Une année politique en suspens face aux défis nationaux
Alors que le gouvernement actuel donne l'impression de fonctionner en mode automatique, la période qui nous sépare de la prochaine élection présidentielle risque de se révéler une année perdue pour la préparation de la France aux enjeux du siècle. Il ne nous reste plus qu'à espérer que la longue campagne électorale qui s'annonce sera constructive. Pour cela, il faudrait éviter de ressasser les mêmes arguments éculés qui parasitent régulièrement le débat public. Voici quatre de ces sujets qui deviennent particulièrement pénibles par leur traitement répétitif et souvent simpliste.
Le déficit public : un vol intergénérationnel ?
Commençons par la question des déficits. Précisons d'emblée les termes du débat : on peut légitimement défendre un modèle où les dépenses et prélèvements publics sont élevés, à l'image de la Suède ou du Danemark qui s'en sortent plutôt bien. À l'inverse, on peut plaider pour moins d'impôts et un État-providence plus modeste. Ces deux options sont défendables sur le plan idéologique. En revanche, la position réellement indéfendable consiste à accepter passivement les déficits chroniques. Pourquoi cette position est-elle problématique ? Parce qu'elle équivaut à une forme de spoliation intergénérationnelle.
Financer les dépenses courantes des électeurs d'aujourd'hui avec l'argent des contribuables de demain constitue une injustice fondamentale. Les générations futures devront rembourser cette dette, soit par des impôts plus lourds, soit en subissant les conséquences d'un manque d'investissement dans l'avenir. Le dernier budget français a d'ailleurs été qualifié de « gérontocratique » par François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, dont la franchise nous manquera lorsqu'il quitterra ses fonctions.
Les retraites : l'évitement d'un débat nécessaire
Le dossier des retraites constitue un deuxième sujet où le débat tourne en rond. Sébastien Lecornu a capitulé sur ce front dès son arrivée à Matignon en suspendant la réforme Borne de 2023. Cette démission intellectuelle, motivée par la crainte d'une démission politique, aura des conséquences concrètes : la campagne présidentielle devra nécessairement aborder des vérités dérangeantes sur ce sujet.
Au minimum, on peut souhaiter que les candidats – du moins ceux qui prétendent encore à un minimum de rationalité – évitent de prendre les citoyens pour des naïfs en affirmant qu'il n'existe aucun problème structurel des retraites et que tout va pour le mieux. Si tous nos voisins européens ont repoussé l'âge légal de départ à 65 ans et au-delà, est-ce par pure cruauté ? Certains libéraux proposent d'abolir le couperet de l'âge légal pour instaurer un système de choix individuel. Sur le principe, leur position est cohérente ! Mais encore faudrait-il qu'ils aient la franchise d'ajouter que cette solution ne fonctionne que si les pensions deviennent réellement variables, y compris à la baisse. La société française est-elle prête à accepter cette réalité ?
L'immigration : un débat passionnel et stérile
Le sujet de l'immigration épuise d'avance par la pauvreté des échanges qu'il génère. D'un côté, certains affirment sérieusement qu'on peut rétablir les comptes publics en fermant simplement les frontières aux migrants... De l'autre, d'autres assènent qu'il n'y a pas de problème et que ceux qui l'évoquent sont nécessairement des extrémistes...
Soyons lucides : l'immigration constitue un sujet explosif presque partout dans le monde, y compris en Algérie qui procède à des expulsions massives à sa frontière sud. Le débat sera donc rugueux. Sans rêver à des échanges sereins, on est en droit d'attendre des propositions un minimum argumentées, l'esquisse d'une stratégie cohérente, incluant des critères d'efficacité et peut-être même – osons l'utopie ! – des objectifs chiffrés.
Les inégalités : focalisation sur les mauvais indicateurs
Enfin, le thème des inégalités promet de faire son retour, avec son cortège de simplifications. Répétons-le clairement : non, les inégalités n'explosent pas en France comme on l'entend souvent. Elles sont même plutôt stables depuis un demi-siècle. La France reste l'un des pays les moins inégalitaires au monde, grâce à des transferts sociaux particulièrement importants.
En revanche, une menace pour la cohésion sociale est gravement sous-estimée : la crise profonde de l'école publique, attestée non seulement par les études Pisa mais aussi par la fuite vers l'enseignement privé, constitue un danger réel pour l'égalité des chances. Voilà une véritable injustice qui mériterait d'être dénoncée avec force, même si c'est moins spectaculaire que de jouer avec des concepts fiscaux à la mode. « L'ignorance et la bêtise sont des facteurs considérables de l'Histoire », écrivait Raymond Aron dans Le Spectateur engagé. Espérons que ces stupidités ne détermineront pas notre destin collectif.



