La mort de Quentin Deranque relance le débat sur la violence politique
La mort tragique de Quentin Deranque, jeune militant d'extrême droite frappé à mort dans les rues de Lyon le 14 février par des activistes d'extrême gauche, a brutalement mis en lumière la radicalisation croissante de la vie politique française et ses expressions les plus violentes. Sollicité par Le Point, Daniel Cohn-Bendit, ancien leader de Mai 68, ex-député européen écologiste et observateur avisé de la scène politique, livre une analyse sans concession de cette situation préoccupante.
Une violence politique qui n'est pas nouvelle
Daniel Cohn-Bendit insiste sur la nécessité de rester lucide face à ce phénomène : « La violence politique, surtout entre l'extrême droite nationaliste fascisante et l'extrême gauche antifasciste, a une longue histoire ». Il rappelle que le meurtre du jeune Clément Méric par des skinheads en 2013 représentait déjà une situation similaire, bien qu'inversée dans son orientation politique.
Pour l'ancien leader étudiant, le drame lyonnais ne constitue pas une « nouvelle étape » dans cette histoire conflictuelle, car ces affrontements remontent aux années 1960 et à la guerre d'Algérie. Il évoque notamment les attaques de militants d'Occident contre le théâtre de l'Odéon en 1967, ainsi que les slogans haineux proférés à son encontre lors de la manifestation gaulliste de 1968.
Les responsabilités politiques en question
La question centrale selon Cohn-Bendit est désormais : « Quels sont les responsables politiques qui sont liés à cette violence endémique ? ». Il souligne que les acteurs politiques instrumentalisent souvent la violence à leur profit, exploitant une situation déjà dangereuse.
L'analyse pointe du doigt deux formations politiques en particulier : Le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI). Concernant le RN, Cohn-Bendit note la présence de « groupes nationalistes violents qui gravitent dans son environnement », parfois utilisés pour le service d'ordre du parti. De l'autre côté, LFI fait appel à la Jeune Garde pour assurer la sécurité de ses réunions, tout en connaissant le militantisme antifasciste violent de cette organisation.
Le lien organique entre LFI et la Jeune Garde
Dans le cas spécifique du drame de Lyon, c'est le lien entre LFI et la Jeune Garde qui se trouve au cœur des interrogations. Cohn-Bendit analyse : « Le génome politique de Jean-Luc Mélenchon, c'est le lambertisme, donc une conception léniniste de la transformation de la société ». Selon lui, cette vision implique que la libération du peuple ne se fera pas simplement par les urnes, car la bourgeoisie défendra son pouvoir par la force.
L'ancien député européen estime qu'il existe un « lien organique » entre LFI et la Jeune Garde, et que lorsque Jean-Luc Mélenchon continue à se solidariser avec eux tout en affirmant être contre la violence, cela relève d'un « mauvais Talmud » - un raisonnement spécieux selon ses termes.
Des réactions politiques insuffisantes
Interrogé sur les réactions politiques au drame de Lyon, Cohn-Bendit constate amèrement : « Chaque camp instrumentalise la violence pour son propre profit politique ». Il déplore que de nombreux responsables aient eu des réactions superficielles, pointant du doigt la violence chez l'adversaire tout en restant silencieux lorsqu'elle émerge dans leur propre espace politique.
L'analyse s'étend également à Marine Tondelier, la secrétaire nationale d'EELV, dont le silence relatif sur l'affaire lyonnaise est interprété comme une « illusion d'un accord avec LFI ». Cohn-Bendit la qualifie de « naïve » pour ne pas comprendre que Jean-Luc Mélenchon « ne veut d'accord avec personne ».
Une inquiétude grandissante
Daniel Cohn-Bendit exprime une inquiétude palpable face à la montée des violences politiques, phénomène qui s'est selon lui accentué ces quatre dernières années. Il dénonce un « dénigrement de l'autre qui est aberrant », illustrant son propos par plusieurs exemples récents : l'exclusion de Raphaël Glucksmann d'une manifestation du 1er mai 2024 à Saint-Étienne, ou les multiples attaques contre les permanences de la CFDT pendant les débats sur les retraites.
Sa conclusion est sans appel : « Moins on a de fond politique à proposer, plus on est violent ». Une sentence qui résonne particulièrement dans le contexte actuel de radicalisation des discours et des pratiques politiques en France, où la mort de Quentin Deranque vient tragiquement rappeler que les mots peuvent parfois mener aux pires extrémités.



