Fusions techniques aux municipales : la stratégie de LFI pour contrer la droite
Fusions techniques aux municipales : la stratégie de LFI

Les fusions techniques, une arme électorale déployée par La France insoumise

Depuis le mois de février, La France insoumise (LFI) milite activement pour leur mise en œuvre. Alors que le premier tour des élections municipales s'est conclu dimanche dernier, et que les listes candidates pour le second tour doivent impérativement être déposées avant ce mardi 17 mars à 18 heures, le parti de Jean-Luc Mélenchon a d'ores et déjà annoncé de nombreuses « fusions techniques ». L'objectif affiché est clair : empêcher coûte que coûte la victoire de candidatures de droite ou d'extrême droite dans plusieurs villes clés du territoire.

Des alliances pragmatiques à travers la France

Si, à Paris, la candidate LFI Sophia Chikirou a exhorté en vain Emmanuel Grégoire à fusionner leurs listes respectives, d'autres scénarios se sont concrétisés. Le candidat Horizons Pierre-Yves Bournazel a, par exemple, accepté de se retirer au profit de la Républicaine Rachida Dati. Parallèlement, de nombreuses villes ont été le théâtre d'alliances, particulièrement au sein de la gauche. C'est le cas de Bègles, située près de Bordeaux, mais aussi de Besançon, Brest, Clermont-Ferrand, Lille, Limoges, Lyon, Poitiers, Strasbourg, Toulouse et Tours. Mais que recouvrent précisément ces fusions qualifiées de « techniques » ? Elles sont possibles non seulement pour toutes les listes qualifiées pour le second tour, mais également pour toutes les listes éliminées ayant obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés au premier tour.

L'absence d'engagement programmatique, caractéristique principale

« En règle générale, quand vous entreprenez une fusion classique, vous tentez de négocier un programme commun, de vous engager sur une vision partagée pour l'avenir de la ville », explique au Point Benjamin Morel, politologue et maître de conférences à l'Université Paris II Panthéon-Assas. Une fusion technique, quant à elle, ne se réalise « évidemment pas entre des candidats qui ne sont d'accord sur absolument rien », mais elle n'est assortie d'aucune obligation programmatique contraignante. En d'autres termes, les listes qui choisissent de fusionner ne s'accordent pas sur des orientations politiques communes en cas de victoire aux élections.

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L'enjeu crucial de l'autonomie politique

Le véritable défi réside donc « dans la capacité à savoir si l'on dépend ou non de la personne avec laquelle une alliance conjoncturelle a été nouée ». Le politologue Benjamin Morel illustre son propos avec l'exemple de Clermont-Ferrand. Dans cette ville, le maire socialiste sortant Olivier Bianchi a annoncé la fusion « technique » de sa liste avec celle de l'Insoumise Marianne Maximi. « LFI a clairement souligné qu'elle demeurerait un groupe d'opposition. Cela implique que, si Olivier Bianchi souhaite pouvoir gouverner la ville efficacement, il devra constituer une liste dans laquelle il est assuré de disposer d'une majorité absolue sans le soutien des Insoumis », analyse-t-il. Ainsi, une fusion technique réussie doit intégrer un nombre suffisant de membres de l'autre liste, tout en conservant suffisamment d'élus pour ne pas en devenir dépendant. « Cette manœuvre doit être réalisée de manière intelligente et stratégique, pour que la liste avec laquelle vous fusionnez ne se sente pas frustrée ou lésée, et qu'en parallèle, cette même liste ne vous tienne pas en otage demain », appuie Benjamin Morel avec conviction.

Gouverner sans majorité absolue : un risque à éviter

Dans le cas contraire, il faudra composer et gouverner sans bénéficier d'une majorité absolue au sein du conseil municipal : « Un bon accord, c'est un accord dans lequel les deux listes qui fusionnent conservent leur autonomie politique – par exemple, un maire sortant socialiste qui s'allie avec les Insoumis, mais qui n'a pas besoin de leur appui pour faire voter son budget annuel », précise le politologue. En effet, aucune règle légale ne fixe de manière rigide la répartition des places sur la liste commune issue de la fusion : celle-ci est librement décidée par les listes qui font le choix de s'unir – le plus souvent, de manière proportionnelle aux résultats obtenus lors du premier tour du scrutin municipal.

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L'impact sur l'électorat, une inconnue majeure

Par ailleurs, l'impact réel de telles alliances sur le comportement de vote des électeurs n'a pas encore été étudié de manière approfondie. « C'est évidemment une question fondamentale qui se pose : qu'est-ce que je gagne en termes d'électorat plus à gauche, et qu'est-ce que je perds potentiellement au centre ? » s'interroge Benjamin Morel. Cette interrogation est d'autant plus pertinente, souligne-t-il, dans un contexte politique où la stratégie affichée de La France insoumise consiste à assurer et répéter : « “Sans nous, la gauche ne peut tout simplement pas gagner” », afin d'intégrer des listes municipales et de se positionner habilement en faiseur de rois, capable d'influencer significativement l'issue du scrutin.