Frédéric Boccaletti, du passé sulfureux à la mairie de Six-Fours : portrait d'un fidèle des Le Pen
Les jeunes électeurs de Six-Fours-les-Plages l'ignorent peut-être, mais Frédéric Boccaletti briguait déjà la mairie en 2001. Un quart de siècle plus tard, le voici enfin installé dans le bureau convoité, après une victoire qui couronne une fidélité indéfectible au camp des Le Pen. Originairement membre du Front National (FN) fondé par Jean-Marie Le Pen en 1972, il a souvent affiché son respect pour le patriarche, qui le lui rendait bien en faisant de lui son directeur de campagne pour les régionales en Paca en 2001.
Un parcours politique forgé dans l'adversité
Depuis, le FN est devenu le Rassemblement National (RN) sous l'impulsion de Marine Le Pen, et Frédéric Boccaletti a affûté ses armes en tant que conseiller municipal d'opposition, métropolitain puis régional. Son élection comme député de la 7e circonscription du Var en 2022, lors de la poussée historique du RN à l'Assemblée nationale, a marqué une étape cruciale dans son ascension. À 52 ans, ce mari et père de deux enfants a atteint son Graal, bénéficiant sans doute d'un gain de respectabilité lié à son mandat parlementaire.
« À Six-Fours, les gens voulaient du changement, mais mon mandat de député les a rassurés sur ma capacité à gérer une ville. Ils ont vu que je défendais sérieusement leurs intérêts à Paris », analyse-t-il, installé derrière le bureau occupé pendant 31 ans par son adversaire Jean-Sébastien Vialatte.
Une jeunesse varoise et un accident déterminant
Né en 1973 à Martigues, Frédéric Boccaletti a grandi à Hyères où ses parents tenaient la boucherie Lescure Viandes. Peu attiré par l'école, il arrête ses études à 13 ans et demi et se destine à la cuisine, travaillant dans des restaurants de plage hyérois. Mais en juillet 1991, un accident de deux-roues va tout changer : percuté par un camion à 17 ans, il subit 18 fractures, dont le genou broyé et la tête de hanche enfoncée dans le bassin.
De longs mois d'hôpital et de rééducation suivent, avec des complications persistantes qui le contraindront parfois au fauteuil roulant. « Mais il y a tellement pire. Je ne peux pas me plaindre », relativise-t-il aujourd'hui. Cet accident l'oblige à abandonner la cuisine et à se reconvertir dans la gestion d'entreprise avec l'aide de la Cotorep.
L'engagement politique et les polémiques
C'est à cette période que son engagement politique se précise. Simple sympathisant FN admirant la faconde de Jean-Marie Le Pen, il devient militant actif au Front national de la jeunesse. Il participe à la campagne de Philippe de Beauregard, candidat FN à Hyères en 1995, et ouvre une librairie controversée à Toulon.
La presse a souvent évoqué le caractère « négationniste et antisémite » de cette librairie, ce que le député-maire réfute catégoriquement : « Je n'ai jamais été condamné pour ça. J'ai racheté les stocks d'une librairie borderline devant le tribunal de commerce, puis détruit ces ouvrages pour ne pas être associé à ce qui se faisait avant », assure-t-il, précisant n'avoir vendu que des livres « patriotes ou de droite radicale ».
Condamnations et contexte politique
En 2000, Frédéric Boccaletti est condamné à un an de prison dont six mois avec sursis pour « violence en réunion avec arme » lors d'une altercation entre colleurs d'affiches. Il ne remet pas en cause sa peine mais souhaite « remettre les choses dans leur contexte » : « À cette époque, les collages étaient parfois très violents entre militants d'extrême gauche et d'extrême droite. Il fallait être prêt à se défendre ».
Concernant les accusations de racisme régulièrement associées à son parti, il se défend avec fermeté : « Je mets au défi quiconque de ressortir un seul propos raciste ou antisémite que j'aurais tenu en 32 ans de vie politique ! » Il évoque une famille « plutôt de gauche » où son père lui aurait « collé une » s'il avait tenu de tels propos.
Relations avec les Le Pen et vision politique
Frédéric Boccaletti admet que Jean-Marie Le Pen a parfois débordé : « On s'est souvent engueulé lui et moi. Une fois, on ne s'est plus adressé la parole pendant deux ans ! » Il souligne que c'est bien à cause de certains dérapages du patriarche que Marine Le Pen « a pris des sanctions à l'égard de son propre père ».
Raciste, « non ». « Patriote, oui : être Français, c'est d'abord une nationalité sur sa carte d'identité. Et c'est, surtout, aimer la France et respecter ses traditions, quelle que soit son origine, sa religion ou sa couleur de peau », déclare-t-il. Un credo qu'il entend désormais appliquer à la gestion de Six-Fours, après une quatrième candidature enfin victorieuse.



