Toulouse : l'union de la gauche avec LFI crée des remous au Parti socialiste
À Toulouse, l'accord conclu dans la nuit du 15 mars entre les listes de François Piquemal (La France insoumise) et François Briançon (Parti socialiste) pour le second tour des municipales ne s'est pas fait sans heurts. Plusieurs colistiers socialistes ont choisi de se retirer, marquant une fracture au sein de la gauche toulousaine.
Des défections significatives
Parmi les défections les plus notables figurent Marc Sztulman, avocat qui occupait la 17e position sur la liste PS, et Émilie Dalix, conseillère régionale d'Occitanie en 12e position, donc éligible. « Je ne souhaitais pas faire partie d'une liste alliée à La France insoumise. J'ai des valeurs que je considère comme incompatibles avec celles défendues par ce parti », explique Marc Sztulman, précisant qu'il n'a pas participé aux négociations.
Florence Ginistry, une autre colistière socialiste, a également quitté la liste. « Ça a été un coup de massue. J'étais extrêmement partagée, parce que notre volonté était de battre le maire sortant, Jean-Luc Moudenc. Mais j'appartiens à un courant, celui de Carole Delga et Michaël Delafosse, qui est hostile à l'union », confie-t-elle.
Un rapport de force défavorable au PS
Le premier tour a radicalement changé la donne dans la Ville Rose. Avec 27,56 % des voix, la liste insoumise de François Piquemal a devancé celle du socialiste François Briançon (24,99 %), créant un rapport de force défavorable au Parti socialiste. « Si nous avions été devant, une fusion technique aurait sans doute été envisagée », reconnaît Florence Ginistry.
Émilie Dalix exprime sa surprise face à cette évolution : « François Briançon avait fait quelque chose d'inédit en réunissant onze partis. Il y avait une très bonne synergie dans cette campagne. On n'imaginait pas une seconde être dans ce cas de figure. »
Des divergences politiques profondes
Pour ces candidats, la décision de quitter la liste relève de divergences politiques fondamentales. Tous évoquent une incompatibilité avec la ligne de La France insoumise, qu'ils jugent trop radicale.
« Ce parti a inscrit depuis quelques années l'antisémitisme, mais aussi la brutalisation du débat politique, au cœur de sa stratégie électorale nationale. Cette stratégie va à l'encontre des valeurs républicaines, du vivre-ensemble et de la cohésion sociale », affirme Émilie Dalix.
Marc Sztulman abonde dans ce sens : « J'ai des valeurs qui ne sont pas défendues par ce parti : l'absence d'ambiguïté sur la question de l'antisémitisme, sur la violence en politique, le pourrissement de tout débat. » Ces accusations sont régulièrement contestées par La France insoumise.
La question de la stratégie nationale
Florence Ginistry pointe également une préoccupation stratégique : « Nous avons le sentiment d'être utilisés comme des instruments, que Toulouse n'est pas leur préoccupation principale, mais plutôt un élément d'une stratégie plus vaste ». Elle fait référence à une stratégie d'implantation de LFI en vue de l'élection présidentielle.
La question de la proximité avec Jean-Luc Mélenchon reste centrale. Marc Sztulman souligne : « François Piquemal n'a jamais pris ses distances avec Jean-Luc Mélenchon, y compris sur les propos abjects qu'il a tenus sur l'attentat de Toulouse en 2012. »
Émilie Dalix rappelle qu'après les propos de Jean-Luc Mélenchon ironisant sur le nom de Raphaël Glucksmann, « la coalition de la gauche unie toulousaine a demandé une clarification à la liste de François Piquemal, qui n'est jamais venue ».
L'objectif commun malgré les tensions
À Toulouse, l'objectif affiché reste de battre le maire sortant, Jean-Luc Moudenc. Mais l'accord avec LFI expose le Parti socialiste à des tensions internes et à un possible trouble chez ses électeurs.
« On nous posait souvent la question pendant la campagne. Il faudra désormais expliquer cette alliance », reconnaît Florence Ginistry.
Malgré leur retrait, aucun des dissidents ne souhaite appeler à voter contre la liste d'union. « Je reste une femme de gauche », insiste Émilie Dalix, « je considère qu'un projet de gauche améliorera mieux la vie qu'un projet de droite. Mais ce n'est pas pour autant que j'appellerai à voter pour cette liste-là. »
Un phénomène qui dépasse Toulouse
Cette situation n'est pas isolée à Toulouse. À Nantes, Bassem Asseh, numéro 2 de la liste de Johanna Rolland, s'est également retiré après la fusion avec LFI. S'il a refusé de répondre aux questions dans l'immédiat, il a manifesté sur X sa volonté de voir la liste d'union de gauche l'emporter, pour « empêcher la droite radicale d'accéder au pouvoir à Nantes ».
Dans la bouche de ces candidats subsiste un goût amer, celui de la déception. « Celles et ceux qui ont choisi de rejoindre cette union devront s'en expliquer », prévient Émilie Dalix. La paix des braves semble temporaire, avant que vienne le temps des explications et des comptes à rendre aux électeurs.



