La défaite d'Orbán en Hongrie : un échec pour la « droite woke » selon un politologue
Défaite d'Orbán : revers pour la « droite woke »

La chute d'Orbán : un revers pour la « droite woke » et ses codes identitaires

La défaite cinglante du Premier ministre hongrois Viktor Orbán lors des dernières élections législatives ne représente pas seulement un échec pour la sphère illibérale et les mouvements nationaux conservateurs. Selon l'analyse du politologue Thibault Muzergues, cette déroute électorale signe plus largement l'échec d'une certaine « droite woke », un courant politique qui reprend en miroir les codes et mécanismes du wokisme de gauche.

Orbán, incarnation de la « droite woke » selon Muzergues

Dans son ouvrage La droite woke publié aux éditions de L'Observatoire, Thibault Muzergues développe ce concept qui trouve en Viktor Orbán l'une de ses incarnations les plus abouties. « À l'origine, Viktor Orbán est un populiste qui a vite compris que le populisme seul ne suffisait pas », explique le politologue. « Il fallait réinstaller un clivage droite-gauche, et il s'est engouffré dedans en le poussant à l'extrême. C'est pour ça que je parle de 'droite woke'. »

Cette droite, selon Muzergues, présente des caractéristiques similaires à son homologue de gauche : « Elle est tout aussi obsédée par les questions d'identité – notamment autour du 'grand remplacement' –, tout aussi prompte à se poser en victime, et, dès qu'elle en a l'occasion, tout aussi intolérante. »

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Le politologue cite notamment les « woke-free zones » mises en place lors du CPAC de Budapest il y a quelques années, où toutes les personnes ne correspondant pas à la définition de la droite selon Orbán étaient de fait exclues. « Cela rappelle un peu certains camps décoloniaux qu'on a vus en France, interdits aux Blancs ou aux hommes », note-t-il.

Les raisons d'un échec électoral retentissant

Pour Thibault Muzergues, la défaite d'Orbán marque clairement un échec pour cette droite particulière. « Je pense que ce côté victimaire, pour commencer, a fini par épuiser les Hongrois », analyse-t-il. Mais le politologue identifie d'autres facteurs déterminants : « Il y a aussi la corruption qui est devenue endémique, et surtout le déclassement économique. Aujourd'hui, la Hongrie est passée d'un modèle d'Europe centrale à une économie de type Balkans. »

Les électeurs hongrois, selon cette analyse, ont finalement sanctionné un pouvoir installé depuis seize ans, confirmant l'adage politique bien connu : « It's the economy, stupid ! »

Un revers pour Trump, Vance et leur stratégie européenne

La défaite hongroise représente également un échec pour les figures américaines de cette droite « woke », notamment Donald Trump et son vice-président J.D. Vance. « Ces deux personnalités portent un courant qu'elles espéraient importer en Europe, avec Orbán comme cheval de Troie à Bruxelles », explique Muzergues.

Le politologue révèle que « des flux financiers importants ont circulé entre Budapest et les États-Unis via un écosystème d'organisations plus ou moins conservatrices », constituant une stratégie aujourd'hui remise en question. « Le soutien apporté par J.D. Vance et Donald Trump en toute fin de campagne a probablement scellé la défaite du Fidesz », estime-t-il, notant que les sondages ont montré un effet négatif de leur intervention sur les intentions de vote.

La proximité avec Poutine : un dénominateur commun rejeté

La relation étroite entre Viktor Orbán et le dictateur russe Vladimir Poutine constitue, selon Muzergues, un autre trait caractéristique de cette droite woke. « Le dénominateur commun entre Viktor Orbán et ces différentes 'droites wokes' réside dans une aversion profonde pour l'Occident, précisément en raison de sa nature libérale », explique le politologue.

Ce positionnement anti-occidental, illustré par le discours de 2014 à Băile Tuşnad où Orbán annonçait la fin de l'ère occidentale au profit des modèles illibéraux, est aujourd'hui rejeté par une partie des Hongrois, « en particulier une jeunesse qui se sent profondément européenne ».

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Péter Magyar : un conservateur post-populiste à la Meloni

Contrairement aux espoirs de la gauche européenne, le nouveau leader hongrois Péter Magyar ne représente pas une rupture idéologique radicale. « Magyar est un pur conservateur, issu de la matrice du Fidesz, dont il partage très largement les idées », précise Muzergues.

Le politologue souligne que « Magyar s'approprie des thèmes qui ont désormais gagné la bataille culturelle, comme la souveraineté ou le discours anti-immigration », thèses devenues mainstream. Sa divergence majeure réside dans la méthode : « Il entend porter ce projet de l'intérieur, en respectant les institutions européennes et en luttant contre la corruption endémique. »

Muzergues situe la ligne politique de Magyar dans la mouvance post-populiste, « bien plus proche de celle de Giorgia Meloni » que d'une rupture avec le conservatisme.

L'émergence du post-populisme en Europe

Le politologue définit le post-populisme comme « un mouvement qui parvient à faire accepter par le mainstream certains piliers du populisme – comme le discours anti-immigration ou un certain protectionnisme – tout en affichant un respect scrupuleux des institutions, notamment européennes, et un libéralisme économique assumé ».

Selon Muzergues, « nous assistons à un retour au clivage droite-gauche traditionnel, mais sans l'hystérisation propre à la 'droite woke' ». À l'heure où l'opinion publique européenne bascule nettement à droite, « ce modèle post-populiste semble voué à s'imposer un peu partout en Europe », constituant une alternative émergente alors que « les failles du trumpisme deviennent de plus en plus apparentes ».