Sondage électoral à Bordeaux : la bataille municipale s'intensifie à deux semaines du scrutin
Un nouveau sondage Ifop Fiducial réalisé pour Sud Ouest, LCI et Sud Radio, publié ce jeudi, dévoile les intentions de vote pour les élections municipales de Bordeaux, à seulement deux semaines du premier tour prévu les 15 et 22 mars 2026. Cette enquête d'opinion révèle une compétition serrée dans la capitale girondine, avec plusieurs candidats en mesure de se qualifier pour le second tour.
Les principaux candidats et leurs scores
Le maire sortant Pierre Hurmic, candidat écologiste soutenu par EELV, Génération.s, le Parti socialiste et le Parti communiste, caracole en tête avec 33% des intentions de vote. Il est talonné par Thomas Cazenave, tête de liste de l'union de centre-droit rassemblant Renaissance, le Parti radical, le Modem, Les Républicains, Horizons et l'UDI, qui recueille 25% des suffrages.
La liste divers droite de Philippe Dessertine réalise une performance notable avec 15%, tandis que Nordine Raymond, candidat de La France insoumise (LFI), obtient 12%. Ces quatre candidats dépassent le seuil de qualification de 10% nécessaire pour accéder au second tour.
Les autres candidats enregistrent des scores plus modestes : Julie Rechagneux (Rassemblement national) à 7%, Philippe Poutou (Nouveau Parti anticapitaliste) à 5%, Virginie Bonthoux-Tournay (Reconquête) à 2%, Fanny Quandalle (Lutte ouvrière) à 0,5% et Yves Simone (liste citoyenne) à 0,5%.
Analyse politique par un expert bordelais
Ludovic Renard, politologue à Sciences Po Bordeaux, a décrypté ces résultats pour 20 Minutes. Il souligne d'abord que « la thèse de 'l'accident' pour l'élection de Pierre Hurmic en 2020 ne fonctionne plus trop », le maire sortant se maintenant au même niveau qu'il y a six ans (33% contre 34% en 2020).
« Ce 33% traduit aussi la mutation sociologique de Bordeaux qui vote de plus en plus localement comme elle vote nationalement », analyse le politologue, notant que la ville « sort un peu de l'exception qui était entretenue pour des raisons historiques par le système Chaban, repris par Juppé ».
La droite divisée face à un front écologiste consolidé
Le bloc de la droite et du centre droit apparaît affaibli par rapport à 2020. Alors que les candidats Florian et Cazenave totalisaient 47% des voix il y a six ans, le bloc Cazenave-Dessertine n'atteint que 40% dans ce sondage. « Or, rappelons qu'en 2020, même avec un bloc à droite plus haut, qui s'est uni entre les deux tours, Hurmic a gagné », rappelle Ludovic Renard.
La question de l'union entre Cazenave et Dessertine se pose avec acuité. « Je crois que tout le monde peut y croire avec ce sondage, puisque 'personne n'est mort' », estime l'expert. « Mais tout le monde comprend qu'il va y avoir des négociations avant le second tour ».
Les stratégies d'alliance en perspective
Concernant Philippe Dessertine, le politologue explique que « pour l'instant l'alliance n'est pas d'actualité car ce n'est pas dans son intérêt ». Si le candidat divers droite réalise un bon score au premier tour, « il sera en position de négocier personnellement », ouvrant la voie à « des discussions sur la métropole ou les législatives ».
Pendant la campagne, Dessertine a envoyé des signaux contradictoires : « il a laissé entendre en off qu'il serait raisonnable et qu'il se désisterait en faveur du candidat Cazenave, tout en disant officiellement qu'il irait jusqu'au bout ». Actuellement, il maintient sa position de poursuivre jusqu'au bout, même en coulisses.
La gauche radicale en position d'arbitre
Le score de Nordine Raymond (LFI) à 12% n'est pas une surprise selon l'analyste : « Poutou (à la tête d'une liste LFI/NPA) avait fait 12% en 2020, et là, ils présentent des candidatures séparées. Ensemble ils totalisent donc un peu plus de voix (17%) ».
« Compte tenu des résultats électoraux que Bordeaux a enregistrés avec le Nouveau Front Populaire (NFP), on peut estimer qu'il y a des jeunes qui se reconnaissent bien dans la candidature LFI », ajoute-t-il.
Pour le second tour, deux scénarios sont possibles selon Ludovic Renard : « Soit il s'agit pour LFI de faire perdre Hurmic, soit, comme j'ai tendance plutôt à le penser, il n'y aura pas d'accord mais peut-être un retrait pour éviter qu'un maire de droite ne passe ». Les décisions finales dépendront des « états-majors des partis qui donneront des consignes nationales, tempérées par des accords locaux ».
Impact sur la participation électorale
Le caractère indécis de la compétition pourrait stimuler la participation, selon le politologue. « Tendanciellement, la participation est en baisse mais le fait que rien n'est joué peut réveiller le sens civique », explique-t-il.
Cette dynamique pourrait concerner « ceux qui ne veulent pas que la ville rebascule à droite ou au contraire ceux qui souhaitent que Bordeaux retrouve son lustre d'antan et arrête avec les écolos ». Avec « la polarisation du débat politique ces dernières semaines, on peut penser qu'il y aura aussi une volonté de s'exprimer politiquement, qui va peut-être permettre de renouer avec les niveaux de participation de 2014 ».
Les électeurs bordelais devront donc se prononcer les 15 et 22 mars prochains lors de ce scrutin municipal qui s'annonce particulièrement disputé, avec des enjeux locaux fortement influencés par les dynamiques politiques nationales.



