Élections municipales : la lente marche vers la parité dans les mairies
Qui sont vos maires et qui sont vos candidats aux élections municipales ? Alors que les listes ont été déposées en préfecture la semaine dernière, les chiffres du ministère de l'Intérieur révèlent des dynamiques contrastées pour le scrutin des 15 et 21 mars prochain. Derrière les statistiques officielles se dessinent des mouvements de fond qui témoignent des progrès et des limites de la parité en politique locale.
Une parité législative qui peine à se concrétiser dans les faits
Il a fallu une loi, celle de juin 2000 sur l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux, pour amorcer le changement. Vingt-six ans plus tard, cette législation a été étendue aux communes de moins de 1 000 habitants depuis l'an dernier. Pourtant, la « cellule de base de la démocratie » que représente la commune montre que la marche à franchir reste élevée : les hommes sont toujours largement surreprésentés au poste de maire.
Cette fonction échappe encore à la défiance généralisée envers la politique : 60 % des Français font confiance à leurs élus locaux, contre à peine 22 % qui déclarent avoir confiance en la politique selon le baromètre du CEVIPOF. Un paradoxe qui n'empêche pas les inégalités de persister.
Profil des maires sortants : des hommes retraités dominent le paysage
Le changement s'opère lentement. Dans la région étudiée (Charente, Charente-Maritime, Dordogne, Gironde, Lot-et-Garonne, Landes et Pyrénées-Atlantiques), sur le dernier mandat, 77 % des maires étaient des hommes contre seulement 23 % de femmes. Les disparités départementales sont marquées : les Pyrénées-Atlantiques atteignent un pic avec 83 % d'hommes maires, tandis que la Charente et les Landes font davantage confiance aux femmes (74 % d'hommes, 26 % de femmes).
Aucune femme n'occupe le poste de maire dans les villes de plus de 40 000 habitants de la région. Parmi ces élus, une majorité sont retraités. Chez les hommes, on dénombre 15 % d'anciens cadres, 10 % d'agriculteurs sur moyenne exploitation, 8 % d'anciens agriculteurs exploitants, 6 % d'anciens employés et 5 % de cadres de la fonction publique. Côté femmes, 9,5 % sont d'anciennes cadres, 8 % d'anciennes employées, 6 % de cadres de la fonction publique, 6 % d'employées administratives d'entreprise, 6 % de professions intermédiaires administratives de la fonction publique et 6 % de retraitées de professions intermédiaires.
Les candidatures 2026 : une photographie similaire au mandat précédent
73 233 personnes sont candidates aux élections municipales dans la région, un chiffre presque équivalent à la population de la ville de Pau. La loi sur la parité opère avec un léger avantage aux hommes : ils représentent 51,3 % des candidats contre 48,7 % de femmes.
On retrouve les mêmes proportions pour les intercommunalités (52 % d'hommes, 48 % de femmes), ce « troisième tour » des élections municipales qui pilote les sujets stratégiques comme le logement et l'attractivité. En revanche, pour les têtes de liste, les hommes les conduisent à une écrasante majorité : 74,3 % d'hommes pour seulement 23,7 % de femmes.
Les Landes se hissent sur la première marche du podium avec 28,7 % de femmes têtes de liste, suivies de la Charente-Maritime (27,9 %) et de la Gironde (26,8 %). Le législateur a assemblé le dernier étage de la fusée en mai dernier en étendant l'obligation de listes paritaires aux communes de moins de 1 000 habitants, où les femmes n'étaient représentées qu'à 37,6 %.
Une crise de vocation ? La réalité est plus nuancée
Le mandat écoulé a été ponctué par une montée des violences contre les élus, un phénomène de plus en plus prégnant bien que loin d'être massif. Pour mieux définir le cadre de ces « fantassins de la République », le gouvernement a fait voter une loi définissant le statut de l'élu, une vieille revendication de l'Association des maires de France.
Existe-t-il une crise des vocations ? Les chiffres suggèrent une réalité plus nuancée. En France, 68 communes n'ont aucun candidat, essentiellement des communes rurales. Un chiffre en net recul par rapport à 2020 où 106 communes n'avaient pas organisé d'élection. Dans l'ex-Aquitaine, aucune commune ne se trouve dans cette situation, les deux plus proches étant dans les Hautes-Pyrénées.
Dans la région, 102 communes ont moins de candidats que de sièges à pourvoir. On ne peut pas parler de désaffection pour la fonction d'élu local, qui partage avec le paradis cette caractéristique : beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. Les choses avancent, mais le changement, c'est lentement. Le prochain millésime des élections municipales, dont le mandat court jusqu'en 2032, proposera une photographie de la répartition hommes-femmes similaire pour les postes les plus en vue.



