Drapeau européen retiré des mairies RN : un geste symbolique qui divise
Drapeau européen retiré des mairies RN : un geste symbolique

Le retrait du drapeau européen : un acte politique chargé de sens

Carcassonne, Cagnes-sur-Mer, Canohès près de Perpignan, Harnes dans les Pas-de-Calais. Ces communes partagent désormais un point commun au-delà de leur victoire municipale par le Rassemblement national aux dernières élections. Elles ont toutes vu le drapeau européen disparaître du fronton de leur mairie sur décision de leurs nouveaux édiles.

Ce geste, teinté d'une certaine rage, ne contrevient à aucune loi. En effet, les municipalités ne sont légalement tenues d'arborer l'étendard bleu et or qu'une seule fois par an, le 9 mai, lors de la journée de l'Europe. Cependant, sa portée symbolique est immense et révélatrice.

Une stratégie de notabilisation mise à mal

Alors que le RN, dans sa quête de « notabilisation », avait atténué ses diatribes sur le « Frexit » ou la sortie de l'euro – des positions largement impopulaires dans l'opinion publique – ce retrait marque un net retour en arrière vers une radicalisation assumée. Jordan Bardella s'est d'ailleurs gardé d'approuver publiquement cette initiative, tandis que Marine Le Pen a semblé peiner à lui apporter son soutien complet.

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La présidente du groupe RN à l'Assemblée nationale justifie pourtant la légitimité de ce choix en invoquant le rejet de la Constitution européenne lors du référendum de 2005. Ce texte incluait précisément l'adoption du pavoisement du drapeau européen sur les bâtiments municipaux.

Une convergence inattendue avec La France insoumise

De manière surprenante, Jean-Luc Mélenchon a développé un argumentaire similaire. Le 20 juin 2017, en visitant l'hémicycle de l'Assemblée nationale avec ses troupes fraîchement élues, il s'était exclamé, exaspéré, en pointant le drapeau européen flottant au-dessus du perchoir : « Franchement, on est obligé de supporter ça ? Ce truc n'est pas constitutionnel. »

Cette affirmation est factuellement erronée. L'article 2 de la Constitution française stipule que « l'emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge », mais n'interdit en aucun cas l'ajout d'autres symboles. Le chef insoumis faisait lui aussi référence au rejet du traité constitutionnel européen. Les députés LFI ont ensuite mené une bataille, à l'automne suivant, pour exiger le retrait du drapeau européen dans l'hémicycle… proposant de le remplacer par celui de l'ONU. Sans succès.

Un vocabulaire commun : le « torchon »

Depuis lors, le terme « torchon » a fleuri sur les réseaux sociaux parmi les sympathisants mélenchonistes pour désigner l'emblème européen. Ce mot n'est pas sans rappeler le vocabulaire de Florian Philippot, l'ancien bras droit de Marine Le Pen, qui s'était illustré en mai 2019 à Forbach en retirant le drapeau européen du bâtiment des finances publiques.

Cette aversion partagée se manifeste également dans les votes au Parlement européen. Les eurodéputés RN se distinguent régulièrement par leur opposition ou leur absence lors des votes visant à soutenir l'Ukraine face à l'agression russe. Un comportement électoral fréquemment adopté par les élus mélenchonistes au sein de la même institution.

Il est à noter qu'un des maires RN ayant retiré le drapeau européen a également fait disparaître le drapeau ukrainien de l'édifice municipal. Une décision qui vient renforcer la cohérence de cette posture politique.

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