 2015 » et l'attentat de Nice en 2016, perpétré par « un individu, sans la préparation d'une organisation. »
Il conclut sur ce sujet : « Cela doit nous servir de leçon. Face à des individus isolés, fanatisés, nous nous devons d'être encore d'une très grande vigilance. »



