Le candidat de gauche tire les leçons d'une défaite amère aux municipales
Grand perdant de ces élections municipales, Thomas Bouyssonnie, le candidat de la gauche, se prépare pour un nouveau mandat dans l'opposition. Le jeune avocat ne fait pas de son leadership un préalable et règle quelques comptes au passage, tout en esquissant les contours de sa future stratégie.
Une troisième place décevante et ses explications
Avec quelques jours de recul, Thomas Bouyssonnie est revenu sur sa troisième place aux municipales, à 264 voix derrière Geoffroy Gary et loin derrière le vainqueur Guillaume Lepers. « Nous avons été très déçus des résultats du premier tour. On se voyait plus haut, comme pas mal de gens qui observaient la campagne », confie-t-il. Concernant le second tour dans cette configuration défavorable, il ajoute : « Il n'y a pas de dynamique, pas d'enjeux ou presque, car on ne pouvait plus espérer l'emporter. » Le seul enjeu accessible était de devancer le candidat RN-UDR-RPR, mais cet objectif n'a pas été atteint.
Les explications de cette contre-performance sont multiples selon le candidat, à la fois internes et externes à sa campagne. « On a connu un des entre-deux-tours les plus compliqués du département. On a dû subir le retour de la momie qui, depuis son ordinateur, nous a plantés », dénonce-t-il en visant Patrick Cassany, l'ancien maire. « Pendant combien de temps la gauche villeneuvoise va-t-elle devoir subir les posts Facebook de Patrick Cassany, qui a abandonné le terrain il y a six ans ? »
Des critiques acerbes contre l'ancien maire
Retiré de la vie publique après la victoire de Guillaume Lepers, l'ancien maire Patrick Cassany ne se prive pas de commenter la politique locale et ne rate jamais une occasion de « taper » sur celui qui l'avait devancé au premier tour en 2020. « Si nous ne sommes pas au niveau attendu, c'est aussi sa faute », reprend Thomas Bouyssonnie avec irritation. « Il nous a fait perdre en 2020 et, depuis, il fait la politique de la terre brûlée. Il y avait un candidat de droite, un d'extrême droite et un de gauche, qui était sa seule cible. C'est complètement irresponsable. »
Passablement irrité, lui qui ne voulait pas en parler durant l'entre-deux-tours se lâche enfin : « Quel est le bilan de Patrick Cassany ? Il a installé Guillaume Lepers sur Villeneuve-Nord, puis à la mairie en refusant un accord avec notre liste, même technique, parce qu'il refusait de mesurer le rejet qu'il suscitait. »
L'absence de barrage républicain et l'autocritique
Stéphane Boukhari, dont la liste ne s'est pas qualifiée pour le second tour, aurait aussi pu agir autrement selon Thomas Bouyssonnie : « Quand on mène une liste citoyenne, que l'on dit porteuse de valeurs, la moindre des choses est d'appeler à ce qu'aucune voix ne revienne à l'extrême droite. » Cette fois, aucune logique de « barrage républicain » n'a joué, ce qui a contribué à affaiblir la gauche.
À l'exercice de l'autocritique, Thomas Bouyssonnie ne s'exonère pas pour autant de toute responsabilité. « On va en tirer des leçons. Les résultats ne sont pas à la hauteur et comme c'est moi qui portais le projet, il va falloir interroger mon leadership. Je n'en fais pas un totem », reconnaît-il humblement. En avril, les acteurs de cette campagne doivent se réunir pour un débriefing en profondeur afin de poser les bases d'un projet de reconquête.
La création d'une association sur le modèle de Villeneuve Passion
La liste va devenir une nouvelle association, qui conservera sans doute son nom, avec l'objectif d'entretenir la flamme sur le modèle de Villeneuve Passion, qui a soudé l'opposition de droite durant de longues années. « L'association doit servir de point de rencontre à toute la gauche qui veut s'impliquer dans l'optique des municipales », explique Thomas Bouyssonnie. « Mais il ne faudra pas toujours penser à 2033. Nous allons nous fixer des objectifs à court terme. Il y a des sujets. On va jouer un rôle d'opposition ferme et constructive. »
Un aveu d'échec et la nécessité de muscler le jeu
L'aveu d'un échec des six années écoulées ? « On a fait face à des éléments compliqués pour trouver notre place. À chaque fois, la majorité nous renvoyait aux vingt ans de municipalités de gauche… Et on a mis du temps à se réconcilier avec les anciens colistiers de Patrick Cassany. Depuis 2024, le ton a changé… On a travaillé nos dossiers. Peut-être n'avons-nous pas été assez bons en com ? » Aujourd'hui, « il va falloir muscler notre jeu », admet Thomas Bouyssonnie. « Même si je privilégierai toujours les arguments de fond à l'anathème et aux gesticulations. »
Les défis de l'opposition pour les sept prochaines années
Exister durant sept ans au sein de l'opposition représente une véritable gageure. L'entrée au Conseil de Geoffroy Gary et de trois de ses colistiers va changer la donne. Maëlle Blazejczyk sera toujours aux côtés de Thomas Bouyssonnie, mais pas son précieux directeur de campagne, Serge Huc. Barbara Bellanger-Haryouli et Christophe Maitre, élus expérimentés, apporteront du sang neuf. Il en faudra, ainsi que beaucoup d'énergie.
Car Thomas Bouyssonnie le sait bien : on lui reproche d'être trop peu présent dans la vie locale. « Je suis pourtant tous les jours en ville, où j'ai mon cabinet. J'essaie de me dédoubler entre Villeneuve, le canton, mon job. On a aussi payé le contraste de visibilité entre Patrick Cassany et Guillaume Lepers », justifie-t-il. La liste de Geoffroy Gary aura un conseiller communautaire de plus, ce qui compliquera encore la tâche de l'opposition de gauche.



