La certitude affichée des hommes politiques français
Nous voilà rassurés. Gabriel Attal pense savoir comment présider la France. On dormira mieux cette nuit. Il est vrai que l'inverse aurait été particulièrement déstabilisant : imaginer un ancien Premier ministre confessant, avec une certaine lassitude : « Écoutez, je n'ai toujours rien compris, mais je retente ma chance ». La sincérité a effectivement ses limites dans le monde politique.
Dommage, d'ailleurs : il y aurait eu là une forme de franchise presque rafraîchissante. Un candidat nu face à l'abîme du pouvoir, décrivant au passage la vacuité du politique dans un réel qui lui échappe constamment. Mais non. Gabriel Attal « pense savoir ». Formulation parfaite : moins abrupte que « je sais », plus engageante qu'« on verra bien ». Calibrée pour ne froisser ni les faits établis… ni les souvenirs des observateurs.
L'expérience du pouvoir et ses leçons
Car enfin, il a gouverné. Peu de temps, certes. Mais suffisamment pour découvrir, après usage pratique, le mode d'emploi du pouvoir exécutif. C'est une constante nationale bien française : en France, on comprend véritablement le pouvoir une fois qu'on ne l'a plus entre ses mains. Et il affirme avoir des idées, des « idées claires ». Tant mieux pour lui. Elles risquent cependant de ne pas faire trop d'ombre aux autres propositions.
Mais il ne serait pas juste de s'arrêter uniquement à lui. Ils sont nombreux, ces jours-ci, à « savoir » ou du moins à le prétendre. À sentir confusément qu'ils tiennent quelque chose d'important : une idée nouvelle, une intuition politique, une urgence personnelle de s'exprimer. Et dans ce casting déjà particulièrement dense, François Hollande fait une entrée remarquable sur la scène médiatique. Non pas en recours ultime, ni même en surprise totale. Mais bien en hypothèse sérieuse.
Le retour prudent de François Hollande
On le croyait rangé définitivement dans la vitrine des présidents d'hier, entre une promesse de normalité non tenue et quelques courbes économiques inversées. Le voilà qui se « prépare » activement. Le verbe est prudent, presque diététique dans sa formulation. On ne revient plus brutalement, on se prépare progressivement. Comme si l'ambition politique passait désormais par une phase obligatoire de décongélation lente et méthodique.
La cohérence affichée par François Hollande force malgré tout le respect. L'ancien président avance principalement son expérience passée. Argument imparable sur le papier : il a déjà exercé la fonction suprême. Il est, en somme, le seul à pouvoir théoriquement assurer le service après-vente d'un quinquennat dont il fut lui-même l'auteur principal. L'image vient d'elle-même : le technicien qui revient dix ans plus tard constater que l'appareil institutionnel ne fonctionne toujours pas correctement, et qui propose d'en affiner les réglages délicats. À défaut de convaincre immédiatement, cette cohérence affichée force un certain respect.
Une relation particulière au pouvoir
François Hollande assure n'entretenir aucune relation passionnelle avec le pouvoir présidentiel. On le croit volontiers : il ne s'agit plus de passion dévorante, mais plutôt d'habitude ancrée. Il n'est pas accro au pouvoir, il repasse simplement tous les cinq ans environ, pour voir si la lumière est restée allumée dans le palais de l'Élysée. Une visite de courtoisie en somme, mais qui pourrait bien se transformer en séjour prolongé.
Ses soutiens les plus proches évoquent régulièrement une « capacité présidentielle » intacte. L'expression est élégante, presque médicale dans sa précision. Elle rappelle ces anciens joueurs de football dont on loue encore la vision exceptionnelle du jeu, longtemps après qu'ils ont quitté définitivement le terrain. Reste à savoir si le match politique est toujours le même, avec les mêmes règles et les mêmes adversaires.
Les réalités des sondages et des chances
Les sondages d'opinion, eux, demeurent modestes concernant ses chances. À ce stade précoce, il ne s'agit pas encore d'une dynamique réelle, mais plutôt d'une trace statistique significative. Comme une mémoire résiduelle de ce que fut un pouvoir exercé sans avoir jamais totalement convaincu l'ensemble de la population française.
François Hollande avait pourtant renoncé en 2017, lucide sur ses chances électorales à l'époque. Il revient aujourd'hui sur le devant de la scène, sans que l'on sache très bien ce qui a fondamentalement changé, sinon peut-être l'espoir ténu que le niveau général de la classe politique ait suffisamment baissé pour rendre l'idée de son retour plausible aux yeux de certains.
Au fond, ils savent tous. Avant d'accéder au pouvoir. Pendant qu'ils l'exercent. Et surtout après l'avoir perdu. La Ve République n'est plus simplement un régime politique : c'est progressivement devenu une école de rattrapage permanent, où les leçons s'apprennent souvent trop tard, mais où les certitudes s'affichent toujours trop tôt.



