Contes, une ville communiste qui vote à l'extrême droite : le paradoxe politique expliqué
Contes, commune de 8 000 habitants située près de Nice, présente un cas politique unique en France. Depuis près de 50 ans, elle est dirigée par une municipalité communiste, avec Francis Tujague comme maire depuis 1996, réélu en mars 2026 avec 73,99 % des voix. Pourtant, lors des élections nationales, comme la présidentielle de 2022 et les législatives de 2024, les Contois votent massivement pour l'extrême droite. Ce paradoxe s'explique par la personnalité du maire et la satisfaction des habitants vis-à-vis de sa gestion locale.
Un attachement à l'homme plutôt qu'à l'étiquette politique
Les habitants de Contes insistent sur le fait que leur soutien à Francis Tujague ne relève pas d'une adhésion idéologique, mais d'une appréciation personnelle. Ginette, 75 ans, résidente depuis 43 ans, déclare : « Ce n'est pas une question d'étiquette politique mais de personnalité. Je ne suis pas communiste, mais je vote pour lui parce que c'est un bon maire. » Cette opinion est partagée par de nombreux Contois, comme Hélène, 54 ans, qui affirme : « On vote pour l'homme avant de voter pour un parti. »
Serge, 79 ans, analyse cette dynamique : « Il y a deux choses à voir chez le maire : le bonhomme et le communiste. Mais le communiste, on s'en fiche. On vote donc pour le bonhomme. Il est intelligent, sait bien s'entourer et se montre à l'écoute. » Sandrine, 31 ans, ajoute : « C'est l'homme qui compte, pas le logo PC. »
Une tradition ouvrière et une personnalité modérée
Christian, un journaliste spécialisé en politique récemment installé à Contes, explique ce phénomène par l'histoire locale et le caractère du maire. « Il y a une tradition ouvrière dans la vallée rouge du Paillon. À l'époque, le vote communiste n'avait rien d'étonnant. Et il persiste pour plusieurs raisons », note-t-il. Il souligne que Francis Tujague est « un communiste à l'ancienne, érudit, courtois, modéré, jamais dans les outrances », ce qui séduit une population hétérogène, composée de Contois de souche, de nouveaux arrivants, de cadres et de retraités.
Christian ajoute : « Tout le monde est content et personne ne veut risquer de changer une formule qui fonctionne. » Cette satisfaction repose sur des aspects pratiques de la vie quotidienne, comme le souligne Marie, 72 ans : « J'ai tout à proximité en ville, je n'ai pas besoin d'aller à Nice. À un certain âge, on voit le côté pratique avant tout. »
Des services publics et une qualité de vie appréciés
Les habitants mettent en avant les avantages concrets offerts par la municipalité :
- Gratuité du stationnement à l'entrée de la ville.
- Toilettes publiques gratuites.
- Festivités et animations gratuites.
- Infrastructures sportives pour les jeunes.
- Calme et absence d'insécurité.
Aurélie, 47 ans, maman de trois enfants, résume : « Nous nous sommes tout de suite sentis bien ici. Il y a tout ce dont on a besoin. Si Francis Tujague est réélu à chaque fois, c'est bien parce que les gens sont contents de lui. » Josiane, 76 ans, apprécie particulièrement les animations gratuites, tandis que Ginette se réjouit de la commodité des parkings.
L'opposition dénonce un clientélisme
Malgré cette popularité, l'opposition municipale critique la gestion de Francis Tujague. Christophe Ceragioli, conseiller municipal d'opposition depuis 2008, accuse le maire de « communication tous azimuts » et de distribution excessive de subventions aux associations. Daniel Sfecci, tête de liste de droite et d'extrême droite, est plus direct : « Les gens votent pour lui parce qu'ils ont un intérêt direct. À Contes, on est dans un système communiste où on partage les biens communaux avec ceux qui ont prêté allégeance au maire. »
Il prévient : « Les choses ont changé après la dissolution de l'Assemblée nationale en 2024. Le dogme politique va tomber. » Francis Tujague réplique vivement à ces accusations : « Mais enfin, c'est n'importe quoi ! Comment peut-on dire des choses pareilles ? » Il défend son bilan, soulignant que les subventions sont attribuées à toutes les associations et votées en conseil municipal, y compris par l'opposition.
Un bilan axé sur le collectif et les services publics
Le maire recentre le débat sur ses réalisations : « La qualité de vie est la réussite logique d'une politique de gauche, dans le souci d'offrir des services publics, des équipements, de soutenir les plus modestes. » Il cite des actions concrètes :
- Maîtrise des loyers commerciaux pour favoriser l'installation des professionnels.
- Création de conditions favorables à l'installation de deux nouveaux médecins.
- Réunions hebdomadaires avec les élus pour assurer une gestion collective et transparente.
Francis Tujague insiste sur l'importance du travail d'équipe : « Les résultats des élections sont le fruit d'un travail d'équipe. Nous nous réunissons toutes les semaines pour travailler ensemble. » Cette approche collective, typique de son étiquette communiste, contribue à maintenir la confiance des habitants, malgré leurs divergences politiques aux élections nationales.
En somme, le paradoxe de Contes illustre comment, dans certaines communes, la personnalité d'un élu et la satisfaction locale peuvent primer sur les affiliations politiques nationales, créant une disjonction entre le vote municipal et le vote national.



