Anne Hidalgo s'exprime avec pugnacité devant les lecteurs de Midi Libre
La candidate socialiste Anne Hidalgo a rencontré les lecteurs du journal Midi Libre mercredi 2 mars, lors d'un déplacement à Montpellier consacré aux 40 ans des lois de décentralisation. Pendant deux heures, elle a répondu avec précision et conviction aux interrogations sur son programme et l'actualité internationale, dans un contexte de sondages difficiles.
Une posture ferme face aux défis politiques
Malgré les bourrasques permanentes de la campagne présidentielle, Anne Hidalgo a maintenu une posture déroutante sur les sujets épineux. Interrogée sur les sondages qui la placent à 2%, elle a rétorqué : "Ne les écoutez pas, il y aura des surprises !". Concernant la dureté de la campagne, elle l'a qualifiée d'"aventure humaine", et a exprimé son affection pour Christiane Taubira, tout en affirmant que "le PS sera toujours là le 25 avril".
La maire de Paris a profité de cette rencontre pour marquer ses différences avec Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et certains anciens camarades "qui ne sont plus rien aujourd'hui". Elle a insisté sur son projet "sans ambiguïté de gauche", visant à rassembler la société française plutôt qu'à la fracturer.
Position ferme sur la guerre en Ukraine et la défense européenne
Dès l'entame des échanges, Anne Hidalgo a été sollicitée sur l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Elle a souligné l'unité de la France et de l'Europe dans la réponse à cette agression, affirmant : "Ne comptez pas sur moi pour polémiquer !". La candidate a défendu le rôle singulier de la France, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU et présidente de l'Union européenne.
Elle a également porté l'idée d'une construction de l'Europe de la défense, saluant le tournant pris par le chancelier allemand Olaf Scholz. Sur le budget de la Défense française, elle a rappelé que la loi de programmation militaire doit amener ce budget à 50 milliards d'euros, avec la nécessité de poursuivre cet effort pour garantir la sécurité.
Un programme économique et social ambitieux pour la jeunesse
Anne Hidalgo a longuement évoqué les questions d'emploi et d'éducation, affirmant que "mon programme répond aux attentes des jeunes". Elle a promis d'augmenter le salaire d'un enseignant débutant de 1 400 à 2 300 euros, et de le porter à 4 000 euros en fin de carrière. La candidate prévoit également de baisser le nombre d'élèves par classe à 15-18 et de recruter plusieurs milliers de professeurs.
Parmi ses mesures phares : une augmentation du SMIC de 15% et 200 euros nets, la généralisation de la formation en alternance, et le versement d'un capital de 5 000 euros à tous les jeunes majeurs, sans condition de ressources. Ce capital servirait à financer le permis de conduire, une caution locative, du matériel informatique ou la création d'entreprise.
Transition écologique et agriculture durable
Sur les questions environnementales, Anne Hidalgo a critiqué la méthode du gouvernement actuel, jugée "complètement inefficace". Elle propose une planification impliquant les territoires, les acteurs économiques et les citoyens. Pour la mobilité durable, elle distingue les solutions en milieu urbain et rural, promettant de financer l'achat de véhicules électriques ou hydrogènes grâce au rétablissement de l'impôt sur les grandes fortunes.
Concernant l'agriculture, elle souhaite accompagner l'installation de jeunes agriculteurs vers des modèles bio et raisonnés, garantissant la sécurité alimentaire. Sur le nucléaire, elle se positionne pour le maintien du parc existant et le grand carénage, mais s'oppose à la construction de nouveaux réacteurs, privilégiant un mix énergétique avec accélération vers les énergies renouvelables.
Décentralisation et santé au cœur du projet
Anne Hidalgo a déploré cinq ans d'ultra-centralisation, affirmant qu'"aucun État au monde ne fonctionne ainsi". Elle propose de s'appuyer sur les élus locaux pour une action publique plus efficace. En santé, elle veut lutter contre les déserts médicaux en envoyant les internes dans ces zones avec un salaire porté à 3 500 euros par mois, et propose la suppression des ARS, jugées inefficaces.
La candidate a également évoqué quatre "odyssées industrielles" : la santé, les énergies renouvelables, le numérique et la mobilité. Elle promet de soutenir massivement la recherche, notamment pour développer un vaccin français, et de financer son programme par 50 milliards d'euros de nouvelles ressources, sans augmenter les impôts des classes moyennes et des entreprises.



