Députés franco-iraniens face à la guerre : joies coupables et responsabilités françaises
Députés franco-iraniens : entre joies coupables et responsabilités

Députés franco-iraniens face à la guerre : entre émotions contradictoires et responsabilités françaises

Au début de la législature, lorsque la députée socialiste Ayda Hadizadeh a envisagé de prendre la présidence du groupe d'amitié France-Iran à l'Assemblée nationale, elle a consulté son collègue Pouria Amirshahi. La réponse de ce dernier, député apparenté écologiste, a été négative. Tous deux sont nés à Téhéran et conservent des attaches avec leur pays d'origine, mais Amirshahi reconnaît : "l'Iran, ça n'est pas la cause que j'incarne, matin, midi et soir". Une différence d'engagement qui s'est manifestée dès le début du conflit : Hadizadeh a scruté les réseaux sociaux sans relâche, tandis qu'Amirshahi a préféré éteindre la télévision. Pourtant, aucun des deux n'a détourné le regard de cette guerre qui embrase le Moyen-Orient.

Réactions immédiates : entre surprise et inquiétude

Pouria Amirshahi avoue ne pas avoir été très surpris par l'attaque israélo-américaine : "Je sentais bien que la 'guerre des 12 jours' n'avait pas dit son dernier mot. L'obsession de Netanyahou concernant l'Iran, mais aussi le besoin pour le régime d'être héroïsé dans sa confrontation avec ces deux puissances-là, m'ont conduit à penser qu'une forme de guerre perpétuelle était inévitable." Sa première réaction a été égoïste : penser à son père présent à Téhéran, qui a depuis quitté la ville. L'amertume et l'inquiétude ont rapidement pris le dessus, le poussant à "fermer les écoutilles" et éteindre la télévision.

Ayda Hadizadeh a quant à elle été surprise par l'attaque, croyant à une issue négociée par les États-Unis. En vacances lors des événements, elle a suivi les informations sur les réseaux sociaux avec vertige. Elle confie : "Le premier jour, lorsque j'ai eu vent de rumeurs sur la mort de Khamenei, j'avoue que j'étais ivre de joie. Mais cette joie a vite été suivie par l'angoisse de voir les bombes tomber sur ma famille à Téhéran."

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Le dilemme moral : se réjouir de la mort d'un tyran tout en condamnant l'intervention

Amirshahi exprime son ambivalence : "J'aurais préféré que ce dictateur soit jugé. Même Louis XVI l'avait été ! Se débarrasser du tyran, oui, mais pas par deux cryptofascistes, dont l'un est recherché par la Cour pénale internationale." Il critique l'absence de prise en compte de la diaspora et des Iraniens eux-mêmes dans leur propre lutte, et s'inquiète des conséquences potentielles, évoquant les exemples irakien et libyen.

Hadizadeh partage ces craintes mais nuance : "Les États-Unis sont dans une logique d'empire, Israël dans un objectif de survie, sans qu'aucun d'eux ne soit guidé par la justice ou la paix pour le peuple iranien ou les peuples de la région." Elle rappelle cependant que "les dictatures ne tombent pas toujours seules", citant la Libération de la France pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour elle, les massacres de janvier (près de 40 000 morts) ont changé la donne, rendant nécessaire une intervention internationale.

Le rôle de la France et de l'Europe : une dette morale et des responsabilités concrètes

Hadizadeh estime que la France a "une forme de dette morale envers l'Iran", rappelant que l'ayatollah Khomeiny y a trouvé refuge avant la révolution. Elle critique l'absence de la France dans l'octroi de visas politiques aux personnes menacées et propose une initiative européenne pour réunir les groupes d'opposition iranienne autour d'un plan de transition démocratique. Malheureusement, cette initiative n'a pas abouti, notamment en raison du refus de Reza Pahlavi.

Amirshahi insiste sur le rôle de la France et de l'Europe pour "remettre le peuple iranien au centre" en soutenant les forces démocratiques. Il met en avant la nouvelle génération de la diaspora, active en Europe depuis 2009, qu'il voit comme porteuse d'espoir car non prisonnière des turpitudes du passé.

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Critiques de la gauche et liens personnels avec l'Iran

Les deux députés répondent aux accusations de Kamel Daoud et aux déclarations de Jean-Luc Mélenchon. Amirshahi rétorque : "Personne ne souhaite la perpétuation de ce régime et Kamel Daoud n'a pas besoin de s'en prendre à la gauche." Hadizadeh critique certaines positions de la gauche qu'elle juge biaisées, évoquant notamment Rima Hassan et sa focalisation exclusive sur Gaza.

Sur leurs liens personnels avec l'Iran, Hadizadeh exprime sa crainte de mettre sa famille en danger par ses prises de position publiques. Amirshahi, plus détendu, raconte une anecdote humoristique sur un malentendu linguistique lors d'une demande de visa. Tous deux restent profondément attachés à leur pays d'origine et rêvent d'un Iran participant pleinement à la coopération internationale, notamment dans les domaines de la médecine, de l'éducation et des technologies.

En conclusion, ces deux députés franco-iraniens incarnent la complexité des sentiments de la diaspora face à la crise iranienne, tout en appelant à un engagement plus fort de la France et de l'Europe pour soutenir les forces démocratiques et construire une paix durable au Moyen-Orient.