Crise chez Les Écologistes à Saint-Ouen : accusations d'homophobie et accord contesté
Crise chez Les Écologistes à Saint-Ouen : homophobie et accord contesté

Une campagne municipale explosive à Saint-Ouen

Dans la ville de Seine-Saint-Denis, les élections municipales s'annoncent particulièrement tendues. Le maire sortant Karim Bouamrane (PS) brigue un nouveau mandat, tandis que La France insoumise prépare activement sa liste. Les Écologistes, écartés par le maire durant son mandat, négociaient leur position dans ce paysage politique complexe.

Le retrait fracassant de Sabrina Decanton

Ce mercredi, la campagne a basculé avec l'annonce retentissante de Sabrina Decanton, première adjointe et tête de liste Les Écologistes. L'élue de 39 ans, qui vit avec une femme, a déclaré se retirer de la course en dénonçant être "cible d'homophobie" depuis plusieurs mois. "Mon orientation sexuelle est évoquée comme un obstacle à ma candidature et à une éventuelle victoire", a-t-elle affirmé.

Selon ses déclarations, certains membres locaux des Écologistes jugeraient son homosexualité "incompatible avec le soutien des quartiers populaires" de Saint-Ouen. Ces accusations graves ont immédiatement suscité des réactions : Marine Tondelier, patronne des écologistes, lui a apporté son soutien, tout comme le maire Karim Bouamrane.

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Des accusations qui divisent

Dans une interview accordée au magazine Têtu, Sabrina Decanton a approfondi ses accusations, évoquant non seulement l'homophobie mais aussi l'islamophobie de "ces militants qui pensent que les quartiers pauvres et les musulmans sont nécessairement homophobes".

Ses propos ont provoqué l'indignation au sein de son propre camp. Plusieurs compagnons de route ont déposé plainte pour dénonciation calomnieuse et diffamation. "Elle a jeté sous le bus les 130 personnes du groupe écologiste local de Saint-Ouen ! Elle a créé un Cluedo humain et nourri des fantasmes", s'agace une source locale chez Les Écologistes.

Conflits internes révélés

Derrière ces accusations se cache un contexte politique particulièrement explosif. Sabrina Decanton a été élue cheffe de file des Écologistes en avril 2025, mais des tensions internes sont apparues dès la rentrée. Lors d'une réunion Zoom en octobre, plusieurs élus l'ont ouvertement dénigrée, la qualifiant de "mégalo" et estimant qu'elle ne "terminerait pas le mandat".

L'élue, brièvement déconnectée, s'était reconnectée sans que ses détracteurs ne le sachent. Après avoir compris son isolement, elle a décidé de publier une vidéo révélée par L'Opinion, dans laquelle elle cite nommément ceux qui voudraient la "putscher" et l'homophobie dont ils auraient fait preuve.

L'accord "illégal" au cœur du conflit

Les accusations d'homophobie, bien que médiatisées, ne constituent pas l'enjeu principal selon plusieurs observateurs. Dans son communiqué, Sabrina Decanton affirme avoir été incitée à signer un document "illégal".

Ce document, que Le Point s'est procuré, est particulièrement étonnant : un cartel de quatre élus lui enjoignait, si elle était élue maire, de prendre toutes les décisions importantes en tenant compte de leur avis. Cette exigence concernait :

  • Le recrutement stratégique du directeur général des services
  • Le choix du directeur de cabinet
  • Les subventions aux associations
  • Les décisions budgétaires
  • La gestion de crise
  • Les sujets immobiliers
  • Les permis de construire

"On a voulu me faire signer un accord de mandature qui visait à dire que la maire devait prendre toutes ses décisions avec un comité restreint", dénonce Sabrina Decanton dans sa vidéo. "Je doute toujours de la légalité de cet accord. Il constitue une gestion de fait sans respecter les prérogatives du conseil municipal et du maire."

Défense et contre-attaques

Face à ces accusations, les écologistes locaux se défendent. "Ce n'est pas un document secret signé à trois dans une cave, il faut arrêter de vivre dans une série Netflix !", réagit une source locale. "Il s'agit d'un accord de mandature dont Sabrina Decanton était corédactrice. Les Verts ont eu des déconvenues par le passé avec la majorité de Karim Bouamrane... Il a donc été pensé pour ne pas que le futur maire s'arroge tous les pouvoirs."

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La même source précise : "Ce n'est pas illégal, car cela ne la contraignait pas. C'est un accord moral, elle ne risquait rien juridiquement si elle ne respectait pas sa part. Juste de perdre la confiance de sa majorité..."

Manœuvres politiques en perspective

Plusieurs observateurs voient dans la sortie médiatique de Sabrina Decanton une manœuvre politique calculée. "Sortir publiquement sur ce sujet pile au moment des négociations entre Les Écologistes et LFI, c'est une manœuvre politique", soupire une source locale. "Elle fait tout exploser et tente d'arracher le logo."

L'assemblée générale des écologistes de Saint-Ouen, qui se tient ce jeudi soir, s'annonce particulièrement tendue. Contactée, Sabrina Decanton n'a pas répondu aux sollicitations du Point, laissant planer le doute sur ses intentions réelles et l'avenir de la liste écologiste dans cette ville de Seine-Saint-Denis où la gauche se déchire à l'approche des municipales.