Municipales 2024 : un second tour sous haute tension dans les métropoles
Dimanche prochain, le scrutin s’annonce extrêmement incertain dans plusieurs grandes villes de France, au terme d’une semaine d’entre-deux-tours particulièrement animée et riche en rebondissements. De Paris à Marseille, en passant par Lyon, Bordeaux, Toulouse, Strasbourg ou encore Nantes, le suspense demeure entier à l’approche de ce deuxième tour très ouvert. Voici un état des lieux détaillé, à moins de quarante-huit heures d’un round décisif qui promet d’être serré.
Paris : une capitale en zone d’incertitude
Dans la capitale, Emmanuel Grégoire (PS) a obtenu dimanche dernier 37,98 % des voix au premier tour, soit plus de douze points d’avance sur Rachida Dati (LR, 25,46 %). Cependant, la situation s’est complexifiée avec le ralliement du macroniste Pierre-Yves Bournazel (11,34 %) à Rachida Dati, le retrait de Sarah Knafo (Reconquête !, 10,4 %) et le maintien de l’Insoumise Sophia Chikirou (11,72 %). Trois sondages publiés jeudi soir et vendredi matin donnent toutefois Emmanuel Grégoire en tête du second tour : il obtient 46 % des intentions de vote contre 44 % pour Rachida Dati dans la première étude, 48 % contre 41 % dans la seconde, et 45,5 % contre 44,5 % dans la troisième.
Bordeaux : une configuration favorable pour le candidat macroniste
Le maire sortant écologiste Pierre Hurmic a récolté 27,68 % des voix au premier tour. Jeudi, il a reçu le soutien de l’Insoumis Nordine Raymond, arrivé quatrième dimanche dernier avec 9,36 %. Mais le candidat macroniste Thomas Cazenave (25,58 %) bénéficie d’une position avantageuse après le retrait surprise de l’économiste et universitaire Philippe Dessertine (divers centre, 20,2 %). Ce dernier n’a toutefois donné aucune consigne de vote à ses électeurs, laissant planer l’incertitude.
Marseille : des stratégies électorales complexes
Le maire PS sortant de Marseille, Benoît Payan (36,7 % au premier tour), a choisi de ne pas s’allier avec son concurrent Insoumis Sébastien Delogu (11,94 %). Mais celui-ci s’est finalement effacé face au risque de victoire du député RN Franck Allisio (35,02 %). La candidate du bloc macroniste et de la droite Martine Vassal (12,4 %) a, quant à elle, décidé de rester en lice, son maintien pouvant potentiellement bénéficier à Benoît Payan en fragmentant le vote.
Lyon : une surprise et une alliance controversée
Dimanche dernier, le maire sortant écologiste Grégory Doucet a créé la surprise en arrivant en tête avec 37,36 % des voix, juste devant le candidat du « socle commun », l’ex-président de l’Olympique Lyonnais Jean-Michel Aulas (36,78 %). Grégory Doucet a obtenu le ralliement de la députée LFI Anaïs Belouassa-Cherifi (10,41 %) via un accord qualifié de « fusion technique ». Cet accord a été vivement dénoncé comme un « accord de la honte » par Jean-Michel Aulas. Non-qualifié, le candidat du RN Alexandre Dupalais (7,07 %) a, en vain, tendu la main à Jean-Michel Aulas.
Toulouse : une alliance PS-LFI qui divise
La nouvelle a créé la surprise au lendemain du premier tour : lundi matin, le candidat PS François Briançon, arrivé en troisième position avec 24,99 % des voix, a choisi de s’allier à l’Insoumis François Piquemal (27,56 %), classé deuxième derrière le maire sortant divers droite Jean-Luc Moudenc (37,23 %). Cette alliance pourrait rebuter certains électeurs du PS, alors que de nombreuses voix appellent à « faire barrage » à LFI, accusée de dérapages antisémites. Jeudi, François Piquemal a été hué lors d’une cérémonie d’hommage aux victimes des attentats de mars 2012, dont quatre personnes de confession juive. Une étude Ifop pour « La Dépêche du Midi » et Sud Radio attribue 51 % des intentions de vote à Jean-Luc Moudenc contre 49 % à François Piquemal, avec une marge d’erreur de 3,8 %.
Nantes : un rapprochement PS-LFI à haut risque
Comme à Toulouse, un rapprochement potentiellement périlleux s’est opéré entre le PS et LFI. La maire sortante socialiste Johanna Rolland (35,24 %), talonnée au premier tour par le candidat LR Foulques Chombart de Lauwe (33,77 %), a noué un accord avec l’Insoumis William Aucant (11,2 %) pour tenter de conserver son mandat. Son sort dépendra du report des électeurs RN, dont le candidat Jean-Claude Hulot a atteint 4,57 %, et de ceux de l’ex-macroniste Mounir Belhamiti (8,12 %), qui n’a pas donné de consigne de vote.
Strasbourg : une triangulaire très incertaine
Loin derrière dans les sondages avant le premier tour, la maire sortante écologiste Jeanne Barseghian (19,72 %) fait figure de revenante, même si elle n’est arrivée qu’en troisième position. Elle s’est alliée au candidat des Insoumis Florian Kobryn, classé quatrième au premier tour avec 12,03 % des voix. Dans la triangulaire très incertaine qui s’annonce, elle fera face à l’ancienne maire de la ville et ministre de la Culture Catherine Trautmann (25,93 %), alliée à Horizons, et au candidat LR Jean-Philippe Vetter (24,23 %).
À quelques heures du second tour, les électeurs des grandes villes françaises sont appelés à trancher dans un contexte de forte incertitude, où alliances et stratégies pourraient bien faire basculer le résultat final.



