Bassin d'Arcachon : les listes RN épinglées pour des candidats aux propos problématiques
Bassin d'Arcachon : candidats RN aux propos complotistes et racistes

Des promesses de rigueur mises à mal par la réalité des profils

En octobre dernier, Jean-Pierre Vaillant annonçait sa candidature à la tête d'une liste Rassemblement national pour les municipales de Lège-Cap-Ferret. Il promettait alors une sélection rigoureuse de ses colistiers, affirmant avoir tiré les leçons du passé concernant les candidats au profil inadapté. Cependant, une enquête approfondie du journal Sud Ouest vient sérieusement écorner cette affirmation.

Une investigation qui passe au crible huit listes

Le quotidien régional a minutieusement analysé les profils de tous les candidats figurant sur les huit listes montées par le Rassemblement national sur le bassin d'Arcachon. Les conclusions sont sans appel : sur chacune de ces listes, on trouve des colistiers dont les prises de position publiques, souvent sur les réseaux sociaux, versent dans le complotisme, le racisme ou le sexisme. Ce constat concerne également la liste de Jean-Pierre Vaillant, pourtant présentée comme exemplaire.

Des exemples édifiants à travers les communes

Les cas documentés sont nombreux et variés. À Lège-Cap-Ferret, un candidat relaie des vidéos complotistes accusant Emmanuel Macron de détournement de fonds et évoquant un prétendu « genre masculin » de Brigitte Macron. Le même partage des théories sur la stérilité induite par les vaccins anti-Covid et adhère à des thèses satanistes concernant la gouvernance mondiale.

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Au Teich, sur la liste de Baptiste Ternisien, un colistier affiche une définition ouvertement provocatrice du terme « facho ». Une autre personne profère des insultes sexistes envers Ségolène Royal, tandis qu'un autre « aime » la page « Soral Kultur » dédiée à Alain Soral, condamné pour antisémitisme. La promotion du concept de « remigration » est également relevée.

À La Teste-de-Buch, sur la liste de Yanis Ouadah, des soutiens sont apportés au youtubeur Papacito, condamné pour homophobie, et au site Fdesouche. Sur X, une candidate attribue la victoire de Joe Biden à des manipulations du milliardaire George Soros, une théorie complotiste répandue dans les milieux d'extrême droite. Un autre colistier évoque ouvertement la nécessité d'un « régime autoritaire » pour sauver le pays.

Racisme, islamophobie et nostalgie problématique

À Biganos, une membre de la liste de Neil Wattre diffuse une image raciste associant des musulmans à un enclos de chèvres, et évoque Brégançon comme une « île d'Epstein à la française ». Un autre candidat relaie des posts complotistes sur le 11 septembre 2001 et poste une photo de Jean-Marie Le Pen en commentant « qu'il avait tout prévu ».

À Andernos-les-Bains, sur la liste de Philippe Baconnet, des posts appelant à « interdire l'islam » ou moquant des femmes en burqa ont été identifiés. Suite à un article de Libération, le profil du chef de liste, décrit comme nostalgique de la monarchie, a été nettoyé. De même, un colistier à Arcachon a supprimé ses posts anti-palestiniens et pro-Poutine après la publication.

La réponse du Rassemblement national : des « polémiques stériles »

Interpellé par Sud Ouest, Jimmy Bourlieux, le délégué départemental du RN en Gironde, a répondu au nom de toutes les têtes de liste. Il a indiqué que le parti étudierait, via ses instances disciplinaires, la compatibilité de ces situations avec ses valeurs. Il a surtout minimisé l'affaire, soulignant qu'aucun propos des près de 2000 candidats RN en Gironde n'avait fait l'objet de condamnation judiciaire, et invitant ceux qui les jugeraient illégaux à saisir les autorités. « À défaut, ces propos relèvent de la liberté d'expression et ne méritent aucun commentaire politique ou médiatique », a-t-il affirmé.

Il a par ailleurs estimé que ces « polémiques stériles » ne détourneraient pas les candidats de l'essentiel : le programme et la vision pour leur commune. Il a enfin appelé à ce que le même travail d'enquête soit mené avec « la même rigueur » sur les listes d'extrême gauche, dont les déclarations pourraient, selon lui, être « pénalement condamnables ».

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Cette enquête met ainsi en lumière l'écart persistant entre le discours policé des têtes de liste du Rassemblement national et les positions parfois extrêmes de certains de leurs colistiers sur le terrain, malgré les promesses répétées de vigilance et d'exemplarité.