Sarah Knafo, la candidate de Reconquête qui surprend à Paris avec sa campagne « positive »
Sarah Knafo surprend à Paris avec sa campagne « positive »

Une campagne parisienne qui rompt avec les codes de Reconquête

Même équipe, mais stratégie radicalement différente. Depuis son entrée dans la course à la mairie de Paris, l'eurodéputée de Reconquête, Sarah Knafo, déploie une campagne aussi « positive » que surprenante, récompensée par une dynamique inédite dans une série de sondages successifs. Créditée de seulement 4 % d'intentions de vote avant sa déclaration de candidature en novembre dernier, la conceptrice de la campagne présidentielle d'Éric Zemmour en 2022 s'élève désormais à 12 % dans un récent sondage Harris Interactive.

Une percée qui bouleverse le paysage politique parisien

Ce palier significatif pourrait lui ouvrir les portes du second tour et la place déjà devant la candidate de la France insoumise, Sophia Chikirou, à seulement deux points derrière le troisième homme de la campagne, le candidat macroniste Pierre-Yves Bournazel. Alors qu'Éric Zemmour agitait la sombre menace d'une « libanisation » du pays en proie à un « grand remplacement » démographique lié à l'immigration, Sarah Knafo prend soin depuis les premières heures de sa campagne de se tenir le plus éloignée possible des thèmes anxiogènes.

De la dénonciation à la proposition : un virage à 180 degrés

Pour promettre à la place, une « ville heureuse » à grand renfort de communication souriante aux couleurs acidulées. Si campagne nationale et locale ne répondent pas aux mêmes codes, il ne s'agit pas moins d'un virage complet. « En 2022, nous avions la conviction qu'il fallait lutter contre une forme de déni sur la situation financière, migratoire et sécuritaire du pays. On a enregistré une vraie victoire sur ce plan-là. Pour ces municipales, il fallait passer à la deuxième étape : celle des solutions et de la construction d'un futur enviable », explique l'entourage de la candidate.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une équipe inchangée mais une stratégie renouvelée

Derrière cette nouvelle stratégie de communication, l'équipe n'a, quant à elle, pas changé d'un iota depuis la dernière présidentielle. La candidate s'appuie toujours sur sa fidèle attachée de presse, Diane Ouvry, également porte-parole de Reconquête !. C'est toujours Olivier Úbeda qui est responsable de la conception et de la scénographie de ses meetings. Ancien de la bande à « Léo » du temps de l'UDF, il organisait déjà les meetings de Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle de 2007.

Les artisans de la campagne

Éléonore Lhéritier a en main la direction artistique de la campagne. Quand Samuel Lafont, artisan de l'offensive numérique du candidat Zemmour en 2022 après avoir été un pilier du mouvement la Manif pour tous et travaillé pour la campagne présidentielle de François Fillon, chapeaute la constitution des fichiers de sympathisants, le mailing comme les levées de fonds sur Internet. Petite main de la précédente présidentielle, l'ex-LR Matthieu Louves passé par le syndicat étudiant, l'UNI, est en charge de l'aspect vidéo et réseaux sociaux en tant que community manager.

Le choix personnel du slogan et de la couleur

C'est en revanche Sarah Knafo, elle-même, qui dit avoir trouvé le slogan de sa campagne, « une ville heureuse », et sa couleur fétiche : jaune citron. « Cela évoque pour moi la chaleur, la lumière au bout du tunnel… confie la candidate. Certains ont fait un parallèle ensuite avec les Gilets jaunes ou la Coordination rurale. Ce n'était pas voulu mais cela me va très bien ! »

Les soupçons d'ingérence étrangère et les réponses de l'équipe

Il arrive, cependant, qu'un coup de main extérieur survienne. Début février, un sympathisant poste ainsi une vidéo réalisée grâce à l'intelligence artificielle sur les réseaux sociaux, empruntant les codes du studio d'animation français, Pixar. On y voit Sarah Knafo chasser la pluie et les rats des rues de la capitale, redonnant le sourire aux Parisiens. Un contenu devenu viral, que les équipes auront eu beau jeu de s'approprier et partager.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Les accusations de la revue Nature

C'est un autre coup de main, ô combien plus significatif, que suspecte la revue scientifique britannique Nature, relayant une étude de l'entreprise de veille Arago. Celle du patron du réseau social X, Elon Musk. Selon Arago, les vidéos postées par Sarah Knafo sur l'ex-twitter ont une « performance qui dépasse ce que devrait produire une audience strictement organique. » Au point, selon l'entreprise, de constituer « un avantage concurrentiel net ». De quoi agiter le spectre, se persuadent les auteurs de l'étude, d'une ingérence étrangère sur… la campagne municipale à Paris.

La réponse cinglante de l'équipe Knafo

Rien de moins qu'un « complotisme chic » pour les équipes de Sarah Knafo, qui opposent qu'Arago se borne à comparer les contenus postés avec ceux d'une seule autre candidate, Rachida Dati, 4,5 fois moins prolixe sur le réseau social. Elles affirment aussi que la performance numérique de la candidate de Reconquête n'est pas propre à X mais se vérifie également sur TikTok ainsi que la fréquentation de sa page Wikipédia. Enfin, l'équipe Reconquête oppose plusieurs études scientifiques, publiées notamment dans la prestigieuse revue scientifique de la National Academy of Sciences (PNAS), niant tout algorithme de X favorisant des contenus dits « d'extrême droite ». À quand Elon Musk colistier à Paris en jaune citron ?