Municipales 2024 : un premier tour qui redessine le paysage politique
Le premier tour des élections municipales a propulsé le Rassemblement national et La France insoumise sur le devant de la scène politique française. Ce scrutin local, dernier test d'envergure avant l'élection présidentielle de 2027, a ravivé les spéculations sur un possible affrontement entre ces deux formations lors de la prochaine élection « reine ».
Renforcement des extrêmes et stratégies de nationalisation
Les résultats du dimanche ont conforté le RN et LFI dans leur stratégie de nationalisation du scrutin municipal. Les deux partis cherchent à transformer cette élection locale en prélude à un duel présidentiel qu'ils espèrent tous les deux pour 2027. Le Rassemblement national a progressé dans les villes moyennes, tandis que La France insoumise a réalisé une percée surprise dans certaines grandes villes comme Saint-Denis et a confirmé ses ambitions de conquête à Roubaix, malgré les polémiques entourant sa campagne.
Brice Teinturier, directeur général d'Ipsos, a analysé sur France Inter que dans les villes de plus de 100 000 habitants, « ce sont des mini-présidentielles, hyper personnalisées, et c'est là que LFI avait une fenêtre de tir ». En revanche, dans les petites villes de moins de 30 000 habitants, c'est « l'enjeu local » qui constitue le « principal levier » du vote.
Un ordre de parole révélateur pour 2027
L'ordre des interventions des chefs de parti sur les chaînes télévisées dimanche soir était particulièrement parlant dans la perspective de la course à l'Élysée. Jordan Bardella, favori de la présidentielle dans les sondages, a pris la parole en premier, immédiatement après la publication des premières estimations à 20 heures, comme pour asseoir le RN à la place du « premier parti de France ». Il a été suivi aussitôt par le coordinateur de LFI Manuel Bompard, qui s'exprimait après le député LFI David Guiraud, en passe de décrocher la mairie de Roubaix.
Adélaïde Zulfikarpasic, directrice du pôle société d'Ipsos BVA, estime que « cela dit quelque chose de la présidentielle » et du duel que Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella espèrent tous les deux. Elle observe un retour du clivage droite-gauche « sur les extrémités », généré également par l'effacement relatif des macronistes lors de ce scrutin.
Les réactions politiques et les enjeux d'alliances
Sébastien Chenu, vice-président du RN, a affirmé sur RTL que ce premier tour donnait « l'image qui se dégage pour la prochaine élection présidentielle ». Il a ajouté qu'en 2027, « les Français veulent le changement et ils sont capables de l'exprimer de différentes façons », en faisant référence à LFI qu'il a reconnu « forte dans les grandes villes », où elle approche de ses scores à la présidentielle de 2022.
Édouard Philippe, troisième à s'exprimer dimanche soir et prétendant déjà déclaré à l'Élysée, pourrait « rester dans la course » présidentielle comme « le plus à même de peser face à Jordan Bardella », selon l'analyse d'Adélaïde Zulfikarpasic. Reste à savoir s'il pourra « agréger des forces centrifuges » au sein du camp central.
La complexité des triangulaires et quadrangulaires
Les calculs de l'AFP (hors Polynésie) révèlent la complexité du second tour avec une septangulaire, cinq sexangulaires, 49 quinquangulaires, 352 quadrangulaires et 1 097 triangulaires. Ces configurations multiples rendent les alliances entre les deux tours particulièrement cruciales pour déterminer les futurs maires et éclairer les dynamiques politiques nationales.
Au centre, Édouard Philippe est favorable à un rapprochement à Paris entre son candidat Pierre-Yves Bournazel et celle de la droite Rachida Dati. Christian Estrosi, numéro deux d'Horizons en difficulté à Nice face à Éric Ciotti, a appelé la gauche à se retirer en sa faveur au nom d'un front républicain contre l'extrême droite. Pour la droite et le centre, ces rapprochements pourraient aider à dessiner le périmètre de départage des candidats à la présidentielle.
Les divisions au centre et à gauche
Aurore Bergé, ministre macroniste, a mis en garde sur Europe 1 : « La machine à perdre, c'est la division ». Elle milite pour une primaire au centre, refusant de « laisser les Français choisir uniquement entre le RN et LFI » en 2027.
À gauche, le Parti socialiste est traversé par des divisions stratégiques. Si son candidat à Marseille Benoît Payan refuse toute fusion avec LFI, les candidats LFI et PS-Ecologistes à Toulouse ou Limoges ont annoncé une « liste commune ». À Montpellier, le maire socialiste sortant a pour adversaire une candidate LFI. Marine Tondelier, leader des Écologistes, a prévenu que refuser tout accord avec le parti mélenchoniste « nous mène à une gauche qui ne pourra plus gagner ni aux municipales ni à la présidentielle ».
Ces alliances qui vont se nouer entre les deux tours éclaireront non seulement sur le leadership à gauche, mais permettront également de mesurer la tentation de la droite de se rallier à l'extrême droite. Elles pourraient aussi préfigurer le périmètre de potentielles primaires pour le bloc central et le « socle commun » qu'il forme depuis 2024 avec la droite.



