Le dilemme du front républicain dans deux villes clés
Depuis dimanche soir, les responsables politiques de la gauche se sont multipliés sur les plateaux télévisés pour appeler à constituer un « barrage à l’extrême droite ». Cependant, dans deux villes emblématiques, le maintien de listes de gauche au second tour pourrait paradoxalement ouvrir la voie au Rassemblement national et à ses alliés, créant des tensions stratégiques majeures.
Carcassonne : le candidat socialiste refuse le désistement
À Carcassonne, commune de 40 000 habitants, le RN est arrivé en tête du premier tour avec près de 35 % des voix. Il est suivi par le candidat Horizons, François Mourad, qui a obtenu 25,36 % des suffrages, et le candidat socialiste Alix Soler-Alcaraz, soutenu par les communistes et les écologistes, avec 23,27 %.
Après avoir initialement plaidé pour une large coalition républicaine contre le RN, Alix Soler-Alcaraz a finalement conclu un accord technique avec la liste divers droite menée par l’ancien maire Gérard Larrat, qui a recueilli un peu plus de 12 % des voix. François Mourad a, quant à lui, déposé sa liste.
« Si le candidat PS ne se désiste pas, il portera sur ses épaules l’éventuelle victoire de l’extrême droite à Carcassonne, pour la première fois de son histoire », dénonce Gabriel Belloc, directeur de communication de la campagne de François Mourad, dans les colonnes du Point. « Je suis très choqué de l’absence de réactions de la part des politiques au niveau national », ajoute-t-il.
Les instances du Parti socialiste, contactées, affirment avoir été informées de la situation mais n’avoir pas encore pris de décision à ce stade. La question se pose de savoir si le PS sanctionnera son candidat, comme il l’a fait pour Catherine Trautmann à Strasbourg, qui s’était alliée avec le centre-droit.
Nice : l’écologiste maintient sa liste face à Estrosi et Ciotti
À Nice, la candidate écologiste Juliette Chesnel-Le Roux, qui a réalisé 11,9 % au premier tour, refuse également de se retirer. Christian Estrosi, largement distancé par Éric Ciotti, l’a pourtant appelée à se désister pour contrer l’alliance entre le RN et l’UDR.
La réponse de l’écologiste a été sans appel : « Si Christian Estrosi aime véritablement cette ville et ses valeurs, nous lui demandons solennellement de se retirer immédiatement de la vie politique ». Une cadre écologiste soutient cette position : « Juliette estime qu’entre l’extrême droite et la droite extrême, il y a peu de différences. Elle a raison de dire qu’Estrosi a contribué à ce que les idées de Ciotti prospèrent ».
Cette analyse n’est pas partagée par le député socialiste Jérôme Guedj, qui déclare : « Là où il y a le RN aux portes du pouvoir, comme à Nice, il ne peut y avoir d’hésitation. J’aurais été favorable à ce que Juliette Chesnel-Le Roux se retire. Nous pouvons avoir des désaccords avec Christian Estrosi, mais cela n’en fait pas un maire d’extrême droite ! ».
Une stratégie contrastée qui divise la gauche
Ce flottement stratégique contraste avec l’empressement du Parti socialiste à nouer des accords avec La France insoumise pour faire chuter des candidats de centre-droit à Nantes et Toulouse, villes où l’extrême droite est loin du pouvoir. « Qui pense sincèrement qu’il y ait une menace fasciste sur la ville de Toulouse, par exemple ? Les mots ont un sens », a tonné Raphaël Glucksmann sur France Info.
Jérôme Guedj poursuit : « Pour quelques villes, nous affectons la réaffirmation de la gauche républicaine que nous avions entamée ». Cette approche sélective est assumée par des cadres du PS, qui expliquent faire « le tri » parmi les candidats insoumis, certains ayant « un visage humain ». Un cadre socialiste résume : « Ceux qui critiquent ces alliances ne sont pas de gauche ».
Ces divisions rappellent les propos de Jean-Luc Mélenchon avant le premier tour : « Les socialistes sont des gros combinards (...) Ils ne vont pas nous coûter trop cher à acheter pour le second tour. Quand ils disent pas d’accord national, ça veut dire : faites votre tambouille localement ! ». Une analyse qui semble trouver un écho dans les stratégies contradictoires observées à Carcassonne et Nice.



