Thomas Cazenave conquiert Bordeaux : une victoire stratégique pour Renaissance
Cazenave remporte Bordeaux, un trophée pour Renaissance

Une victoire serrée et symbolique pour le parti présidentiel

Début février, assis sur un banc d'un quartier populaire de Bordeaux, à proximité d'un point de deal, Thomas Cazenave affichait une confiance tranquille. « On va gagner », déclarait-il au Point. Ce dimanche, l'ancien ministre a conjuré l'échec de sa première tentative en 2020, balayée par la vague verte, en arrachant la mairie à l'écologiste Pierre Hurmic, avec seulement quelques voix d'écart. « Il a mené une campagne joyeuse et a rassemblé », loue sa colistière Alexandra Siarri, ancienne adjointe d'Alain Juppé.

Un parcours semé d'embûches et de surprises

Cette élection municipale n'avait rien d'une sinécure. Pendant longtemps, Thomas Cazenave a sous-estimé l'économiste Philippe Dessertine, dont la candidature occupait le même créneau libéral et a rassemblé 20 % des voix au premier tour le 15 mars. Ce duel risquait de diviser l'électorat de centre-droit et d'enterrer les espoirs de Renaissance. Cependant, le retrait surprise de Dessertine durant l'entre-deux-tours a dégagé la route vers l'hôtel de ville.

Si Pierre Hurmic n'a cessé d'alerter sur « le retour de la droite à Bordeaux » et Philippe Dessertine de théoriser sur l'existence d'un « plafond de verre macroniste », Thomas Cazenave a finalement réussi à mobiliser les électeurs favorables à l'alternance. « Je veux rassembler ceux qui veulent tourner la page d'une ville repliée sur elle-même, qui a fait la chasse à la 5G avec Pierre Hurmic, nous expliquait-il. L'enjeu, c'est de redonner à la ville son élan, son ambition et son esprit de conquête ».

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Bordeaux, un trophée stratégique pour Renaissance

Cette victoire constitue l'une des rares bonnes nouvelles pour le parti présidentiel, peu implanté localement et qui n'était jusqu'ici à la tête d'aucune grande ville. « Si Renaissance gagne Bordeaux, c'est un événement pour ce parti et pour la stratégie d'affirmation de Gabriel Attal », prophétisait le politologue Bruno Cautrès. Nul doute que l'ancien Premier ministre, chef du parti présidentiel, saura en faire un trophée.

Bordeaux, où les électeurs ont précédemment voté pour des listes de droite modérée ou de gauche écologiste, incarne cette plasticité idéologique du macronisme. Les résultats dans la capitale girondine braquent aussi les projecteurs sur ce député surdiplômé, passé par Sciences Po, l'ENS et l'ENA.

Un parcours politique atypique et révélateur

Thomas Cazenave a servi un gouvernement de gauche comme secrétaire adjoint de l'Élysée durant le quinquennat de François Hollande, avant d'être soutenu par la droite lors de ces municipales. Après un bref passage dans le privé, il publie un essai, L'État en mode start-up, avec l'économiste social-libéral Yann Algan. Bref, le CV presque caricatural d'un macroniste pur jus.

Proche du président de la République, avec qui il s'est lié durant ses jeunes années, il le rencontre à l'Inspection générale des finances avant de le rejoindre à Bercy comme directeur adjoint de cabinet, puis de plancher sur son programme présidentiel. Entre 2023 et 2024, Thomas Cazenave occupe les fonctions de ministre des Comptes publics, plaidant pour la maîtrise des déficits et la « discipline budgétaire ».

Un macronisme réinventé et décomplexé

Dépeint en 2020 par des cadres du parti présidentiel comme un « mini Macron », Thomas Cazenave a gommé cette filiation à l'occasion de ces municipales. Sur ses tracts, les logos de Renaissance ont disparu ; la qualification de « macroniste » est rejetée en bloc au profit du rassemblement des partis du « socle commun », de Renaissance à Les Républicains, en passant par Horizons et les radicaux.

« Thomas a eu le courage de croire à l'union et de la faire », congratule le député Renaissance Antoine Armand, qui a quant à lui remporté la mairie d'Annecy. Cette alliance fructueuse de la droite et du centre, que certains aimeraient répliquer au niveau national, démontre une stratégie de rassemblement qui a porté ses fruits malgré les tensions initiales.

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De retour à l'Assemblée, Thomas Cazenave réactive le discours du macronisme des débuts sur la lutte contre les déterminismes sociaux, les assignations, une véritable réforme de l'État et « la crise d'efficacité » de l'action publique. Cette victoire à Bordeaux marque ainsi un tournant dans sa carrière politique et dans la stratégie de Renaissance pour s'implanter localement.