Campagne municipale à Saint-Jean-de-Luz : Le vrai du faux dans les déclarations des candidats
L'entre-deux tours des élections municipales à Saint-Jean-de-Luz a été marqué par une série d'affirmations contestables de la part des candidats. Entre exagérations, approximations et omissions, les postulants luziens ont pris des libertés avec les faits. Sud Ouest s'est appliqué à démêler le vrai du faux dans cette campagne particulièrement tendue.
La dette communale : Une augmentation exagérée
Dans une publication Facebook alarmiste, Manuel de Lara a illustré par une courbe ce qu'il présente comme « l'emballement » de la dette luzienne en fin de mandat de Jean-François Irigoyen. Les chiffres bruts sont exacts : entre fin 2023 et fin 2024, l'endettement est passé de 13,8 à 18 millions d'euros. Cependant, l'affirmation d'une hausse de 30% est exagérée. La réalité mathématique montre une augmentation de 23%, soit 7 points de pourcentage en dessous du chiffre avancé.
Pello Etcheverry, adjoint aux finances, conteste vigoureusement cette vision « apocalyptique ». Il met en avant le ratio de désendettement, indicateur de référence qui s'établit à 5,5 années, bien en deçà du seuil d'alerte fixé à 11 années. Les finances communales apparaissent ainsi plus saines que ne le laissent entendre certaines déclarations polémiques.
Le programme Belaia : Des prix partiellement révélés
Manuel de Lara avait attaqué avant le premier tour les prix des futurs logements du programme Belaia, situés entre 9 000 et près de 14 000 euros le mètre carré. Ces chiffres sont exacts mais partiels, puisqu'ils ne concernent que 20 des 94 logements commercialisés, soit seulement 20% du total.
Jean-François Irigoyen a rappelé que les 80% restants étaient « accessibles » : 47 en locatif social, 19 en accession sociale via bail réel solidaire, et 8 en accession privée à prix maîtrisés à 5 500 euros/m². Manuel de Lara a réagi en proposant un prix plafond de 4 200 euros/m², affirmant qu'aux tarifs actuels, « cela touche moins de 2 personnes sur 10 ».
Le vote sur l'ex-gendarmerie : Une affirmation erronée
Jean-François Irigoyen a affirmé à plusieurs reprises que les oppositions avaient « voté contre » le projet immobilier sur le site de l'ex-gendarmerie, prévoyant 46 logements abordables. Cette affirmation est factuellement fausse.
La réalité est que Manuel de Lara et son équipe n'ont pas participé au vote du 12 décembre, tandis que Pascal Lafitte et Herri Berri se sont abstenus. Il aurait été plus exact d'écrire que les oppositions n'ont pas voté en faveur du projet, plutôt que d'affirmer un vote contre qui n'a jamais eu lieu.
Le port de pêche : Un sujet présent mais discret
Pascal Lafitte a critiqué l'absence du port de pêche dans les discours de campagne de ses deux concurrents principaux. Cette lecture est exagérée, car si le thème n'a pas été central, il figure bel et bien dans leurs programmes électoraux.
Manuel de Lara fixe comme priorité de « soutenir la modernisation de la criée et la filière pêche », tandis que le maire sortant s'engage à apporter un « soutien à l'économie de la pêche et à ses métiers ». Il est important de rappeler que le port est propriété du Département, ce qui limite directement la compétence du maire de Saint-Jean-de-Luz sur ce dossier spécifique.
Le débat public : Une responsabilité partagée
La question du débat public illustre parfaitement les tensions de cette campagne. Manuel de Lara a proposé un débat pour l'entre-deux tours, tandis que Jean-François Irigoyen a opposé une fin de non-recevoir, rappelant un refus antérieur.
La réalité est plus complexe : Pascal Lafitte avait sollicité ses concurrents pour un débat avant le premier tour. Manuel de Lara a d'abord répondu de manière évasive, puis s'est montré plus ouvert, mais trop tardivement selon le maire sortant. Les deux principaux candidats se rejettent mutuellement la responsabilité de l'absence de débat public, créant une confusion dont il est difficile de démêler les fils.
Cette campagne municipale à Saint-Jean-de-Luz révèle ainsi une tendance préoccupante à la désinformation, où chaque camp utilise les chiffres et les faits de manière sélective pour servir sa communication politique. Les électeurs doivent donc redoubler de vigilance face à ces manipulations rhétoriques qui obscurcissent plutôt qu'elles n'éclairent le débat démocratique.



