Municipales : les alliances locales de gauche se multiplient malgré les directives nationales
Alors qu'aucun accord national entre les partis de gauche n'est à l'ordre du jour, les fusions de listes se multiplient sur le terrain dans plusieurs villes stratégiques. L'objectif affiché est clair : barrer la route à la droite et au Rassemblement national lors du second tour des élections municipales.
L'ancien président socialiste François Hollande a pourtant martelé sa position : « pas d'alliances des candidats socialistes avec les Insoumis ». Malgré cette consigne officielle, déclinée par les instances du parti, les listes de gauche, parfois en difficulté, n'hésitent plus à envisager des rapprochements pour le second tour.
Des positions divergentes selon les villes
À Bordeaux, le maire sortant écologiste Pierre Hurmic (27,68%) exclut toute alliance avec la liste LFI de Nordine Raymond (9,36%). Il a confirmé sa position dès le lendemain du premier tour, refusant la « fusion technique » proposée par le candidat insoumis au nom de « la nécessité de la clarté et de la cohérence à l'égard des électeurs ».
En revanche, à Bègles, la gauche devrait se présenter unie au second tour. Le député LFI Loïc Prud'homme et le maire sortant écologiste Clément Rossignol Puech auraient trouvé un accord pour fusionner leurs listes. Cet arrangement pourrait profiter à l'écologiste, arrivé en tête au premier tour (37,87%) mais talonné par son opposant sans étiquette Christian Bagate (33,65%).
Premiers accords annoncés dans les grandes villes
Le premier rapprochement significatif a été annoncé à Toulouse : arrivé deuxième avec 27,5% des suffrages, le député LFI François Piquemal a scellé une alliance avec le socialiste François Briançon (25%). L'objectif est de renverser le maire sortant Jean-Luc Moudenc, arrivé en tête. Cet accord prévoit que Piquemal brigue la mairie tandis que Briançon prendrait la présidence de la métropole toulousaine.
À Clermont-Ferrand, le maire socialiste Olivier Bianchi a annoncé la fusion « technique » de sa liste avec celle de La France insoumise conduite par la députée Marianne Maximi. Avec respectivement 29,99% et 17,01% des voix, ils ont été devancés par le candidat LR Julien Bony (33,95%).
À Lyon, le maire sortant écologiste Grégory Doucet (37,36%) a conclu une alliance avec la liste LFI d'Anaïs Belouassa-Cherifi (10,41%) pour affronter Jean-Michel Aulas (36,78%), soutenu par la droite et le centre. « Au-delà des appartenances, ce qui unit la gauche lyonnaise est plus fort que ce qui la sépare », a déclaré l'entourage du maire.
Alliances de survie dans plusieurs villes moyennes
À Besançon, la maire écologiste Anne Vignot (33,3%) s'est résolue à fusionner sa liste avec l'Insoumise Séverine Véziès (10,9%) pour tenter de rattraper le candidat LR Ludovic Fagaut, soutenu par le centre, qui a recueilli 40,13% des voix.
À Avignon, les listes socialiste et LFI, chacune forte d'environ 19% des voix, tentent le pari de l'union pour contrer la percée du RN (25,52%) et l'ambition de l'ancien journaliste Olivier Galzi (27,04%).
À Brest, le maire PS François Cuillandre, distancé par la droite au premier tour, a annoncé s'allier avec La France insoumise. « La gauche reste majoritaire à Brest, dans sa diversité », a souligné le maire sortant.
Des discussions sont encore en cours à Nantes entre la maire sortante socialiste Johanna Rolland et l'Insoumis William Aucan, ainsi qu'à Lille où le socialiste Arnaud Deslandes est arrivé en tête avec 26,2% des voix.
Ces alliances locales, qualifiées d'« accords de la honte » par Les Républicains, témoignent d'une réalité électorale : face à la menace de victoires de la droite et de l'extrême droite, les forces de gauche privilégient souvent les stratégies locales aux consignes nationales.



