Nice : l'échec cuisant du front républicain pour Christian Estrosi face à Éric Ciotti
Nettement distancé par son « frère ennemi » Éric Ciotti lors du premier tour des élections municipales à Nice, Christian Estrosi a tenté lundi une ultime manœuvre en appelant au front républicain contre l'allié du Rassemblement national. Cette stratégie s'est pourtant heurtée à un refus catégorique de la gauche, dernier épisode d'une campagne qui s'apparente à un long chemin de croix pour le maire sortant.
Un appel au barrage resté sans réponse
« J'appelle très clairement, comme je l'ai toujours fait, à faire barrage au Rassemblement national. La ville de Nice est en danger », a déclaré le maire Horizons, habitué à bénéficier de désistements de la gauche lors des scrutins précédents. Réélu triomphalement avec près de 60 % des voix en 2020, il n'a pourtant récolté que 31 % des suffrages dimanche, loin derrière les 43 % d'Éric Ciotti.
Le seul espoir de maintien pour un quatrième mandat résidait dans le retrait de la liste PS-PCF-écologistes menée par Juliette Chesnel-Le Roux, qui a obtenu près de 12 % des voix. Mais la candidate de gauche a coupé son téléphone portable lundi matin, alors que même l'Élysée et Matignon tentaient de la joindre, avant d'annoncer dans l'après-midi le maintien de sa liste pour le second tour.
Les critiques acerbes de la gauche
Juliette Chesnel-Le Roux n'a pas seulement refusé de se retirer, elle a également écarté toute fusion avec la liste LFI-Viva (9 %), estimant leurs exigences trop importantes. Tout en exprimant ses craintes face à une possible victoire d'Éric Ciotti, elle a porté des accusations sévères contre Christian Estrosi : « Après tant d'années de banalisation d'idées racistes et xénophobes, Christian Estrosi a tracé le sillon de l'extrême droite. Est-ce qu'il peut réellement constituer un barrage ? »
La candidate est même allée jusqu'à demander « solennellement » au maire sortant de « se retirer immédiatement de la vie politique pour que notre ville retrouve enfin un débat politique digne ». Renaud Muselier, allié de Christian Estrosi à la région, a reconnu la difficulté de la situation : « Ça va être très compliqué ».
Une campagne marquée par les attaques personnelles
Le maire sortant s'est pourtant montré combatif lundi matin, arpentant le centre-ville au pas de charge pour rencontrer les habitants. Mais depuis la publication mi-février des premiers sondages le donnant perdant, il semble avoir perdu le contrôle de sa campagne. Lui qui, à 70 ans, n'avait quasiment jamais perdu d'élection entre municipales, cantonales, régionales et législatives, partait pourtant confiant, fier de son bilan après 18 années à la mairie.
La confrontation avec Éric Ciotti, 60 ans, longtemps son plus proche collaborateur, s'est révélée d'une brutalité inédite : accusations réciproques, petites phrases assassines, présentation d'un « bilan noir » de l'adversaire, transfuges d'une équipe à l'autre, tweets virulents. Chaque faux pas de Christian Estrosi a été filmé et diffusé par le clan Ciotti, comme cette séquence où il plaisantait avec un groupe de femmes sur les boulistes qu'il venait de rencontrer.
Les erreurs stratégiques et les rumeurs persistantes
Cet incident lui a coûté deux semaines de tournée des clubs de boules et de promesses spécifiques pour tenter de se rattraper. Pendant ce temps, Éric Ciotti concentrait ses attaques sur la gestion des finances municipales, l'augmentation de près de 20 % de la taxe foncière en 2024, ou les nombreuses enquêtes judiciaires concernant le sortant.
Mi-février, Christian Estrosi s'est senti obligé de convoquer la presse un samedi matin pour démentir, certificat médical à l'appui, une rumeur le disant atteint de la maladie de Parkinson. Fin février, la découverte d'une tête de porc et d'insultes à caractère antisémite devant son domicile a alimenté les spéculations sur un possible complot, émanant peut-être de son propre camp.
L'enquête n'a finalement pas établi d'implication directe ou indirecte de son entourage, mais plusieurs des personnes mises en cause, dont trois sont écrouées, ont bien gravité dans son cercle proche. Lors de son dernier meeting jeudi, Christian Estrosi a semblé réellement peiné à l'idée qu'une majorité de Niçois puissent vouloir tourner la page.
La descente aux enfers électorale
Dimanche soir, après l'annonce des premiers résultats, sa réaction a pris la forme d'une énième présentation de son bilan, si décousue que les télévisions sont passées à autre chose avant qu'il ait terminé. Pendant ce temps, Éric Ciotti repartait en campagne, appelant les Niçois « à faire barrage à Christian Estrosi, parce qu'ils ont besoin de se libérer de son emprise ».
Cette élection municipale à Nice révèle ainsi non seulement la fin possible d'une ère politique, mais aussi les fractures profondes au sein de la droite française, où les anciens alliés deviennent les adversaires les plus déterminés, dans une bataille où toutes les armes semblent permises.



