Présidentielle 2027 : les candidats cachent leurs projets par peur de décevoir
Présidentielle 2027 : les candidats cachent leurs projets

« Couvrez ce programme que je ne saurais voir, par de pareils objets les âmes sont blessées » : ainsi pourrait-on paraphraser les vers du Tartuffe au sujet des projets des candidats qui croient en leur chance pour 2027, tant la prudence leur commande de ne pas les livrer au regard effarouché des électeurs, avant que cela ne soit strictement nécessaire. Car après Molière, on pourrait citer Retz : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ».

Les risques d'une révélation précoce

Les principaux candidats considérés comme sérieux pour la prochaine présidentielle ont en effet tout à perdre s’ils se précipitent. D’abord, parce que dévoiler ses idées expose à ce que des concurrents puissent vous les voler. Ensuite, parce que la minute où elles seront connues, elles seront critiquées, voire matraquées par le chœur des adversaires. Enfin – et surtout –, parce qu’un projet raisonnable est toujours déceptif : quand on fait des choix de gouvernement, on perd des électeurs en route. Sur sa gauche comme sur sa droite.

La stratégie de la gauche : Hollande et Glucksmann

Voyons le cas des deux personnalités les mieux placées aujourd’hui pour incarner une gauche raisonnable, François Hollande et Raphaël Glucksmann. L’un et l’autre repoussent le moment de livrer en pâture leurs idées. Le Corrézien le confie tout net : cette fois-ci, le premier tour de la présidentielle ne peut se jouer à gauche toute avant de donner un coup de barre à droite pour s’élargir au centre au second. Dès le départ, le candidat social-démocrate devra se montrer rassembleur.

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Glucksmann en équilibriste

Cela implique forcément de décevoir Billancourt. Autant le faire le plus tard possible. L’ancien président socialiste a beau prôner la « méthode douce » pour mettre de l’ordre dans les comptes, il sait qu’il ne pourra pas échapper à un minimum de rigueur. Il ne saurait en tout cas pas promettre la lune, comme chez les Insoumis ou au PS, dont le catalogue de dépenses est financé par une masse d’impôts, taxe Zucman comprise. Le compromis qu’il présentera devra être acceptable par le centre. Ce qui fait perdre les plus à gauche. On sait déjà que, sur les retraites, Hollande ne reviendra pas aux 62 ans comme âge pivot. En privé, il ne se disait même pas hostile à la réforme Borne…

Raphaël Glucksmann a le même problème. Il est un peu écartelé entre le succès de salle qu’il obtient en lançant devant des militants « il faudra que les plus riches paient » et l’approbation qu’il reçoit devant un auditoire plus modéré, celui des cercles de réflexion ou du monde financier, à qui il assure : « Je dirai les choses franchement. La réforme des retraites, il faut la faire ! »

L’intellectuel, candidat partisan du « parler vrai », vient ainsi de faire un tabac au Modem. Mais attention, toujours annoncée, toujours repoussée, la publication de son projet pourrait seulement commencer à apparaître à l’été. Il ne faut pas trop vite décourager les camarades.

À droite : Philippe laisse une longueur d’avance à Attal et Retailleau

Idem à droite. Le candidat le plus en vue, Édouard Philippe, se garde bien d’abattre ses cartes. Il préfère laisser ses deux concurrents du socle dit commun, Gabriel Attal et Bruno Retailleau, s’avancer avec des propositions clivantes. Pour l’instant ils assument d’occuper le terrain à leurs risques et périls. Il est fort possible que le début de campagne de ces deux impétueux impétrants ne leur donne pas le coup de booster espéré, le Vendéen se limitant à un public très conservateur et le plus jeune Premier ministre de Ve République ne parvenant pas à réunir sous son aile à la fois les partisans de la GPA et les adversaires de l’abaya…

Le maire du Havre prend donc son temps. La minute où il mettra des mesures sur la table, il sera une cible. Car on connaît son credo : un programme « massif » ! Lequel ne peut pas faire plaisir à tout le monde. La partie redressement des comptes en particulier.

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Bardella et ses mille grâces aux patrons

Confronté à Hollande qui conseillait la politique des « petits pas » lors d’un séminaire monté par Les Gracques le 11 avril, Philippe s’est dit au contraire partisan d’un langage de vérité et d’un projet de la même eau, quitte à apparaître un peu brutal. Il pense que les Français pourront supporter la « confrontation avec le réel ». Mais mieux vaut leur faire subir le plus tard possible…

Enfin Jordan Bardella, plus encore que Marine Le Pen, cache son jeu. Certes, on le voit faire mille grâces au patronat, mais sans promettre grand-chose en dehors d’une hypothétique simplification des normes (éternellement annoncée par les gouvernements successifs et sans succès). Il ne peut pas mettre une croix sur son public populaire, qui attend moins des faveurs accordées au Medef que des mesures sur le pouvoir d’achat des plus modestes.

Sur les retraites aussi, Bardella se garde d’avancer clairement. Instruit par son conseiller François Durvye, il est persuadé que la situation est encore plus grave que celle décrite par la Cour des comptes, qui n’a pas intégré le coût des pensions des fonctionnaires dans ses projections. Il est donc décidé, s’il arrive au pouvoir, à s’attaquer au problème dont une des solutions, tout le monde l’a compris sur tous les bancs, est de désindexer les retraites. Mais, chut !

Ainsi commence cette drôle de campagne, un peu comme la « drôle de guerre ». Une course de lenteur, où les vraies confrontations démarreront tard. Dans une France exsangue, où il n’y a plus rien à distribuer, personne n’est pressé d’entrer dans une bataille où, on l’aura compris, il sera plus question de lendemains qui déchantent que de ceux qui chantent…