Le gouvernement précise le financement des mesures de soutien face à la flambée des prix des carburants
Le gouvernement a détaillé ce mercredi 22 avril le financement du nouveau dispositif de soutien destiné aux « travailleurs modestes grands rouleurs » et aux secteurs agricoles confrontés à la hausse persistante des prix à la pompe. Le ministre des Comptes publics, David Amiel, a indiqué que le coût des nouvelles aides sur le carburant et du prolongement de certaines mesures de soutien s'élèverait à 180 millions d'euros pour le mois de mai, après 150 millions d'euros en avril.
Un dispositif ciblé pour trois millions de travailleurs modestes
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait annoncé mardi une nouvelle aide spécifique destinée à environ trois millions de « travailleurs modestes grands rouleurs », ainsi qu'un soutien accru aux pêcheurs et agriculteurs. Ce dispositif consiste en une réduction moyenne de 20 centimes d'euro par litre de carburant pour les bénéficiaires éligibles.
Pour pouvoir prétendre à cette aide, les travailleurs doivent :
- Appartenir à la moitié des Français les moins aisés
- Habiter à au moins 15 kilomètres de leur lieu de travail
- Ou parcourir 8 000 kilomètres par an pour des raisons professionnelles
Les demandeurs devront ensuite déclarer les kilomètres parcourus sur une application dédiée accessible via le site impots.gouv.fr. Selon Roland Lescure, le système devrait être opérationnel « d'ici la fin du mois de mai ».
Critiques syndicales et défis de mise en œuvre
Le syndicat Solidaires Finances publiques, première force syndicale dans l'administration fiscale, a pointé du doigt les difficultés de mise en œuvre de ce dispositif. L'organisation critique une « mise en œuvre prématurée » et de « simples effets d'annonce », notant que l'application mentionnée n'est pas encore accessible aux contribuables.
« L'État s'enferre dans une mécanique d'aide sous système déclaratif, et sans aucun contrôle a priori », a déclaré le syndicat, qui déplore que les agents des services d'accueil et des centres de contact doivent faire face à des questions de contribuables sans disposer des réponses techniques ou législatives nécessaires, en pleine campagne déclarative sur le revenu.
Extension des aides à de nouveaux secteurs d'activité
L'exécutif a également prolongé les aides sur les carburants en les élargissant à des secteurs d'activité supplémentaires, notamment :
- Le bâtiment
- Les taxis
- Les VTC (véhicules de transport avec chauffeur)
Cette extension vise à soutenir davantage de professions particulièrement affectées par la hausse des prix des carburants.
Le poids financier pour le secteur agricole
La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a rappelé mercredi aux agriculteurs le coût significatif des aides pour leur secteur. Lors d'une table ronde sur l'agriculture à Montluçon, en marge d'un Conseil des ministres délocalisé, elle a souligné les contraintes budgétaires.
« Il y a la question du GNR (gazole non routier). Depuis le début de la crise au Moyen-Orient, on y met 90 millions, que je vais devoir prendre sur mon budget. Je m'arrache les cheveux, où vais-je le prendre ? Ce n'est pas de l'argent en plus », a déclaré la ministre.
Annie Genevard a précisé que l'aide de 15 centimes par litre de GNR annoncée mardi représentait 53 millions d'euros pour le seul mois de mai. Elle a également rappelé que le GNR utilisé par les agriculteurs pour leurs tracteurs bénéficie déjà d'un soutien fiscal de 1,3 milliard d'euros par an de la part de l'État français.
L'impact économique du conflit au Moyen-Orient
David Amiel a rappelé que le coût de la guerre au Moyen-Orient est estimé à 6 milliards d'euros par le gouvernement à ce jour, dont une grande partie (3,6 milliards d'euros) est liée à la hausse de la charge de la dette publique. Cette situation économique difficile explique en partie la nécessité de ces mesures de soutien ciblées tout en maintenant une vigilance budgétaire.
La ministre de l'Agriculture a conclu en soulignant l'effort exceptionnel consenti : « Prenez la mesure de l'effort qu'il y a eu : 15 centimes par litre de GNR. Vous vouliez 30, mais 15 centimes c'est 53 millions d'euros sur le seul mois de mai, c'est ça la réalité. Et depuis le début de la crise, c'est 90 millions, c'est considérable ».



