La guerre interne au Parti socialiste s'intensifie
Au Parti socialiste, les tensions éclatent au grand jour suite aux résultats des élections municipales. Dès dimanche soir, l'ancien président François Hollande a lancé une offensive directe contre le premier secrétaire Olivier Faure, dénonçant sans ambages « l'impasse » de la stratégie d'« union pour l'union » au second tour.
Hollande multiplie les contacts et prépare l'après
L'ex-président a personnellement écrit aux édiles très opposés à La France insoumise, notamment Michaël Delafosse et Ariel Weil, maire de Paris centre, pour les féliciter de leur victoire. Il a également échangé avec sa garde rapprochée, de Patrick Kanner à Stéphane Le Foll – réélu haut la main au Mans – ainsi qu'avec Jean-Christophe Cambadélis, qui a publiquement appelé à une « nouvelle direction » pour le PS.
Un proche du Corrézien lâche : « Les résultats sont un désaveu pour Faure, il s'est planté sur toute la ligne. Pour autant, on ne va pas essayer de créer un duel Faure-Hollande, ce n'est pas de notre niveau ! »
L'objectif de Hollande, qu'il cache de moins en moins, semble désormais tourné vers l'Élysée. « Il est suractif, il voit tout le monde », s'amuse l'un de ses anciens ministres, ajoutant : « Il maigrit… ce qui est bon signe ! »
Les alliances avec LFI : un bilan contrasté
Les défaites cuisantes
De nombreuses listes d'union de la gauche avec LFI ont subi des échecs retentissants :
- François Briançon à Toulouse, allié à LFI et aux Verts, est battu par Jean-Luc Moudenc (54 % contre 46 %)
- Olivier Bianchi perd Clermont-Ferrand, dirigée par la gauche depuis 1919, face à Julien Bony (LR)
- François Cuillandre échoue à Brest après vingt-cinq ans à la tête de la ville
- Léonore Moncond'huy, maire écolo de Poitiers alliée au PS et LFI, est défaite
- Bernard Combes, proche de Hollande, est battu à Tulle avec ses colistiers LFI
Les victoires sans LFI
À l'inverse, plusieurs socialistes ayant refusé l'alliance avec LFI ont remporté leurs élections :
- Emmanuel Grégoire succède à Anne Hidalgo à Paris avec 50,5 % des voix
- Benoît Payan conserve Marseille sans alliance avec LFI
- Michaël Delafosse est réélu à Montpellier face à la candidate LFI
- Nathalie Appéré conserve Rennes sans besoin du soutien LFI
- Arnaud Deslandes succède à Martine Aubry à Lille en battant la candidate soutenue par Mélenchon
Le cas particulier de Saint-Denis
À Saint-Denis, où l'Insoumis Bally Bagayoko a été élu dès le premier tour avec le soutien communiste, un élu du PCF affirme : « Stéphane Peu a réussi un très bon coup. L'équipe du maire LFI, totalement inexpérimentée, aura besoin de nous. » Plusieurs proches du député PCF figurent en bonne position sur la liste, et un cadre glisse : « Je n'exclus pas qu'on puisse un jour récupérer la mairie. »
La rhétorique antifasciste en question
Pour justifier leurs alliances, plusieurs candidats de gauche ont invoqué la nécessité de constituer un « front antifasciste », ciblant leurs adversaires du centre droit alors que le RN était souvent éliminé au premier tour. Cette stratégie rhétorique a été employée à Nantes, Toulouse, Tours, Clermont-Ferrand et Besançon, avec des résultats variables.
Les surprises des soirées électorales
À Paris, Emmanuel Grégoire, qui a refusé l'alliance avec LFI, était entouré pour célébrer sa victoire de personnalités pourtant favorables à l'union avec les Insoumis, créant une image paradoxale. À l'inverse, à Nice, Éric Ciotti a soigneusement évité la présence d'élus RN lors de sa célébration.
Un contexte national préoccupant
Ces tensions politiques interviennent dans un contexte où, selon la Coface, 16,3 % des emplois français (près de 5 millions de postes) sont menacés d'ici la fin de la décennie par le développement de l'intelligence artificielle, avec des impacts variables selon les secteurs.



