La chute des dictateurs vue de France : entre procédure et naïveté politique
Chute des dictateurs : la France entre procédure et naïveté

La chute des dictateurs : la France préfère le débat au champagne

En France, lorsqu'un dictateur disparaît, l'ambivalence est totale. Faut-il ouvrir une bouteille pour célébrer ou plutôt consulter le code de procédure pénale ? Chez certains défenseurs d'une vertu militante particulièrement rigide, la chute d'un tyran ne soulève pas d'abord la question des victimes, mais celle du respect scrupuleux des formalités juridiques et psychologiques.

La procédure avant les victimes

Un tyran peut avoir dirigé un régime théocratique pendant quatre décennies, fait pendre des opposants, emprisonné des femmes pour une mèche de cheveux visible... Mais attention, l'essentiel est ailleurs : la procédure doit être irréprochable. Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, a ainsi déclaré qu'elle aurait « préféré qu'Ali Khamenei soit jugé plutôt que tué ».

Effectivement, selon cette logique, on aurait manqué de pédagogie. L'approche idéale aurait consisté à envoyer un courriel courtois : « Cher Ali, merci de sortir les mains en l'air, nous allons discuter calmement ». Avec, bien sûr, la présence d'un médiateur agréé, l'organisation d'un cercle de parole et un atelier de gestion des émotions. Les dictateurs adorent ce genre d'accompagnement. Beaucoup se rendent d'ailleurs volontiers après avoir écouté un podcast de développement personnel.

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L'approche Montessori appliquée aux tyrans

Mieux encore : une convocation via Doctolib. « Bonjour Monsieur Khamenei, vous avez un créneau disponible mardi à 10 heures. Merci d'apporter votre carte Vitale et la liste détaillée de vos crimes contre l'humanité. » Tant qu'à faire, on pouvait organiser un jugement populaire dans une ambiance garden-party : thé à la menthe, buffet halal et bracelet électronique décoratif.

On imagine aisément la scène : Marine Tondelier arrivant à Téhéran sur un vélo-cargo, vêtue d'un niqab... végétal bien sûr. « Ali, tu montes derrière, nous allons au tribunal pour régler cela civilement. » Dans une démocratie mature, on ne combat pas les dictateurs comme des sauvages. On les accompagne avec bienveillance. Il faut les arrêter, certes, mais avec leur consentement éclairé. La méthode Montessori appliquée aux tyrans : l'ayatollah doit comprendre par lui-même, à son rythme, qu'il est allé trop loin dans ses excès.

Un réflexe occidental révélateur

Le plus significatif dans cette approche n'est pas tant sa naïveté touchante que ce qu'elle révèle : un réflexe profondément occidental qui consiste à expliquer aux peuples opprimés comment ils devraient s'y prendre pour se libérer. Les Iraniens manifestent au péril de leur vie, mais depuis les couloirs feutrés de Sciences Po, on leur enseigne la méthode correcte, la procédure appropriée.

Voilà une forme particulièrement curieuse de néocolonialisme intellectuel, pratiqué avec une conviction remarquable par ceux-là mêmes qui se présentent comme les champions de la pensée décoloniale. Cette contradiction n'est pas la moindre des ironies de notre époque.

Les calculs politiques intérieurs

Il y a également, et surtout, de la politique intérieure dans cette posture. Dès que Washington ou Tel-Aviv apparaissent dans l'équation géopolitique, le réflexe devient automatique : relativiser la nature du tyran, condamner la méthode employée pour le combattre. La géopolitique se transforme alors en politique électorale déguisée, en calcul partisan à courte vue.

Résultat : dans certains commentaires et analyses occidentales, la chute d'un dictateur finit presque par poser un problème moral plus important que son maintien au pouvoir. Les considérations procédurales prennent le pas sur la réalité des souffrances endurées par les populations opprimées.

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La spécialité française : le communiqué plutôt que l'action

En France aujourd'hui, on ne renverse plus les dictateurs : on débat indéfiniment de leur renversement. Notre spécialité nationale n'est plus la révolution, ni même l'action diplomatique déterminée, mais l'art du communiqué de presse soigneusement calibré. Et, pour être tout à fait franc, si les dictateurs du monde entier lisaient certaines tribunes et déclarations françaises, ils tomberaient peut-être... mais de rire, devant tant de candeur procédurière.

Cette tendance à privilégier la forme sur le fond, la procédure sur le résultat, révèle une certaine fatigue politique, une perte de repères moraux clairs, et une difficulté croissante à distinguer l'essentiel de l'accessoire dans les affaires internationales. Alors que des peuples luttent pour leur liberté au prix de leur vie, la France semble parfois plus préoccupée par l'étiquette du combat que par son issue.