James Talarico, le démocrate texan qui mise sur la foi pour conquérir le Sénat
"Il est temps de renverser la table". Ce slogan de campagne résume parfaitement l'ambition de James Talarico, candidat démocrate à l'un des deux postes de sénateur du Texas lors des élections de mi-mandat en novembre prochain. Son rêve : décrocher une fonction occupée sans partage par les républicains depuis 1993, une véritable gageure dans cet État traditionnellement conservateur.
Une victoire à l'investiture démocrate et une stratégie adaptée
Pour y parvenir, ce Texan de 36 ans s'appuie sur un message à la fois religieux et populiste qui lui a permis d'écarter sans trop de difficultés sa concurrente à l'investiture démocrate, Jasmine Crockett, le 3 mars dernier. Il a alors obtenu 52,5 % des voix, une performance qui démontre son attractivité au sein de son propre parti.
Cette stratégie est particulièrement adaptée aux spécificités du "Lone Star State", le deuxième État le plus peuplé des États-Unis derrière la Californie, avec près de 30 millions d'habitants. Elle trouve ses racines dans le parcours personnel de James Talarico, qui siège depuis sept ans à la Chambre des représentants du Texas après avoir conquis une circonscription ayant voté pour Donald Trump en 2016.
Un profil religieux libéral et modéré
Le candidat a même mis entre parenthèses ses études de séminariste pour mener à bien sa campagne sénatoriale, un sacrifice qui souligne son engagement. "James Talarico est membre de l'Église presbytérienne des États-Unis, un groupe religieux théologiquement libéral", explique Ryan Burge, professeur de sciences politiques à l'université de Saint-Louis (Missouri), spécialisé dans l'impact de la religion sur la vie politique américaine.
"Ils sont moins conservateurs sur le plan théologique que les évangéliques, notamment sur des questions comme le mariage gay ou l'avortement, en raison d'une approche plus souple de l'interprétation de la Bible", précise-t-il. Et cet expert d'ajouter : "Talarico essaie de se positionner comme une sorte de démocrate de la vieille école, modéré et centriste - dans un État assez républicain -, mais aussi religieux."
Un message d'amour face aux chrétiens nationalistes
Lors de ses interventions publiques, le candidat n'hésite pas à utiliser la religion pour faire passer son message. Sur son site de campagne, une vidéo le montre debout à l'arrière d'un pick-up, sur le parvis d'une église, expliquant à la foule venue l'écouter son "message d'amour".
Il oppose explicitement cette vision à celle des chrétiens nationalistes qui "se promènent avec la bouche pleine de citations bibliques et le cœur plein de haine". Une rhétorique qui vise à séduire les électeurs modérés tout en critiquant les extrémismes religieux.
Un pari risqué dans le Texas conservateur
Ce choix sémantique reste néanmoins risqué pour le Texas, selon Mark P. Jones, professeur à l'université de Rice à Houston (Texas), spécialisé dans la politique de cet État. "Sa conception du christianisme, de la Bible et de Dieu ne correspond pas à celle de la majorité des chrétiens texans, elle se situe bien plus à gauche", analyse-t-il.
"Et à bien des égards, ses positions concernant la Bible sont plus susceptibles de les mettre en colère que de les rapprocher de lui", conclut le professeur Jones. Un défi de taille pour Talarico, qui doit convaincre un électorat majoritairement conservateur tout en maintenant sa ligne modérée et religieuse.
La campagne s'annonce donc particulièrement intense, avec en ligne de mire la possibilité historique de briser près de trois décennies de domination républicaine au Sénat du Texas. James Talarico devra mobiliser toutes les ressources de sa stratégie originale pour y parvenir.



